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Ateliers d’écriture créative, de fictions, animés par Francis Mizio

Category: CatSept2015

Texte de Alicealice

Elle s’était toujours fantasmé en aventurière. Elle avait 2 gosses, un crédit d’appartement, et le même mec depuis 15 ans. Elle avait besoin de sécurité.

Toutes ses économies virées sur son compte, le portable abandonné sur le plan de travail presque clean de la cuisine, son sac de week end fourrés de ses jeans slim portés tels des uniformes, et quelques autres utilitaires, la joue collée à la vitre refroidie du Corail intercité , tout redevenait enfin possible.

Plus de disputes à régler, plus cette culpabilité de ne jamais en faire assez, plus de mots à toujours peser pour ne pas froisser et garder le calme du foyer, plus d’attente ou de déceptions des amis trop occupés, juste elle.
Elle vierge, sans attaches, sans planning, un nouveau futur à inventer. Vertige des possibles et exaltation de l’inconnu. Ni le bébé qui braille depuis le départ, ni l’odeur tenace de la junk food du passager derrière ne pourront arracher son regard du vide intérieur délicieux dans lequel elle se laisser couler. Les questions pragmatiques qui l’assaillent sont vite refoulées. Elle s’y attardera plus tard. Pas question de briser cet instant unique de liberté retrouvée. Bercée par ses rêveries, et les trainées de pluie qui griffent la vitre, elle flotte, dans son cocon d’égoïsme.

Profitant d’un we prévus chez ses beaux parents, dont elle pouvait décrire le déroulement immuable en quelques mots : manger, encore et encore, parler de rien, pour rien, elle avait prétexté une grande fatigue et des dossiers en cours à régler. Rien n’avait été réfléchi, prévu, les mots d’excuses étaient sortis,naturels, logiques. Et le voyage avait pu être évité.

Une fois la porte refermée derrière le trio, l’évidence comme une urgence vitale lui avait sauté à l’esprit. Elle s’était sentie une noyée remontant à la surface, guidée par un appel d’air, irrépressible. Il n’y avait que ça à faire.
Vite, ne pas réfléchir à l’après ni au comment, courir attraper le bus puis dévaler l’escalator du métro, direction la gare saint Lazare. Du temps de l’inamoramento, Trouville était leur refuge amoureux. C’était là que tout recommencerait. Ses tripes serrées, telle une évadée qu’on allait rattraper, le regard aux aguets , scrutant les autres passagers comme s’ils savaient, elle avançait en fugitive.

Allongée sur le king size bed de l’hôtel vieille france , chic et chaleureux qu’elle a eu la chance de trouver, elle contemple le plafond, sans vraiment le voir. Comment vivre cette première soirée? Comment faire honneur à tous ces possibles? Surtout rien qui ne ressemble aux années passées, surtout rien qui ne soit sécure, connu.

Le sourire aux lèvres , l’oeil sombre soudain animé d’une flamme mutine et vivace, elle se redresse et bondit sur ses pieds.
Direction une de ces boutiques où 3 vendeuses vous dévisagent dès le pas de la porte foulée. Celle fois, elle les regardera dans les yeux. Mieux, elle leur parlera avec déférence. Elle peut, elle est une autre. Elle est qui elle veut. Pas à tergiverser, elle choisit une robe noire, dos nu, courte, mais sobre. Une paire de talons viennent remplacer ses éternelles boots. Un détour par le rayon beauté , elle regagne frondeuse son hôtel.

Maintenant elle se regarde, bienveillante, s’autorise à se voir femme, joue avec sa longue chevelure toujours contenue, jamais peignée. Maintenant elle a le temps, son temps. Elle peut être futile. Elle a le droit de se vouloir belle et désirable pour sa nouvelle vie. Sinon pourquoi être partie? Pourquoi laisser germer dans le coeur de ses rejetons les graines du sentiment terrible de l’abandon. Elle chasse cette pensée. C’était ça ou s’étioler, en avançant comme un robot programmé pour l’abnégation. Qui cherche t’elle à convaincre? En avant!! Elle se met en valeur, elle veut qu’on la regarde.

