Ecrire en ligne

Ateliers d’écriture créative, de fictions, animés par Francis Mizio

Author: Francis Mizio - Ecrire en Ligne (page 1 of 9)

1909 (novembre) – Jean-Cyrille – Texte de Ktou14

Jean-Cyrille, baron de la Chézotrou ne s’était jamais ennuyé de sa vie. La grande différence d’âge avec sa sœur en ayant pratiquement fait un fils unique, il avait grandi en sa propre compagnie : elle lui convenait admirablement.
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Proposition d’écriture – Janvier 2019

Il y a quelques temps (je ne sais plus comment je suis tombé dessus) j’ai lu un article du Monde (je crois) qui évoquait au détour d’une critique littéraire l’ouvrage, « J’ai peur » d’une artiste contemporaine, Géraldine Kosiak ;  paru initialement en 1995 au Seuil. On nous présentait cela, si je me souviens bien, comme une œuvre marquante traitant de la peur, de toutes les peurs (intimes, personnelles, désespérées, pathétiques, grandes, instinctives, sociales, petites-bourgeoises, dérisoires, d’aujourd’hui ou d’hier, etc.).
J’ai levé un sourcil. Tiens, c’est intéressant, et ça pourrait faire l’objet d’un atelier.
Je suis allé alors consulter Monsieur FNAC qui m’a expliqué pour sa part : « Construit à la manière d’un Je me souviens de Georges Perec, J’ai peur de Géraldine Kosiak est réédité plus de dix ans après sa première parution. Ainsi Géraldine Kosiak évoque-t-elle à chaque page une nouvelle peur, des plus quotidiennes aux plus existentielles, des plus contemporaines aux plus intemporelles. Quatre-vingt-huit peurs, une peur par page, une phrase et un dessin par peur. Sobriété et densité de petits dessins épurés au trait noir, qui font mouche, comme des croquis d’un premier jet, jouxtant les mots avec humour et subtilité.
De peurs basiques (J’ai peur des fourmis rouges…), en peurs plus fondamentales (J’ai peur d’être enceinte ; J’ai peur que mon loyer augmente encore et que je ne puisse plus le payer), voire politiques (J’ai peur des pluies acides ; J’ai peur de l’Histoire qui se répète) ou encore existentielles (J’ai peur de rater ; J’ai peur aujourd’hui de demain ; J’ai peur d’avoir peur), Géraldine Kosiak souligne nos maux, nos inquiétudes et nos doutes. L’énoncé de ses peurs fait écho à nos propres peurs tant elles sont vraies. Au lieu de fuir ces peurs, Géraldine Kosiak les utilise et nous invite à ne pas leur tourner le dos mais bien à les accepter pour ce qu’elles sont, pour mieux les dépasser.  »
À ces mots je me suis redit qu’il y avait décidément là un sacré boulot. Je me suis alors procuré l’ouvrage de 100 pages curieusement classé en « album jeunesse ». Puis je l’ai reçu en étant toujours autant alléché. D’autant que la quatrième de couverture pour sa part dit sobrement, mais avec conviction  :

Je l’ai lu en moins de 5 minutes lors desquelles j’ai pu alors découvrir le travail de dessin qui illustre les peurs.
C’est par exemple comme ça :

Ou comme ça :

Il y en a 88 ainsi.

Je ne vais pas, par respect pour l’auteure, par solidarité d’artiste, par souci de ne pas passer pour un fâcheux, un imbécile sinon un poujadiste anti art contemporain, vous infliger ici les pages que je pourrais écrire en argumentant sur ce que m’évoque ce travail, en le resituant dans ses contextes et biotopes, prétentions et paresses, bluffs et alibis (par exemple le choix du trait, je suis certain qu’il y a un discours pour le justifier).
Simplement, j’ai mené des centaines d’ateliers d’écriture et je peux vous dire que par exemple au fin fond de la Picardie, chez des gens peu favorisés, peu alphabétisés, et qu’on aime à stigmatiser, il y en a qui ni ne lisent ni n’écrivent, mais lorsqu’ils créent sous contraintes —par exemple en leur demandant d’établir des listes raisonnées lors d’exercices de créativité en s’inspirant de Perec ou de l’Oulipo— pourraient être par exemple reconnus eux aussi comme des artistes, et à remarquer dans Le Monde.
Mais passons.
En revanche, car il faut bien que ce travail serve à quelque chose d’artistique (du moins pour qu’il ait enfin une ampleur artistique ; que ce livre ne soit pas qu’une anecdote survendue), je vais rester sur mon idée… et vous proposer d’écrire à partir d’une des 88 peurs de la liste qui compose le livre.

