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Ateliers d’écriture créative, de fictions, animés par Francis Mizio

Texte d’Anna17 – « Un lapin savoureux »

Une semaine s’était écoulée sans que Dudu, un beau maine coon appartenant à Carl et Dominique, ne donne signe de vie.

Le couple de retraités s’inquiétait, leur chat n’avait pas pour habitude de partir aussi longtemps. Sans dramatiser, ils avaient tout de même besoin de s’occuper l’esprit et rien de tel qu’un dîner chez les nouveaux voisins, les Bonsvin, des retraités également, arrivés il y a un mois.
La veille, Carl avait croisé le couple, et en bons nouveaux voisins, ils avaient proposé à sa femme et lui de venir dîner le lendemain soir. D’un air un peu fier Luc Bonsvin lui dit : « Ma femme et moi étions bouchers avant notre retraite, nous vous montrerons notre talent dans l’art de cuisiner la viande. Vous et votre femme n’en reviendrez pas ! »

Le soir venu le couple se rendit chez les Bonsvin. À quelques mètres de la maison, une délicieuse odeur de beurre et d’oignons cuits vint leur chatouiller le nez. Leur appétit grandissait au fur et à mesure qu’ils avançaient.

Peu de temps après leur arrivée, Carl et Dominique appréciaient déjà le couple. Luc était plutôt drôle, quant à Catherine d’un genre plutôt discret était très souriante et savait accueillir ses convives.
L’ambiance allait de bon train et après avoir fait connaissance, les plaisanteries de Luc faisaient exploser de rire le couple d’invités. Dés l’apéritif, ils se sentirent tous les deux très à l’aise chez les nouveaux voisins.

Le moment de passer à table ne se faisait plus attendre.

Une fois tout le monde assis, Catherine partit dans la cuisine afin d’apporter le dîner tant attendu.

Il s’agissait de délicieux morceaux de lapin bien dorés, avec en accompagnement des pommes de terre et des lardons. Dans la sauce, un arôme acidulé et sucré se démarquait, il s’agissait du cidre.

Le couple était transporté par tous ces effluves.

« Un lapin au cidre ! Il est habituellement cuisiné avec du vin blanc, mais un peu de changement ça ne fait pas de mal. », affirma fièrement Luc.

« Savoureux ce lapin, c’est un régal vous nous comblez », répliqua Dominique.

Les discussions et les plaisanteries continuèrent. Dominique en profita pour partager l’angoisse de la disparition de son chat.

Cependant, une blague douteuse de la part de Luc fit basculer l’ambiance :

« Ne dit-on pas du chat qu’il a le goût du lapin ? Si ça se trouve, c’est votre chat que vous avez mangé.»
Le couple se regarda avec stupeur.

 » C’est bien un gros chat ? », demanda Luc.
« Oui, un maine coon.
– Ah celui-là ! Il venait tout le temps uriner dans nos cultures de radis, sûrement pour marquer son territoire. Enfin, nous en avions marre et, en bons bouchers que nous sommes, nous avons décidé de le tuer et vous le servir à dîner ; ça vous apprendra à laisser traîner votre chat ! » fit le boucher tout en rigolant.

Le visage de Dominique se décomposa.

Silence. Un froid s’installa entre les deux couples.

Catherine brisa la glace et fit remarquer à son mari sa plaisanterie déplacée.

«Je rigole les amis, enfin ! »

Le couple fit un sourire par courtoisie, mais la blague du voisin n’était pas passée. L’ambiance n’était plus la même. Le reste de la soirée se déroula avec embarras.

Sur le chemin du retour, Dominique cogita sur la plaisanterie du boucher. Et s’ils avaient vraiment mangé leur propre chat ? Aussi saugrenu que cela puisse paraître, cette inquiétude ne la quittait pas. Après tout, il en existait bien des fous. Elle n’en fit pas part à son mari.

Durant la nuit, Dominique ne parvint pas à trouver le sommeil. Elle se retournait dans tous les sens pour chasser les pensées glauques qui traversaient son esprit. Elle imaginait le boucher capturer son Dudu puis le tuer avec tout son attirail. Toutes ses images défilaient pour en venir à une seule conclusion : leur voisin avait bien tué leur chat, c’était une évidence. Comme il l’avait dit, c’était pour leur donner une bonne leçon, leur chat gâchait les belles cultures de leur jardin.