Au bar de l’hotel , elle est une héroïne, qui savoure son cocktail au son feutré du piano, cliché des films qui structure son nouveau personnage. La nuit sera à l’image de cette soirée, intense, folle. Elle sera Maude, et répondra aux sollicitations du premier mâle viril qui l’accostera.

Dimanche soir, la clé tourne dans la serrure, ils s’arrêtent de jouer, courent se lover dans ses bras, elle embrasse leurs cous si doux. « Maman on a gagné, on est rentré les premiers ». Elle regarde leur père, toujours aussi beau et rassurant. Elle sourit, sereine, la parenthèse enchantée se referme. Elle était partie pour mieux revenir.

Par Alicealice

Texte de Loulou la Rose

Le Monde Parallèle

J’ai disparu un matin. J’ai quitté ma femme et mes deux filles comme si de rien n’était. J’ai pris mon petit déjeuner avec elles puis je les ai embrassées avant de partir. Au lieu de prendre la route du bureau j’ai bifurqué sur la gauche. Ma sacoche de travail contenait tous les documents qui pouvaient encore m’identifier. Je les détruirai plus tard quand je serai à l’abri des regards. Seules les liasses de billets que j’avais partagées dans quatre enveloppes m’accompagneraient lors de ce voyage.

Je partais pour rejoindre Le Monde Parallèle, ce monde de fantômes au regard de l’administration, qui se multipliaient dans les grandes villes d’abord, dans les banlieues ensuite. Ces hommes et ces femmes acceptaient de perdre leurs droits, leur sécurité sociale et leurs biens, parfois plus encore. Certains, comme moi, laissaient derrière eux leur passé entier, leur famille et leurs amis.

Les Disparus ont commencé à apparaître silencieusement quand la faim, l’injustice des lois ou les douleurs infligées par le gouvernement ou les décideurs dans la société n’ont plus été supportables. Quand il n’y a plus eu d’espoir de vivre décemment pour certains, quand les règles imposées par la volonté de produire toujours plus pour acheter encore plus ont commencé à signer la mise à mort des entreprises qui se voulaient morales. En bref, quand ils ont réalisé qu’ils ne pouvaient plus rien attendre de bon ou de bien de cette société telle qu’elle était organisée. Car la perte d’espoir pourtant si rare chez l’homme, peut provoquer chez lui un bouleversement d’une puissance plus forte que tout, et surtout plus forte que la mort.

Au fil du temps, des réseaux souterrains se sont constitués pour aider les gens comme moi à franchir le pas et partir.

J’ai reçu des instructions très précises, étape par étape.

J’ai d’abord été abordé par une femme dans l’ascenseur de mon immeuble de bureau. Car les leaders des Disparus choisissent avec beaucoup de précautions ceux qui vont les rejoindre. J’ai appris depuis, qu’ils s’entouraient de toutes les compétences nécessaires pour évaluer puis prédire avec une réussite absolue si un individu était prêt à tout quitter pour les rejoindre. Je sais aujourd’hui que ma vie cesserait à la seconde si je changeais d’avis. Je l’accepte. Ils s’assurent ainsi de ne pas avoir d’existence officielle et donc de ne pas donner prise à des recherches ou à des volontés d’extermination puisque le monde des Disparus n’est imaginable pour personne.

Cette femme m’a proposé de nous arrêter à la cafétéria du 5ème étage sous couvert de me parler de dossiers en cours. Elle a réussi à brosser avec une très grande pertinence ma situation professionnelle – je faisais parti du programme de licenciement du semestre suivant pour contestation publique de la politique sociale de l’entreprise – ma situation personnelle et mon profil psychologique. Elle connaissait mon désespoir mutique, elle savait que je n’avais plus rien à perdre. J’ai été convaincu en un tournemain de l’évidence de ce qu’elle me proposait.

Les premières instructions ont testé puis validé ma détermination à les rejoindre. Il a fallu attendre plusieurs mois avant de recevoir les suivantes. Puis tout s’est fait très vite. Le tri d’affaires de tous ordres, la liquidation de problèmes en suspens, la mise de coté progressive des sommes d’argent nécessaires à mon départ. Tout cela dans le secret.

