THERAPIE PERSONNELLE

9 mois. Le temps d’une grossesse. C’est exactement ça. Il m’a fallu le temps d’une grossesse pour accoucher d’une nouvelle personne. Pour franchir le pas, en enchaînant des pas justement… Mais pas si sages que ça en fait. Ce jour-là se finalisait donc le passage de mon « ancienne » moi à ma « nouvelle » moi! Je ne l’avais pas vu venir. Pourquoi à ce moment-là ? Pour la première fois, me semble-t-il, j’ai pu me laisser aller. Sans contrôle. Enfin, j’ai pu toute entière me laisser guider par mes sensations, par mes émotions. Il n’y a pas à dire. Cela remue. La preuve en est que, plus d’un an après, je me souviens encore des impressions ressenties ce jour-là, à cette heure-là. Cet instant a tout rempli. Effacé toutes les difficultés qu’il avait fallu surmonter les mois précédents. Comment cela avait-il commencé ?

J’avais débuté les séances en septembre. Une heure et demie tous les lundis soirs. Enfin j’avais osé sauter le pas et me présenter. Oser demander ce que je souhaitais. Dire pourquoi j’étais là. Je sentais que c’était le moment. Qu’il fallait que les choses changent. Que je change. Que j’arrête d’être toujours sous contrôle. Que je me détende. C’était nécessaire pour moi. Et pour mes proches. J’avais bien essayé la méditation. Mais cela était trop solitaire pour moi. Sans doute trop statique aussi : il me manquait le sentiment de participer, d’être partie prenante. Et je n’arrivais pas à atteindre la plénitude, la sérénité que je recherchais.

Après de nombreuses séances, il m’avait fallu attendre fin mai pour ressentir cette sensation de bien-être. Après neuf mois de travail donc. Cette sensation faisait bien sûr partie de ce que j’étais venue chercher : essayer de lâcher prise. Mais c’est en le ressentant pour la première fois que j’ai compris que ce n’était pas une chose parmi d’autres, c’était LA raison profonde de ma présence à ces séances. Cela a demandé du temps, du travail, des actions maintes fois répétées pour arriver, enfin, à une sensation plus qu’agréable qui s’est poursuivie dans la durée. Contrairement aux séances précédentes, j’avais accepté de me laisser guider les yeux fermés. Et c’était bien. C’était mieux. Mieux que bien.

Lors de ces séances, j’avais donc appris à ne plus réfléchir, à ne plus vouloir diriger, à ne plus être sous contrôle, à laisser parler l’instinct et les sensations plutôt que le cerveau, la réflexion, l’intellectualisation («mais pourquoi ? Et comment ? Où ? Quand ? »).

Toutes ces séances m’ont aussi apporté bien plus : me sentir femme, me tenir droite, oser, avancer sur talons hauts mais en confiance et en prestance. Malgré les soucis, malgré les complexes, malgré le surpoids, malgré les doutes.

J’ai longtemps hésité à l’idée de me lancer dans une thérapie. J’avais enfin osé sauter le pas, forcer le passage de mes émotions. Car, en fait, c’en était une, de thérapie. C’était ma thérapie personnelle. Sauf que je n’étais pas assise. Ni face – ou dos – à un psy. Mais dans les bras d’un professeur. De mon professeur de tango. De tango argentin.

Par Ademar Creach