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Ateliers d’écriture créative, de fictions, animés par Francis Mizio

1990 (Juin) – Lili et Paul – « L’annonce de l’été 90 », par Dilan

C’était l’avant dernier samedi de juin. On s’était retrouvées comme à notre habitude, avec Marine et Selma. Nous étions allongées sur le sol de ma chambre à regarder le plafond. Nous gardions le silence, trop occupées à écouter la voix de Madonna sur sa chanson « Vogue », que la radio passait. Marie entamait une chorégraphie avec ses pieds posés sur le lit, ce qui nous fit éclater de rire à l’assemblée et nous fit sortir du silence.
Je me relevai pour m’asseoir et lançai tristement :
« Je vais trop m’ennuyer sans vous tout l’été. »
Les filles compatirent silencieusement. Elles partaient en vacances chacune de leur côté, Selma en Algérie avec sa famille et Marine en colonie dès la fin des cours au lycée, tandis que je me retrouverais seule tout l’été car maman devait travailler et papa faisait le tour du monde en guise de lune de miel avec sa nouvelle femme …
« Je reviens dans trois semaines, dit Marine. Ça te donnera l’occasion de te retrouver avec toi-même un peu, tu pourrais lire, regarder des films… Je te prêterai mes cassettes VHS. J’ai enregistré pleins de films !
– Tu peux profiter pour aller au cinéma aussi, dit Selma. Retour vers le futur 3 sort bientôt.
– Aller au cinéma seule », répondis-je en faisant les gros yeux. « Non merci ! »
Cela me rappela que nous allions souvent au cinéma avec Bryan, avant notre rupture. Enfin, avant qu’il me quitte « pour pouvoir profiter de son été comme il faut ». Je me sentis tout à coup, encore plus déprimée.
« Bryan aimait beaucoup aller au cinéma », lançai-je tristement
« Quel cochon ce Bryan ! », balança Marine, et elle se mit à ricaner.
Selma se tourna ensuite vers moi d’un air plus sérieux et dit :
« Lili, je pense que tu devrais l’oublier. C’est vrai, il ne te mérite pas. C’est encore un gamin dans sa tête. Je pense que maintenant tu devrais viser plus haut. Tu devrais sortir avec un garçon qui a au moins l’âge d’aller à la Fac ! »
Un nouvel éclat fut provoqué par cette phrase. Lorsque l’on réussit à se calmer un peu, Marine eut une proposition :
« Et si on te trouvait un correspondant ? Je veux dire en dehors de nous bien sûr ! Tu pourrais échanger quelques lettres avec un monsieur ? Tiens regarde », dit-elle en me tentant le journal du jour. « On passe une annonce et tu t’amuses un peu. »
Je restai réticente. L’idée était assez folle. Cela me donnait un petit divertissement. Mais je n’aurais jamais osé échanger de cette manière avec un étranger. Selma eut alors l’idée de passer l’annonce sous une fausse identité. On allait demander à Annie ma voisine d’aller déposer notre annonce pour nous. La convaincre ne serait pas compliqué à vue de sa naïveté et de sa nature dénuée de toute curiosité. Nous nous mimes alors à la rédaction de l’annonce…
« On va dire qu’elle a un métier classe ! » dit Selma
« On peut laisser les particularités physiques pareil hein … »  décida Marine
« Ajoute classe à sa description», relança Selma
« L’humour aussi, c’est important l’humour », répliquai-je
J’en eus des crampes dans le ventre tant je ris de tout cela. Notre petit message était enfin prêt. Je le lus à voix haute, en ricanant un peu :
« 41 ans, 1m66-67, blonde, yeux bleus, cadre, gaie, passionnée, classe, humour, aimant tout … cherche homme encore mieux que moi ! »
« Vous êtes sûres que 41 ans ce n’est pas un peu trop ?» demandai-je hésitante.
« Mais non ! répliquèrent-elle à l’unisson. Ça va être marrant ! »

Le lundi qui suivit, notre annonce était passée. Nous avions donné l’adresse d’Annie pour la réception des éventuelles réponses. En vérifiant dans le journal, nous constatâmes qu’une erreur s’était glissée dans le message, certainement à l’impression. Le nouveau message donnait « 41 ans, 1m66-62, blonde, yeux bleus, cadre, gaie, passionnée, classe, humour, aimant tout … cherche homme encore mieux que moi ! »
Je me demandai comment serait interprété ce 62 au beau milieu mais ne m’attardai tout de même pas longtemps dessus.