Soudainement, un haut-le-cœur la fit se lever et elle se précipita dans les toilettes. Elle rendit tout le dîner du soir. Entendant sa femme régurgiter, Carl vint la retrouver et lui donna une serviette afin qu’elle puisse s’essuyer. Elle se retourna et lui dit :

« Ne te moque pas Carl, mais il a tué Dudu, je le ressens . »

Tendrement, son mari lui répondit : « Je pense que tu te fais du soucis pour rien ma chérie. Je sais que tu aimes par-dessus tout notre chat, mais c’est un peu gros. Bon, il faut reconnaître que ce n’était pas malin de sa part mais il reviendra, tu verras. Allons, nous recoucher maintenant. »
Dominique suivit les conseils de son mari et partit se coucher malgré sa déprime. Elle réussit tout de même à trouver le sommeil.

Quelques heures plus tard, le couple fut réveillé par des miaulements du côté de leur jardin. Malgré son état un peu faible, Dominique accourut dans le salon et ouvrit les volets. Au travers de la fenêtre, elle pouvait apercevoir Dudu. Elle n’y croyait pas, son chat était rentré. Elle l’attrapa et le serra dans ses bras.

Une fois que la retraitée se remit de ses émotions, elle repensa aux tourments de la soirée précédente puis ne put s’empêcher de se sentir ridicule d’avoir réagi ainsi à une plaisanterie de si mauvais goût.


Photographie : bella67 – cc – Pixabay

5 Comments

  1. Francis Mizio - Ecrire en Ligne

    18 novembre 2018 at 11 h 40 min

    L’idée d’Anna17 est bien amusante (cette nouvelle aurait pu d’ailleurs, sous la figure inquiétante des voisins, avoir sa place dans un atelier précédent), mais il y a je pense plusieurs éléments dans le texte qui me font estimer (je suis désolé) qu’il mériterait de reposer et d’être amélioré. Pour faire de cette idée amusante une meilleure comédie. Je vais essayer de donner des conseils (bienveillants, hein). En effet :

    – Sur le ton de la narration. C’est majoritairement narré comme une anecdote que davantage mis en scène. On sent, je trouve un peu trop la parole de l’auteur. C’est un style de narration qui rapporte, plutôt que fait vivre. Certes il y a des dialogues, des actions, mais la façon dès le début de poser la situation, les personnages, les enjeux est un peu trop factuelle, ce qui entraîne un certain manque de fluidité. Par exemple ce paragraphe : « Le couple de retraités s’inquiétait, leur chat n’avait pas pour habitude de partir aussi longtemps. Sans dramatiser, ils avaient tout de même besoin de s’occuper l’esprit et rien de tel qu’un dîner chez les nouveaux voisins, les Bonsvin, des retraités également, arrivés il y a un mois. La veille, Carl avait croisé le couple, et en bons nouveaux voisins, ils avaient proposé à sa femme et lui de venir dîner le lendemain soir. D’un air un peu fier Luc Bonsvin lui dit : « Ma femme et moi étions bouchers avant notre retraite, nous vous montrerons notre talent dans l’art de cuisiner la viande. Vous et votre femme n’en reviendrez pas ! » mériterait deux mises en scène. Celle où on voit les retraités chercher le chat, ou l’appeler depuis leur seuil, avant que l’on voit apparaître le voisin formulant son invitation. De façon à ce que, immergé dans l’action , le lecteur comprenne de lui-même, se doute, devine ce qui est en train de se mettre en place. C’est le côté affirmatif (je vous pose cette brique, puis cette brique) qui un peu casse le charme. Autre exemple : « Silence. Un froid s’installa entre les deux couples. Catherine brisa la glace et fit remarquer à son mari sa plaisanterie déplacée. «Je rigole les amis, enfin ! ». La scène est géniale et cruciale : il faudrait la développer, la montrer en action : les visages, les postures, le décor qui soudain semble devenir inquiétant. Bref, être un peu plus généreuse avec le lecteur qui ne demande qu’à jubiler avec cette histoire.

    – Sur les dialogues. Ne vous embêtez pas à vous casser la tête avec « répondit », « répliqua », « dit-elle », ou je ne sais. Utilisez cela au minimum (et en plus cela vous évitera de vous casser la tête pour éviter les répétitions de verbes). Balancez vos dialogues en vous situant comme une caméra. Le personnage dit quelque chose et tripote nerveusement sa serviette, ou chasse des miettes sur la table, ou hausse les sourcils, que sais-je. Ou alors dites un truc distant. Les scènes à huis clos qui sont pour beaucoup du dialogue sont difficiles sur ce point. L’alternance des verbes, ou leur trop grande présence, aplatit le dynamisme de l’action et aussi cherchez à placer du malaise en toute occasion. Exemple, j’aurais mis au lieu de : « C’est bien un gros chat ? », demanda Luc. « Oui, un maine coon. – Ah celui-là ! Il venait tout le temps uriner dans nos cultures de radis, sûrement pour marquer son territoire. Enfin, nous en avions marre et, en bons bouchers que nous sommes, nous avons décidé de le tuer et vous le servir à dîner ; ça vous apprendra à laisser traîner votre chat ! » fit le boucher tout en rigolant. »
    Ceci :

     » C’est bien un gros chat ? ». On aurait dit un instant que Luc avait le regard fuyant. Il semblait soudain être fasciné par un dessin de la nappe.
    « Oui, un maine coon ». Elle dessina en l’air la forme du chat, les yeux rivés sur le plat, avant de laisser retomber ses mains, un peu nerveuse, de chaque côté de son assiette.

