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Ateliers d’écriture créative, de fictions, animés par Francis Mizio

Texte de Colette

Un jour j’irai à New York avec toi…

Lui.

Il est assis à une petite table devant un café noir. Des raies de lumières viennent percer les baies vitrées du bâtiment. Il regarde dehors. Au loin, ses yeux se perdent. Il se prépare. Il essaie. Aéroport Roissy Charles De Gaulle. Destination : Ailleurs.

Jusqu’à Ce jour de janvier, Paul travaillait comme médecin généraliste dans un cabinet d’urgences. Il avait bien réussi. Il aimait son travail. Il vivait avec elle. Ensemble ils étaient heureux. Ils partageaient tout. New-York, ils en avaient toujours rêvé. Ils se l’étaient promis « un jour, ils iraient là-bas ».

Elle.

Elle est partie. Elle n’est plus. « Elle a vu son cœur se vider et saigner ». Jusqu’à ce jour de janvier, Marie était écrivain. Elle mangeait des livres et en cuisinait chaque jour de nouveaux. Elle jonglait avec les mots comme le chef peaufine ses recettes. Elle ne s’autorisait aucune imperfection. Les phrases devaient être justes, percuter le lecteur. Marie s’appliquait dans un travail d’orfèvre pour que ses mots chantent ensemble l’histoire.

Eux.

Elle avait été sa patiente au cabinet, un soir de bonne grippe. Il l’avait soignée. Leurs regards n’avaient pu se détacher. Pour faire passer sa fièvre, il l’avait invitée. Dans sa voiture, Téléphone les berçait. C’était l’hiver. Il neigeait. Ils s’étaient embrassés et ne s’étaient plus jamais quittés. Leur histoire ressemblait à un conte moderne. Elle se sentait princesse. Il savait qu’elle l’avait transformé. Il n’était plus crapaud. Un matin, après avoir soigneusement séparé les deux barres de chocolat de son pain, elle l’avait longuement regardé. Et elle s’était lancée : « je voudrais un mini nous ! ». Jamais il n’avait osé aborder la question avec elle. Par pudeur, par timidité…par connerie ! Ils avaient du chocolat partout, il la serrait dans ses bras et la faisait tourner tourner tourner.

Du café coula sur le parquet craquant. Et ils virent « leurs corps se serrer ».

Après 275 jours de rires, de joies, de peurs, de grandes folies et de petites peines, après presque 9 mois de révolution interabdominoplanétaire « made in » foeutusland, le big bang est arrivé ! Soudain ! Brutal ! Top départ. Pas le temps pour un compte à rebours. Réveil en sursaut pour Paul. Marie crie beaucoup. Beaucoup trop pour Paul. Beaucoup beaucoup trop pour le médecin. Arrivés à l’hôpital, Paul est prié de sortir. Marie s’est évanouie. Les portes se ferment. On l’appellera. On viendra le chercher quand ça commencera. Il ne comprend pas. Il ne veut pas réfléchir. On l’a appelé. Il est venu. Ca a commencé sans lui. C’était mieux comme ça.

Elle et lui.

Muse est née. Ils devaient être trois. Marie a été emmenée par in Farctus. Rare. Rapide. Violent. Méchant. Il s’est attaqué à son cœur. Paul a voulu partir avec elle. Muse l’a ramené à la vie. Rien ne sonne comme avant. La mélodie est nouvelle. Il faut suivre une partition inconnue. Et se surprendre à vivre. Muse a eu deux ans. Paul a décidé de partir avec elle, là où ils auraient dû partir avec Marie. New-York, Téléphone, le tourbillon de la vie… Tout quitter. Tout reconstruire ailleurs. Essayer.

« Tu m’emmèneras ! Emmène-moi » papa !

Par Colette
Lorsqu’elle écrit Colette n’a pas d’âge…
Les mots s’enfilent comme des perles sur un collier…
Les textes qu’elle écrit ne vivent que sur l’écran de son ordinateur ou sur les pages de ses carnets.
Aujourd’hui, elle décide de se lancer un défi,
Elle a envie,
Elle a peur,
Elle est impatiente,
Elle imagine,
Elle est heureuse d’écrire, là, maintenant, tout de suite ; de penser à ce qui l’attend…

1 Comment

  1. Gaëlle Pingault

    13 septembre 2015 at 19 h 13 min

    Ici, Colette nous narre à la fois un « départ » définitif et passé, celui de l’épouse décédée, et un « départ » concret, actuel, celui du père et de la fille encore vivants, qui sont au seuil d’aller tenter une nouvelle vie à New-york. La chanson de Téléphone revient comme un leitmotiv qui rythme la narration, tout comme la rythme, de manière plus saccadée, les passages de paragraphes présentant de qui on parle (« lui », « elle », « eux », « elle et lui »). Ce sont des petits plus qui rendent le texte fluide, très agréable à lire, très clair.

    Il me semble que ce texte gagnerait cependant en pertinence en faisant un « réel » choix sur ce qu’il raconte : est-ce le départ de Paul, l’envie de renaissance, tenter autre chose avec sa fille ? Ou bien est-ce « l’avant », la rencontre avec sa femme, puis son décès ? Je pense qu’en choisissant de « tout » raconter, sur un texte court, l’auteur perd un peu en force, car cela contraint à balayer large, plus qu’à réellement camper les personnages. On ne sait, par exemple, rien de Muse. De ses traits de caractère, de ses traits physiques. Ressemble-t-elle à sa mère, par exemple ? On ne sait pas grand chose non plus de la douleur et de la résilience du personnage de Paul (qui ne sont qu’évoquées). Les choses sont dites, mais comme « résumées ». Je pense qu’il serait plus riche de faire un vrai choix narratif et de creuser le sillon choisi.

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