Voici la liste établie par Géraldine Kosiak (les mots « J’ai peur » sont répétés en début de chaque phrase. Je ne les ai pas ressaisis ici) :

01 — J’ai peur de toutes ces filles dans les magazines
02 — de la télévision, mais je la regarde
03 — des hommes à moustaches
04 —  d’une page blanche
05 — de tous ces gens que je ne connais pas
06 — alors je rentre chez moi.
07 — des moments qui durent
08 — de ma mélancolie dépressive
09 — des pluies acides
10 — d’être enceinte
11 — que mon loyer augmente encore et que je ne puisse plus le payer
12 — des gens à lunettes
13 — de la pollution
14 — de n’être bientôt qu’une maladie
15 — d’avoir peur
16 — que ma voiture tombe en panne
17 — du nucléaire
18 — de la fin du monde
19 — du bourdonnement des mouches bleues
20 — de certains mots
(NB : l’auteure a tracé ces mots : BOUDIN – DISPARAÎTRE – MATIN – BITE – RICHE – FERMETURE – CANCER – PANASONIC – LASER)
21 — des seringues
22 — des fourmis rouges
23 — de sortir de mon lit pour commencer la journée
24 — de rater
25 — des serpents
26 — de certaines bandes (NB : l’auteure a dessiné 5 bandes verticales épaisses et noires)
27 — des arrivistes
28 — aujourd’hui de demain
29 — du succès
30 — de l’échec
31 — de m’ennuyer quand je vais à des soirées
32 — en voiture (surtout des autres)
33 — de la foudre
34 — des promoteurs immobiliers
35 — du vide
36 — des gens qui ne me regardent pas quand ils me parlent
37 — qu’un jour il n’y ait plus d’eau
38— J’ai peur du titre de ce roman : « Faut-il tuer les petits garçons qui ont les mains sur les hanches ? »
39 — d’avoir froid, surtout aux pieds
40 — de la tâche d’encre incontrôlée sur la feuille (NB : des tâches d’encre maculent cette phrase)
41 — de l’égoïsme
42 — de mon côté hystérique
43 — de sauter en parachute
44 — des menteurs
45 — de ceux qui abandonnent leur chien
46 — de l’Histoire qui se répète (NB : l’auteure a dessiné une croix gammée)
47 — de l’éparpillement
48 — de n’être bonne à rien (NB : la page est vierge de tout dessin)
49 — de perdre mes cheveux et mes dents
50 — d’oublier mes clés
51 — des cérémonies
52 — des cambrioleurs
53 — des ondes négatives
54 — des mathématiques (NB : l’auteure a tracé cette équation : « A + B = C »)
55 — de me répéter (NB : la page est en face et il s’agit du même dessin que ci-dessus : « A + B = C »)
56 — de certains bruits
57 — des prises de courant
58 — du sang
59 — des monstres
60 — de ne plus voir ma famille
61 — de vieillir
62 — de me faire opérer des varices
63 — de devenir sourde
64 — de la guerre
65 — des changements de saison
66 — quand je nage en pleine mer
67 — que mon courrier se perde
68 — des huissiers
69 — des matchs de foot qui tournent mal
70 — du Ku Klux Klan
71 — des chasseurs (mais pas de mon père, mon frère, mon grand-père…)
72 — du grand huit dans les fêtes foraines
73 — des mystiques
74 — de ne pas avoir le temps d’aller dans tous les pays du monde
75 — de pourrir sous la terre et de puer
76 — de ne pas aller sur la lune
77 — de m’être trompée de religion
78 — des racistes
79 — des politiciens qui font de la politique pour eux
80 — des gens qui mettent de l’eau dans leur vin
81 — de manquer de temps
82 — de n’être pas drôle
83 — de certaines explications
84 — de faire des fautes d’orthographe
85 — d’étouffer
86 — d’être paralysée
87 — des habitudes
88 — que l’on m’oublie (NB : la page affiche les prénom et nom de l’auteure)

La proposition donc, et j’espère qu’elle vous plaira —du moins qu’elle ne vous effraiera pas — est de choisir une de ces peurs et, à partir d’elle, d’écrire une nouvelle de la teneur qui sera la vôtre (personnage confronté à sa peur, ou qui la dépasse, ou qui la provoque, ou qui y assiste. mais cela peut être un texte aussi comme avait écrit Marine pour l’anorexie, avec un luxe de sensibilité, d’images, de détails…). N’ayez crainte, je sais que vous allez y arriver !

