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Texte d’Ademar Creach

THERAPIE PERSONNELLE

9 mois. Le temps d’une grossesse. C’est exactement ça. Il m’a fallu le temps d’une grossesse pour accoucher d’une nouvelle personne. Pour franchir le pas, en enchaînant des pas justement… Mais pas si sages que ça en fait. Ce jour-là se finalisait donc le passage de mon « ancienne » moi à ma « nouvelle » moi! Je ne l’avais pas vu venir. Pourquoi à ce moment-là ? Pour la première fois, me semble-t-il, j’ai pu me laisser aller. Sans contrôle. Enfin, j’ai pu toute entière me laisser guider par mes sensations, par mes émotions. Il n’y a pas à dire. Cela remue. La preuve en est que, plus d’un an après, je me souviens encore des impressions ressenties ce jour-là, à cette heure-là. Cet instant a tout rempli. Effacé toutes les difficultés qu’il avait fallu surmonter les mois précédents. Comment cela avait-il commencé ?

J’avais débuté les séances en septembre. Une heure et demie tous les lundis soirs. Enfin j’avais osé sauter le pas et me présenter. Oser demander ce que je souhaitais. Dire pourquoi j’étais là. Je sentais que c’était le moment. Qu’il fallait que les choses changent. Que je change. Que j’arrête d’être toujours sous contrôle. Que je me détende. C’était nécessaire pour moi. Et pour mes proches. J’avais bien essayé la méditation. Mais cela était trop solitaire pour moi. Sans doute trop statique aussi : il me manquait le sentiment de participer, d’être partie prenante. Et je n’arrivais pas à atteindre la plénitude, la sérénité que je recherchais.

Après de nombreuses séances, il m’avait fallu attendre fin mai pour ressentir cette sensation de bien-être. Après neuf mois de travail donc. Cette sensation faisait bien sûr partie de ce que j’étais venue chercher : essayer de lâcher prise. Mais c’est en le ressentant pour la première fois que j’ai compris que ce n’était pas une chose parmi d’autres, c’était LA raison profonde de ma présence à ces séances. Cela a demandé du temps, du travail, des actions maintes fois répétées pour arriver, enfin, à une sensation plus qu’agréable qui s’est poursuivie dans la durée. Contrairement aux séances précédentes, j’avais accepté de me laisser guider les yeux fermés. Et c’était bien. C’était mieux. Mieux que bien.

Lors de ces séances, j’avais donc appris à ne plus réfléchir, à ne plus vouloir diriger, à ne plus être sous contrôle, à laisser parler l’instinct et les sensations plutôt que le cerveau, la réflexion, l’intellectualisation («mais pourquoi ? Et comment ? Où ? Quand ? »).

Toutes ces séances m’ont aussi apporté bien plus : me sentir femme, me tenir droite, oser, avancer sur talons hauts mais en confiance et en prestance. Malgré les soucis, malgré les complexes, malgré le surpoids, malgré les doutes.

J’ai longtemps hésité à l’idée de me lancer dans une thérapie. J’avais enfin osé sauter le pas, forcer le passage de mes émotions. Car, en fait, c’en était une, de thérapie. C’était ma thérapie personnelle. Sauf que je n’étais pas assise. Ni face – ou dos – à un psy. Mais dans les bras d’un professeur. De mon professeur de tango. De tango argentin.

Par Ademar Creach

6 Comments

  1. Gaëlle Pingault

    12 novembre 2017 at 17 h 56 min

    Voilà un parfait texte « à chute ». On ne saura que dans les deux dernières phrases de quoi il retourne exactement. Auparavant, Ademar Creach nous a installé une narration calée sur d’autres références. Elle joue comme un « double jeu », depuis le titre, pour nous faire croire à un contexte thérapeutique. Ainsi, se retrouvent dans son texte des éléments de vocabulaire très « psy » (« lâcher-prise », par exemple), qui creusent le sillon de la confusion… Alors que pourtant tout était posé dès le départ (« En enchaînant des pas »). Et finalement, tout cela est cohérent : on réalise qu’il n’y a pas de réelle opposition entre les deux. Oui, cette danse est thérapeutique pour l’héroïne. Et que les deux champs lexicaux (danse/thérapie) s’enlacent tout au long du texte n’est finalement que la métaphore des corps qui s’enlacent lorsque l’on danse. Alors finalement, lorsqu’on connait le fin mot de l’histoire, on se la repasse mentalement en 2/3 flashs et on se dit que tout est cohérent. Et c’est le signe d’un texte réussi !

    Je me questionne, Ademar Creach, sur l’intérêt de ton premier paragraphe. Je ne suis pas sûre qu’il faille le conserver tel quel. Je verrai assez bien ton texte commencer directement par « J’avais débuté les séances en septembre ». On serait d’emblée dans le « vif » de l’action, et du coup tu installerais une narration plus factuelle, plus vive, moins « rapportée après coup », que tu pourrais conserver ensuite en modifiant quelques petits trucs selon cette logique. On pourrait même imaginer changer de temps verbal (« j’ai débuté les séances en septembre ») pour imaginer une narration encore plus proche, quasi « en temps réel », mais ça c’est toi qui sais si tu en as envie ou pas… ! Et les éléments qui étaient contenus dans ton premier paragraphe, tu pourrais les répartir au fil du texte, ou même pour certains, ne pas les remettre, car finalement, on comprendra quand même en étant plus « au cœur » de l’histoire de cette héroïne, et moins « à l’extérieur ».

  2. autre manière d’atteindre l’ici et maintenant: la danse! Pour laisser tomber le contrôle, le jugement, raccroché au j’aurai dû- je ferai. Lidée de Gaëlle sur le temps des verbes qui pourrait passer au présent me donne envie de voir ce que ça pourrait donner. Et moi c’est peut-être le dernier paragraphe que je verrais se transformer et rester dans le présent, dans la danse, pour y rester jusqu’au bout. Je sais pas comment tu peux te débrouiller pour garder la chute comme ça, ça devrait être possible… ^^

  3. J’ai bien aimé, le parallèle entre deux façons (et plus bien sûr) de se libérer, d’évacuer, d’être soi. Bel hommage à cet art.

  4. Merci. Je me suis battue avec les temps à utiliser avant d’envoyer le texte… mais j’étais moins convaincue par les autres versions. Je vais essayer de m’y replonger.

  5. J’ai été prise par le suspens tout le long. Mais de quelle thérapie parle-t-elle? Pour enfin arriver à cette chute: le tango argentin. Ha le tango! Je ne l’ai pratiqué que trop peu pour avoir atteint cet état de plénitude que le personnage du texte et certaines de mes connaissances ont décris avoir ressentis.
    Bravo et merci pour ce texte à chute bien mené.

  6. Alors là je n’avais pas du tout prévu la chute, alors j’ai adoré ! Et je lu une deuxième fois ton texte en connaissant la chute et c’était encore plus chouette !

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