Annie me mit au courant qu’un paquet avec plusieurs lettres de réponses était arrivé une semaine après la parution. J’allais donc consulter tout cela, non sans une excitation qui ressemblait à celle que j’avais en ouvrant mes cadeaux de Noël…
Je lus chacune des lettres avec l’envie de passer à la suivante très rapidement. Elles étaient plutôt courtes, ce qui arrangeait les choses.
Un certain Gérard expliquait qu’il vivait avec ses deux fils de jeune âge, la lettre d’après était le récit de Philippe qui parlait de sa calvitie contre laquelle il n’arrivait à lutter. « Tu fais bien de préciser, Philippe » me dis-je à voix haute …
Je pris la lettre suivante. Après la première lecture rapide, je marquai une pause. Je fixai la feuille dans ma main durant quelques secondes. Celle-là avait retenu mon attention. Je relus tout ceci un peu plus lentement…
« Chère Madame,
Il n’est pas dans mes habitudes de suivre les annonces matrimoniales, et encore moins d’y répondre. Mais voilà qu’aujourd’hui tandis que je jetais un coup d’œil, je suis tombé sur vous. Je vous avoue avoir hésité avant de prendre ma plume et vous apporter une réponse. J’ai même demandé conseil à Gary, mon fidèle compagnon et mon chien. Autant vous dire que la seule réponse que j’eus a été un regard feignant. Ma réticence à l’idée de vous écrire n’était évidemment pas envers vous ; je vous trouve fort intéressante. C’est plutôt moi et ma vie que je ne juge pas assez palpitants. Mais laissez-moi tout de même vous en dire un peu plus …
Vous dites avoir un poste de cadre ; j’espère que votre travail vous satisfait pleinement. Je possède personnellement ma boutique. J’y vends des tableaux que je peins, et des décorations et bijoux faits mains. J’adorerais vous rencontrer afin de pouvoir définir quel ton de saphir ravirait vos yeux bleus.
Si cela vous dit de partager un moment autour d’un café, veuillez m’envoyer votre réponse à mon adresse ci-dessous.
Espérant vous relire très bientôt.
Paul, 45 ans. »

Un sourire était apparu sur mon visage sans que je ne le réalise. Il n’y avait pas dire, j’étais intriguée. Cet homme semblait être tellement différent de tout ce que je connaissais. J’avais très envie d’en savoir plus sur lui. Pleins de questions me venaient à l’esprit : sur son métier, sa vie privée, son chien … Je n’avais qu’une envie à cet instant-là : le rencontrer.
Je m’empressai de lui rédiger une réponse :
« Cher Monsieur,
Votre lettre a eu l’effet d’un vent frais dans ma vie, en ces journées d’été chaudes et sèches. J’aimerais vous rencontrer afin de discuter autour d’un café. Si cela vous agrée aussi, rencontrons-nous au Café de la Gare du Nord le 14 juillet à 16 heures.
Peut-être irons nous assister aux feux d’artifice ensemble, par la suite ?
Mes salutations,
Lili »

Cela m’arrangeait qu’il n’ait pas demandé un retour par téléphone car il aurait pu entendre à ma voix que je n’avais pas l’âge que je prétendais avoir sur l’annonce. J’espérai que lorsqu’on se rencontrerait et qu’il apprendrait à me connaitre, la différence d’âge n’aurait pas d’importance. « C’est vrai finalement, je suis très mature », me dis-je …
Après m’être empressée d’envoyer la nouvelle lettre, l’attente commença.
Je tentais de m’occuper avec diverses activités en attendant le jour je rencontrerais Paul, mais il m’était devenu difficile de penser à autre chose. Je regardais des films en me disant que je lui en parlerai, je lisais quelques lignes en me disant que cela me rendrait plus intéressante de parler de mes lectures. Chaque moment que je passais, je m’imaginais discuter avec lui, de ce que je faisais.
J’espérai de tout cœur que cet inconnu allait prendre une grande place dans ma vie future.