Texte de Sécotine – « Chasseur de rêves »

→ Rêve n.m. -1- Suite de phénomènes psychiques (d’images, en particulier) se produisant pendant le sommeil. -2- Construction de l’imagination à l’état de veille, destinée à échapper au réel, à satisfaire un désir.

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Texte d’Eevlys – « Phonographiste mortuaire » *

– Sarah… ton père est mort.
– …
– Je te préviens c’est tout. Je fais venir le phono.
– Je viendrai pas.
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Texte de Ktou14 – « Le sculpteur d’ombres » *

Depuis quelque temps, le petit village de Troulabas s’enfonçait dans l’inquiétude, voire la panique.
Tout avait commencé au cœur de ce bel été où le ciel restait invariablement bleu, traversé parfois de petits cirrus qui n’annonçaient que du chaud. Lire la suite

1929 (mai) – Angèle et Marcel – par Ktou14

Mai 1929
Citadine depuis peu, idéaliste peinée de constater égoïsme intérêts presque partout, souffre solitude, épouserait jeune homme instruit, moderne, sans snobisme, sentiments délicats. Suis brune, physique agréable, 25 ans, scribe bureau sans fortune, mais instruite.
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1990 (Juin) – Lili et Paul – « L’annonce de l’été 90 », par Dilan

C’était l’avant dernier samedi de juin. On s’était retrouvées comme à notre habitude, avec Marine et Selma. Nous étions allongées sur le sol de ma chambre à regarder le plafond. Nous gardions le silence, trop occupées à écouter la voix de Madonna sur sa chanson « Vogue », que la radio passait. Marie entamait une chorégraphie avec ses pieds posés sur le lit, ce qui nous fit éclater de rire à l’assemblée et nous fit sortir du silence.
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1955 – Jacques et Marjorie – « Le pari », par Anna17

Pierre, Paul et Jacques avaient toujours pour habitude de se retrouver tous les mercredis matin au « Café des Trois bonnes Grâces » au centre-ville. Ces trois hommes d’une trentaine d’années, s’étaient rencontrés par leur métier commun : ils étaient poinçonneurs à la gare de Rouen-Rive-Droite. En plus, de leur métier, ils avaient en commun de ne pas être mariés, ce qui fortifiaient leurs liens amicaux. Leurs retrouvailles du mercredi matin était comme un rituel, boire un délicieux café, discuter de tout, rire de tout, mais il y avait le mercredi à ne pas manquer, celui où sortait la revue mensuelle « Le Chasseur Français ». En effet, ils attendaient avec impatience la sortie de cette revue pour s’amuser des annonces matrimoniales, quitte à véritablement en jouer…
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1962 (Novembre) – Arlette et Edouard – « Virage dangereux », par Fantomette44

Novembre 1962
L’électrophone craquète un instant puis une voix à la fois enfantine et sensuelle s’élève et glisse sur le papier peint aux motifs orangés du petit salon de l’appartement de la rue Monsieur le Prince.
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1922 (Juillet) – Jean – « Quand un vicomte… », par Trados

Jean Delacher naquit à Coucy-le-Château, au Nord de Soissons, en 1896. Il resta fils unique. Son père était bourrelier, sa mère modiste. Ils vivaient heureux, dans leur maison accolée au château. En bas c’était l’atelier, qui sentait bon le cuir. En haut, l’une des trois chambres était consacrée aux chapeaux et falbalas colorés.
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Texte de Melle47 – « Gorilles, portraits intimes… » *

Bip, bip, bip… Une grosse paluche se soulève pour s’aplatir lourdement sur le réveil. Un grognement l’accompagne. Puis la couette se déploie.
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Proposition d’écriture – Déc. 2018-2

Le métier d’écrivain -car il faudrait que ce soit vraiment reconnu un jour, du moins fiscalement, financièrement, administrativement etc. comme un vrai métier- est parfois si difficile dans ses conditions de vie qu’on se demande en le pratiquant s’il ne serait pas imaginaire. Une sorte de fantaisie de l’esprit en somme, une hallucination. « C’est pas un vrai métier, ça »... Combien ont entendu cela ?

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