Je préparais ma mort officielle, en somme !

Aujourd’hui je me réveille dans une pièce que je ne reconnais pas. Je suis seul et je me sens reposé. Le soleil filtre au travers des stores et dessine sur les murs des figures sautillantes et joyeuses. Dans l’air flotte un parfum doux et fleuri. Après un instant je décèle aussi une odeur de pain grillé et de café à l’ancienne. Je meurs de faim ! Je tends l’oreille vers la porte poussée et perçois confusément une conversation et des rires. Au delà, un silence cotonneux et délicieux ; pas d’agitation de klaxon de moteur ni de cris. Et je souris : je peux compter de un à dix sans penser à rien. Je peux aussi ne rien faire et ne penser à rien.

Sur la table de chevet à ma droite est posée le journal de ce jour. Je le prends et parcours les pages distraitement. Dans les faits divers, il est fait mention de l’ascenseur d’un immeuble de bureaux qui a pris feu ce matin à l’horaire le plus chargé de la journée.

Par chance, il n’y avait au moment du drame qu’une seule personne enfermée. Pour l’heure, la victime n’a pas pu être identifiée.

Par Loulou la Rose

Texte de Pilly80

Ce matin, elle s’est réveillée le ventre un peu noué. Elle ne sait plus depuis bien longtemps quel jour on est mais elle sait qu’aujourd’hui, elle s’en va. Elle quitte sa maison pour toujours. Ses enfants viendront la chercher toute à l’heure pour l’emmener dans la petite chambre de la résidence qu’ils lui ont trouvé le mois dernier.Tout ça parce qu’elle est tombée encore une fois et que parfois elle oublie un peu la date. A quoi ça sert de connaître la date quand on vit seule et qu’on est vieille ? Bon par contre, oublier d’éteindre le gaz, ça oui c’est embêtant et ça arrivait un petit peu souvent, elle le reconnaît. Elle sait bien qu’ils ont raison. Et puis, elle ne veut pas déranger.

Au pied du lit, sa valise est déjà prête. Elle n’emporte que quelques affaires. Elle y glisse les cadres posés sur la table de chevet avec les photos de ceux qu’elle aime tant : ses enfants et son mari, mais lui, ça fait longtemps qu’il est parti. Il est mort il y a des années maintenant. Elle ne sait plus trop quand.

Elle entre dans la cuisine. Sa main caresse la nappe cirée quand elle passe devant la table. Elle est toute usée, toute abîmée. Elle se fait un café. Juste de la poudre instantanée dans une tasse mélangée à de l’eau chauffée à la bouilloire, C’est pas très bon mais le fonctionnement de la cafetière est devenu bien compliqué ces derniers temps. Elle entend les merles qui s’égosillent dans le laurier. Elle sourit, ferme les yeux et ouvre grand les oreilles. Elle les écoute pour la dernière fois depuis sa cuisine, avec sa tasse de café fumante à la main. Elle est debout près de la table et sa main est à nouveau posée sur la nappe cirée. Elle attend un peu puis elle laisse entrer tous les souvenirs : les enfants qui font leurs devoirs sur cette table, le bruit de l’eau qui s’écoule pendant la vaisselle, le rire de son mari qui écoute la radio, le parfum des rosiers par la fenêtre les soirs d’été, les disputes, les secrets, les tartes aux pommes réussies et les brûlées, tout ! Ca fait beaucoup alors elle s’assoit un peu parce que la tête lui tourne.

Elle se lève ensuite et rentre dans le salon. Elle s’assoit sur le canapé et regarde le papier peint et là encore elle se souvient. Elle essaie de mettre tout ce qu’elle peut dans sa mémoire qui s’assombrit chaque jour un peu plus. Elle décide alors d’aller dans chaque pièce pour tout y sentir, pour tout toucher, pour tout regarder, une dernière fois. Et pour se rappeler ensuite, quand elle sera partie d’ici et qu’elle ne trouvera pas le sommeil.

Elle ne monte pas dans les chambres des enfants à l’étage. Elle ne les a pas aérées ni dépoussiérées depuis longtemps parce que les enfants ne viennent pas souvent et que l’escalier est devenu fourbe.

