– Il m’aime, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout. Il m’a aimée, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout. Il…

– Oh oh OH, ça va ! On ne va pas y passer la journée.

– Ah ! Tu me réponds enfin. Alors ?

– Alors quoi ? Je ne sais pas moi, j’attends que tu finisses de me dévisser la tête comme tout le monde.

– Je ne comptais pas te dévisser la tête. J’aimerais juste comprendre.

– Qu’attends-tu de moi au juste ?

– D’y voir plus clair. M’aime-t-il ? M’aimait-il ?

– Bon, je pense qu’il t’a aimée, un peu. Souviens toi.

– Je me souviens du premier jour, oui. On était dans ce club, on dansait. Je lui tournais un peu autour, je dois l’avouer. Je ne fais jamais ça, mais bon, je le sentais bien.. il était un peu éméché, il était mignon, il dansait de manière complètement désarticulée et son discours n’avait pas beaucoup de sens à certains moments, à vrai dire pas du tout. Bref, il me plaisait. C’était marrant, c’était léger, sans conséquences.

– Tu lui plaisais aussi, dans ta petite robe bleue et tes talons aiguilles. Il te trouvait mignonne à faire ta fausse timorée. Jusqu’au moment où tu l’as pris par la main et que tu l’as embrassé.

– Ah ! N’est ce pas… ? C’est allé vite ensuite. Très vite, première fois, premier je t’aime, premières vacances.

– On en est au beaucoup la, c’est ça ? Ça annonçait la folie effectivement. C’est allé beaucoup trop vite. Le premier week-end, le premier voyage en train, en voiture, le premier hôtel. Les premiers compromis aussi.

– Oui mais quel week-end ! Non ?

– Oui, oui, c’est sûr.

– Et donc la passion !

– Oui.

– Il fallait surfer sur la vague, disait-il.

– Belle expression.

– Bref, c’était merveilleux.

– Euh..

– Oui ?

– Premières disputes, non ?

– Un peu, oui.

– Beaucoup, non ?

– Oui mais bon ça fait partie de la passion.

– Certes.

– Non ?

– Eh, qui suis-je pour juger ?

– Tu commences à m’ennuyer.

– Déjà ? J’attendais pourtant la folie avec impatience.

– Je vais peut-être finir par te dévisser la tête en fin de compte.

– C’est étonnant, tiens. Allez, ne te vexe pas et va au bout de ta pensée. On décidera du triste sort de ma tête plus tard. A la folie ?

– Les fiançailles, l’emménagement, les projets long-terme. La vie d’adulte. Le rêve, l’extase, la passion, la vraie.

– Tes yeux brillent de mille feux.

– Ben, c’était la passion.

– Fini la passion, ma petite, on en était à la folie.

– Tes sarcasmes me fatiguent.

– Donc, vous étiez fous.

– D’amour.

– Certes.

– Et donc ?

– Quoi donc ?

– Je te tends le micro.

– Quel micro ?

– Quel.. ? Quoi.. ? Mais enfin ! Ecoute, je ne suis pas là pour ressasser le passé.

– Ah mais j’avais pourtant l’impression que ce flash back t’amusait.

– Quid du pas du tout ?

– Le pas du tout ?

– Je ne vais pas faire ma Marie Ingalls plus longtemps. Ca suffit les champs, les fleurs, donc si tu veux garder ta vilaine tête, dis moi pourquoi il m’a quittée.

– Hum pour ta violence peut-être ?

– Moi ?

– Ma pauvre tête…

– Mais tu vas arrêter ton obsession sur ta tête ? Je suis là pour comprendre.

– Ok ok. A toi de me dire, qu’est-ce qui a mis fin à votre folie passionnelle ?

– La réalité.

– Un cassage de figure en bonne et due forme, donc.

– Non, la malchance plutôt.

– La malchance ?

– La maladie, la souffrance, le coup de vieux, la réalité, quoi, la vie de merde, l’envie de se tirer une balle, je ne sais pas quoi te dire, le mec là-haut qui nous fait des farces, tout ça.

– Et en quoi t’a-t-il aimée moins que tu ne l’as aimé  ? Pourquoi es-tu là à me menacer d’arrachage de tête intempestif ?

– Parce qu’il n’est plus, Marguerite.

– Et son amour est parti avec lui ?

– Je ne sais pas.

– Je ne pense pas.

– Qu’en sais tu, Marguerite ?

– Est-ce que tu crois à la résurrection ?

– Non, oui, je ne sais pas… tu n’as plus toute ta tête ?

– Je l’anticipe. Mais surtout, ta robe bleue me semble si près.

– C’est toi ?

– Je crois.

– Tu crois ?

– Les choses deviennent un peu plus complexes de ce côté-là de la barrière.

– Quelle barrière ?

– Quel micro ?

– Pourquoi tant de sarcasmes?

– Euh… vis ma vie de fleur..

– Et donc, ce pas du tout ?

– Il n’y a pas de pas du tout, mon coeur.

– Mais donc ?

– Fais attention au camion, ça fera un peu mal. Mais tu verras, ma chérie, c’est pas si mal la vie de pâquerette. Je t’attends.

Par Mini697