    « Ah celui-là ! » Le boucher rigolait. Il marqua un temps qui paru infini aux deux hôtes. Dehors, une moto passa dans un bruit d’enfer, résonnant dans le silence tombé dans la pièce. « Hé bien, fit-il lentement comme en ménageant son effet : « Il venait tout le temps uriner dans nos cultures de radis, sûrement pour marquer son territoire. Enfin, nous en avions marre et, en bons bouchers que nous sommes, nous avons décidé de le tuer et de vous le servir à dîner ; ça vous apprendra à laisser traîner votre chat ! ».

    Enfin, sur la chute : il n’est jamais bon de finir par un happy end. Vous perdez l’humour cruel de votre texte. Il vaut mieux laisser le doute, une ouverture, du moins que le lecteur imagine ce qu’il veut, ou que ça finisse dans un éclat de rire, ou une impression grinçante (pour le cas de cette histoire). Aussi je chercherais une autre chute. J’ôterais de façon certaine ceci : « Une fois que la retraitée se remit de ses émotions, elle repensa aux tourments de la soirée précédente puis ne put s’empêcher de se sentir ridicule d’avoir réagi ainsi à une plaisanterie de si mauvais goût ». Car là, vous dites au lecteur que penser et lui ôtez tout moyen de s’accaparer le texte. Vous fermez tout. C’est dommage. A la place je mettrais un truc du genre :

    « Quelques heures plus tard, le couple fut réveillé par des miaulements du côté de leur jardin. Malgré son état un peu faible, Dominique accourut dans le salon et ouvrit les volets. Au travers de la fenêtre, elle pouvait apercevoir Dudu. Elle n’y croyait pas, son chat était rentré. Elle l’attrapa et le serra dans ses bras ». >

    >> ça c’est votre texte, que je garde. Mais je rajouterais en dernières phrases par exemple :

    Tout était terminé. Dominique, rassurée allait confirmer la bonne nouvelle à Carl lorsqu’elle leva les yeux et aperçut par dessus la haie la fenêtre du voisin. Le boucher, sous l’éclairage blafard du néon de sa cuisine, la voyant, lui adressa un grand sourire et lui fit un signe amical.
    Au bout de sa main brillait le long couteau qu’il était en train d’aiguiser. »

    Voilà, c’est juste un exemple comme un autre, mais c’est pour montrer qu’il vaut mieux terminer sur une chute ouverte. Ici, on sait que le malaise ne sera jamais dissipé et que les pauvres retraités font flipper à jamais… Et comme le lecteur comme tout le monde a un mauvais fond 🙂 , vous lui faites généreusement un cadeau : il a du matos pour imaginer ce qu’il veut après votre texte…

  2. Bonsoir Anna 17,

    L’idée est extra. En lisant les premières lignes, la perte du chat, l’invitation des voisins, le métier de Luc, j’ai vite trouvé qu’ils allaient leur dire qu’ils avaient préparé le chat à manger… Les propositions de Francis sont pertinentes et mettent du rythme dans l’histoire, mettent les images en scène que l’on voit effectivement moins à la lecture de votre texte et la fin proposée par Francis est tout simplement à la fois délicieuse et démoniaque.

  3. Décidément! Je me pose une question : comment, sur 6 participants à un atelier d’écriture sur le thème du repas, peut-on en trouver trois (dont je fais partie!) qui envisage de faire un repas diabolique (manger mémé, le chat/lapin, le chien…)? C’est un peu inquiétant, non??
    De fait, j’ai été moins surprise. Mais j’ai bien aimé la description des personnages. Et je suis d’accord avec les propositions de Francis!

  4. Décidément que de « gourmandises » dans les écrits… l’idée d’avoir mangé le chat est très vite induite… re beurk… je n’aurai peut être pas sauvé le chat aussi certainement à la fin de texte mais plutôt j’aurai laissé planer le doute pour ajouter au « malaise » bien transcrit du personnage Dominique …

  5. Merci à tous pour vos critiques très constructives. En effet, j’ai eu du mal avec la mise en scène, je travaillerai ça à l avenir.

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