Elle se demande ce que va devenir sa maison après son départ. Les enfants la vendront sûrement. Elle espère que les prochains propriétaires y seront bien. Elle, elle y fut très heureuse. Enfin, peut-être pas tous les jours mais très heureuse quand même la plupart du temps.

Ca y est, ses enfants sont là. Ils l’attendent devant le portail écaillé. Elle leur fait signe à la fenêtre et  va prendre sa valise. Elle sort doucement sur le perron, se retourne puis ferme la porte sans lever les yeux. Elle fait tourner la clé dans la serrure, pour la dernière fois. La serrure grince et elle se dit qu’elle aurait quand même pu mettre un peu d’huile. Et là, elle se souvient qu’elle a laissé sa tasse sale dans l’évier. Tant pis, la maison aura un peu l’impression qu’elle reviendra toute à l’heure.

Elle tourne le dos à sa maison et tout d’un coup, un gros morceau de tristesse remonte de son ventre vers son cœur, poursuit sa route vers sa gorge et s’apprête à déborder de ses yeux. Et puis elle voit ses enfants et remarque alors qu’eux aussi, ils ont un gros morceau de tristesse coincé sous les paupières. Alors elle respire un grand coup et leur fait un petit sourire en marchant vers eux, vers son nouveau chez-elle.  Elle ne veut pas déranger.

Par Pilly80

Texte de Colette

Un jour j’irai à New York avec toi…

Lui.

Il est assis à une petite table devant un café noir. Des raies de lumières viennent percer les baies vitrées du bâtiment. Il regarde dehors. Au loin, ses yeux se perdent. Il se prépare. Il essaie. Aéroport Roissy Charles De Gaulle. Destination : Ailleurs.

Jusqu’à Ce jour de janvier, Paul travaillait comme médecin généraliste dans un cabinet d’urgences. Il avait bien réussi. Il aimait son travail. Il vivait avec elle. Ensemble ils étaient heureux. Ils partageaient tout. New-York, ils en avaient toujours rêvé. Ils se l’étaient promis « un jour, ils iraient là-bas ».

Elle.

Elle est partie. Elle n’est plus. « Elle a vu son cœur se vider et saigner ». Jusqu’à ce jour de janvier, Marie était écrivain. Elle mangeait des livres et en cuisinait chaque jour de nouveaux. Elle jonglait avec les mots comme le chef peaufine ses recettes. Elle ne s’autorisait aucune imperfection. Les phrases devaient être justes, percuter le lecteur. Marie s’appliquait dans un travail d’orfèvre pour que ses mots chantent ensemble l’histoire.

Eux.

Elle avait été sa patiente au cabinet, un soir de bonne grippe. Il l’avait soignée. Leurs regards n’avaient pu se détacher. Pour faire passer sa fièvre, il l’avait invitée. Dans sa voiture, Téléphone les berçait. C’était l’hiver. Il neigeait. Ils s’étaient embrassés et ne s’étaient plus jamais quittés. Leur histoire ressemblait à un conte moderne. Elle se sentait princesse. Il savait qu’elle l’avait transformé. Il n’était plus crapaud. Un matin, après avoir soigneusement séparé les deux barres de chocolat de son pain, elle l’avait longuement regardé. Et elle s’était lancée : « je voudrais un mini nous ! ». Jamais il n’avait osé aborder la question avec elle. Par pudeur, par timidité…par connerie ! Ils avaient du chocolat partout, il la serrait dans ses bras et la faisait tourner tourner tourner.

Du café coula sur le parquet craquant. Et ils virent « leurs corps se serrer ».

Après 275 jours de rires, de joies, de peurs, de grandes folies et de petites peines, après presque 9 mois de révolution interabdominoplanétaire « made in » foeutusland, le big bang est arrivé ! Soudain ! Brutal ! Top départ. Pas le temps pour un compte à rebours. Réveil en sursaut pour Paul. Marie crie beaucoup. Beaucoup trop pour Paul. Beaucoup beaucoup trop pour le médecin. Arrivés à l’hôpital, Paul est prié de sortir. Marie s’est évanouie. Les portes se ferment. On l’appellera. On viendra le chercher quand ça commencera. Il ne comprend pas. Il ne veut pas réfléchir. On l’a appelé. Il est venu. Ca a commencé sans lui. C’était mieux comme ça.