Cela continua de cette manière jusqu’à ce que le fameux 14 juillet arrive enfin.
Ce matin-là, je me réveillai tout excitée à l’idée qu’enfin j’allais rencontrer Paul. J’enfilai une robe et des chaussures à talons que j’avais soigneusement choisis pour me mettre en valeur. Je laissai mes cheveux tomber sur mes épaules et mis un rouge à lèvre rouge qui, je l’espérai, m’ajouterait quelques années.

Dans le train qui m’emmena à Paris, je sentis la pression monter en moi. Je me demandais comment cela aller se passer. J’espérais qu’il me trouverait belle et intelligente. Je me demandais comment je devais me comporter pour arriver à obtenir cela. Je me demandais comment cela devrait se passer que d’avoir un rencard avec un homme de cet âge. Je paniquais tout à coup à l’idée que face à mon âge il décide de me repousser. Et s’il s’énervait contre mes mensonges ? Il pourrait penser que je ne suis pas digne de confiance … Toutes ces idées auxquelles je n’avais jamais réfléchi jusque-là défilaient tour à tour d’un coup.
La peur s’était totalement emparée de moi, lorsque je descendis du train afin de me diriger vers le café. Je sentis mes mains trembler en poussant la porte du café. Je restai près de la porte et regardai autour de moi.
Je repérai très vite cet homme seul à une table près de la fenêtre. Il était brun. Il portait une chemise blanche et c’était tout ce que j’arrivai à observer de là où je me tenais. Ce qui ressemblait à une boite à bijou était posé sur sa table. Il regardait les passants par la fenêtre. Il avait l’air d’attendre quelqu’un. Il devait m’attendre. Je m’approchai un peu afin de mieux l’observer. Il regarda alors vers ma direction et nos regards se croisèrent. J’étais scotchée sur place. Il ne s’attarda pas sur moi et tourna très vite le regard. Mon cœur battait à tout rompre. Je tentai alors de calmer ma respiration.
Je me retournai et sortis du café.


Photographie © DR : Mariah Carey en 1990, pour son premier album.

6 Comments

  1. Francis Mizio - Ecrire en Ligne

    17 décembre 2018 at 11 h 26 min

    Une imposture qui tourne court. Pourquoi pas 🙂 , c’est drôle.

    Toutefois, je pense, si je puis me permettre, que ce texte n’est qu’une V1… Qui a été écrit très vite et dans un trait d’inspiration. Cela se sent. J’en veux pour preuve, si je puis me permettre encore, les répétitions (par ex dès le début : « lançai tristement », mais il y en a de nombreuses autres qui ne sont pas toujours des effets de style), quelques formules inutiles qui appuient inutilement une seconde fois la même idée (certaines que j’ai ôtées) et surtout les problèmes de concordance des temps (j’en ai corrigé plein : imparfait, passé composé, passé simple étaient euh… un peu en vrac. Or le sens dépend beaucoup de ces temps (imparfait action répétée ou prolongée ; passé simple, action unique. > c’est typiquement le genre d’erreur quand on écrit vite, sous l’inspiration. J’en ai peut-être laissé).

    Ensuite, sur la forme :

    – Cela pourrait être bien plus pétillant, adolescent, écervelé (et donc plus drôle. Un regard plus amusé sur cette tranche d’âge et sa fantaisie). De même la lettre, un peu curieuse de Paul confirme l’humour frais et décalé qui est voulu : il faut donc le tenir tout le long, du début à la fin (pas facile… certes).

    – Il faudrait à mon sens un peu plus de détail de l’époque (au travers des personnages par exemple : façons de s’habiller, de se comporter, tics de langage. Ou alors publicités dans la rue (par exemple, en 1990 on est en plein dans le Just do it de Nike > cela peut parler à cette jeune femme dont qui s’encourage ainsi par exemple en voyant le slogan dans la rue…).