Elle et lui.

Muse est née. Ils devaient être trois. Marie a été emmenée par in Farctus. Rare. Rapide. Violent. Méchant. Il s’est attaqué à son cœur. Paul a voulu partir avec elle. Muse l’a ramené à la vie. Rien ne sonne comme avant. La mélodie est nouvelle. Il faut suivre une partition inconnue. Et se surprendre à vivre. Muse a eu deux ans. Paul a décidé de partir avec elle, là où ils auraient dû partir avec Marie. New-York, Téléphone, le tourbillon de la vie… Tout quitter. Tout reconstruire ailleurs. Essayer.

« Tu m’emmèneras ! Emmène-moi » papa !

Par Colette
Lorsqu’elle écrit Colette n’a pas d’âge…
Les mots s’enfilent comme des perles sur un collier…
Les textes qu’elle écrit ne vivent que sur l’écran de son ordinateur ou sur les pages de ses carnets.
Aujourd’hui, elle décide de se lancer un défi,
Elle a envie,
Elle a peur,
Elle est impatiente,
Elle imagine,
Elle est heureuse d’écrire, là, maintenant, tout de suite ; de penser à ce qui l’attend…

Texte d’Ariane

Il y a Madame D. Madame D doit se rendre chez sa sœur, une fête surprise pour ses 40 ans. On ne lui a jamais fait de surprise à elle. Ses 40 ans, elle les a fêtés il y a deux ans, devant la télévision.

Il y a David et Marine. Aujourd’hui, ils se quittent conformément à leurs habitudes, en sanglots. Ils ont appris à se foutre du regard des autres et puis, ils trouvent ça romantique, de pleurer sur un quai de gare.

Il y a M. Bernard, expert en climatologie. Il va à Besançon pour donner un colloque. Il n’a jamais aimé Lyon, ville de transit entre deux trains, noire de monde et rouge de chaleur. Rien à voir avec Besançon, sa verdure et ses forêts. Il attend avec impatience son dernier train. C’est à se demander s’il ne deviendrait pas claustrophobe, avec l’âge. Claustrophobe d’une ville, c’est possible ? La claustropolisphobie.

Il y a Elena. Elena s’en veut : elle a attendu le dernier moment pour renouveler sa carte jeune. Et un vendredi soir, ce n’est pas une bonne idée. La file d’attente est interminable et n’avance pas. Heureusement, il y a cette jeune fille devant elle, très agréable à regarder. Elle lui rappelle son ex, Julie mais en plus souriante. Elle donne l’impression que l’attente, le stress et les gens désagréables ne l’atteignent pas, elle est dans sa bulle. Et c’est une bien jolie bulle.

Il y a Martin, deux ans qu’il attend ce jour. Des heures passées à la pizzeria après ses cours, des économies de bouts de chandelle, des pâtes sans carbo. Il a enfin réussi à prendre son billet d’avion, un aller simple Paris-Montréal et une première nuit d’hôtel réservée. Son rêve d’enfance va se réaliser dans quelques heures. Début de sa nouvelle vie : 6h à Charles-de-Gaulle.

Il y a Charline. Son père vient de faire un infarctus, elle part à Bordeaux. Son patron l’a laissée partir plus tôt à condition qu’elle écrive un article pour la rubrique « Société » de lundi. Comme si elle avait la tête à ça, comme si elle avait envie de se préoccuper de la « société » alors que son père est en train de mourir. Son bloc-notes reste désespérément blanc. Saloperie de patron sans cœur.

« Mesdames et messieurs, en raison d’une panne d’alimentation, tous les trains de la soirée sont supprimés. Veuillez vous rendre aux guichets d’informations pour plus de renseignements. »

Madame D s’agite dans tous les sens et son collier de perles rebondit sur sa grosse poitrine. Voilà une excuse tombée du ciel (ou plutôt du quai). Plus besoin de s’inventer une vie heureuse, plus besoin de s’intéresser à la rentrée de ses neveux, de faire semblant de croire à l’étonnement de sa sœur. « Non, Jean-Jacques, je ne peux pas prendre un taxi jusqu’à Macon, enfin, ils sont tous overbookés ! Ah, quel dommage, si tu savais comme je m’en faisais une joie ! ».

Ce soir, ce sera plateau-télé.

David et Marine se regardent, ils se sourient à travers leurs yeux embués. Ils savent que demain sera galère : gérer les correspondances, l’arrivée reportée. Mais pour l’instant, ils pensent juste au rab gagné, à leur soirée et à leur nuit à deux. Ils repartent main dans la main et sourire aux lèvres.

« Ah non, tout sauf ça ! Mais enfin Bon Dieu, trouvez une solution !! Un car, un taxi, débrouillez-vous, je dois quitter cette ville!!! Ha, je me sens mal, je vais tourner de l’œil… Et mon colloque, il va se donner sans moi, peut-être ?!? Si les icebergs fondent et ben, vous savez quoi ? Ce sera de votre faute, fonctionnaires de mes deux !!! »

Finalement, sa carte jeune, ce n’est plus urgent. Elle partira demain, avec le premier train et ce sera très bien aussi. La jeune fille se retourne, lui sourit. Elle ne connait pas Lyon, elle a faim et se ferait bien un resto. Si elle en connait un ? Bien sûr ! Elle peut l’accompagner, sa soirée est libre.
Elena ne prendra peut-être pas le premier train demain…

Martin a enfin réussi à atteindre la file d’attente du guichet d’informations. Il est là, avec ses gros bagages, ses sourires et son énergie envolés. Il a envie d’envoyer valser son téléphone qui vibre au rythme des « Bon voyage ». Il attend son tour, pense à un château de cartes qui s’écroule. Des larmes coulent sans bruit sur ses joues. Il sent des regards curieux, intrusifs mais il s’en fiche. Pendant que des gens râlent, pestent et s’énervent, pour un colloque, pour des taxis overbookés, Martin pleure.

C’est décidé, lundi, « Le Messager » fera sa une sur la SNCF. Charline espère juste que son père sera plus patient que les passagers.

Par Ariane
Bonjour à tous ! 
Après 10 ans sans prendre la plume, je me lance dans une nouvelle aventure !

Proposition 09/2015

Bonsoir, 

Voilà, comme prévu, nous sommes dimanche soir et l’atelier prend fin. Les commentaires ont été clos sur l’ensemble des textes, mais vous gardez bien entendu la possibilité de les consulter. 

Merci pour votre participation à cet atelier !

Pour ceux qui le souhaitent, le prochain atelier commencera le vendredi 2 octobre, et les inscriptions sont d’ores et déjà ouvertes. 

Bonne fin de soirée et bonne continuation à vous tous!

Gaëlle

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Il paraît (sisisi, je vous jure) que c’est la rentrée.

Mais comme je n’aime pas la rentrée, et que c’est un petit peu une platitude quand même, je vous propose ce mois-ci de réfléchir à l’idée contraire. Je vous propose donc de construire votre texte autour du verbe « partir ».

Arthur Rimbaud s’en allait « les poings dans ses poches crevées », Julien Clerc prétend que l’on a « toujours un bateau dans le cœur » (oui, je suis capable de citer Arthur Rimbaud et Julien Clerc dans la même phrase, pourquoi ?), à vous maintenant de décliner votre idée du départ. Il peut être réel, ou virtuel, on peut quitter un tchat internet, un repas de famille, un compagnon, un travail, un pays… Il peut ouvrir sur une nouvelle vie choisie, ou imposer des ruptures qui n’étaient pas souhaitées. Se faire dans la joie, ou la tristesse. Etre l’occasion de belles surprises, de désillusions, voire de drames.

Vous nous écrirez moults détails concrets et factuels, ou bien vous privilégierez les ressentis.

A votre guise !

A vous donc de nous inviter à « partir » avec vos personnages, à votre façon, au fil de votre récit.

Bonne écriture à tous !

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