    – On aimerait avoir quelques détails sur les copines (postures, attitudes…), qu’elles ne soient pas que des voix. Cela peut se croquer en 2/3 phrases bien senties et ironiques.

    – La chute n’est pas encore trouvée. Cela finit, je trouve, abruptement. Il manque une « récompense » au lecteur (pourquoi toute cette histoire si le personnage de Lili n’en tire rien sur lui-même ou la situation ? Ou s’il n’y a pas un rebondissement, une leçon, une expérience particulière, ou une morale quelle qu’elle soit…). > Et si l’homme était son père ? (par exemple… Ca vaut ce que ça vaut cette idée, mais c’est pour donner un exemple de retournement, un ricanement final). Et si Lili d’un coup prenait conscience de quelque chose sur elle-même ? (Le personnage, au travers de l’histoire ou l’anecdote doit être changé pour que cela fasse récit)… Qu’elle se voit soudain différente ? Je ne sais… La chute est encore à trouver. Ou alors peaufiner les toutes dernières lignes pour sa sortie du café (en panique ?).

    – Le 62 étrange dans l’annonce originale, je pense que ce sont les kilos. Lili doit être un peu potelée. :-)…

  2. Oh oui, quelle drôle de fin ! C’est dommage, l’idée est bonne et cette supercherie d’adolescentes (ou plus) en mal d’occupation est intéressante. Mais là… on reste à la porte du café. Et je me suis demandée pourquoi elle sortait du café. Pourquoi n’attend-elle pas ? Peut-être que l’attente vaine de ce monsieur déclencherait quelque chose ? Il y a plein de pistes possibles, je pense. Elle qui souhaite que ce monsieur prenne une grande place dans sa vie future, elle abdique tout de suite. Dommage !
    Ce serait bien en effet que les trois jeunes filles gagnent un peu en épaisseur. Là, on ne les « voit » pas assez (du moins à mon goût), surtout le personnage principal de l’histoire.
    J’ai eu l’impression, à la première (et deuxième) lecture, que le 62 allait jouer un rôle (je ne m’attardai pas longtemps dessus). Ça serait intéressant de voir ce que cela donne.
    J’attends la nouvelle chute avec impatience !
    Ktou 14

  3. Je pense également qu’il faut qu’il se passe quelque entre l’ado et l’homme.
    Un ami ou un collègue de son père qui la connait et, elle est donc obligée de justifier sa présence … Bon courage pour la suite!

  4. Bonjour,
    Merci pour vos commentaires. Je tenterai de faire une version 2 de ce texte en prenant en compte tout ceci.
    Pour reparler un peu de la fin de ce texte, ce que je voyais en écrivant c’était la situation d’une ado qui dans un premier temps cherche à s’occuper, ensuite qui se fait prendre à son jeu mais qui finit par réaliser qu’elle s’est un peu trop emportée… Je réalise effectivement que tout c’est flou, mal formulé. J’avais pensé à ajouter une scène où elle a son amie au téléphone qui lui apprend qu’elle sera de retour plus tôt ; ce qui aurait fait que ne se sentant plus aussi seule, elle laisserait tomber Paul, mais j’ai abandonné l’idée ensuite ne voulant pas trop alourdir mais au final c’est resté un peu superficiel …
    Bon, je retravaille tout ceci, en faisant bien attention à la conjugaison des verbes cette fois !
    Merci et à bientôt

  5. Francis Mizio - Ecrire en Ligne

    18 décembre 2018 at 21 h 42 min

    Attention, en 1990 il n’y a pas de portables…

  6. Je partage les avis et conseils précédents. Sympa ces adolescentes, j’aurais aimé qu’elles soient davantage présentes. Et voir creusé aussi l’écart d’âge entre l’annonce et la réalité, pourquoi s’attribuer cet âge ? Peut-être imaginer qu’elle se vieillisse (maquillage, talon) pour faire un peu plus ? Quelle explication va t-elle lui proposer ?

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