Amélie a un petit gémissement en ouvrant les paupières. Elle cligne plusieurs fois des yeux, afin de s’habituer à la lumière blafarde au dessus d’elle. Sa tête lui fait affreusement mal.

Elle s’humecte les lèvres. Un goût amer et âcre la saisit aussitôt, manquant de la faire vomir.

Elle tente de bouger malgré la nausée qui monte. Aussitôt, une vive douleur lui coupe le souffle. Sa respiration s’accélère, son cœur se met à battre plus fort. Elle sent monter une crise d’angoisse.

Elle essaye de se remémorer ce qui a pu se passer. Elle se souvient être sortie du manoir, avoir recroisé le majordome qui lui avait tendu un verre – un verre de lait-fraise elle se souvient très bien – être remontée dans le taxi qui s’était mis à rouler. Puis elle s’était sentie très fatiguée et n’avait plus aucun souvenir de la suite.

Ses mains sont liées dans son dos et ses chevilles sont menottées et reliées à un tuyau. Le sol est en béton, aucune fenêtre n’est présente. La seule lumière vient de ce néon grésillant au-dessus de sa tête. Elle gémit en essayant de se redresser. Ses vêtements sont déchirés.

Soudain, elle entend du bruit venant de l’autre côté d’une porte métallique lui faisant face. Il lui semble reconnaitre des bruits de pas. Elle tente de se redresser, grimace de douleur. La porte s’ouvre dans un grincement terrifiant.

Amélie ferme les yeux, elle sait qu’elle est en mauvaise posture. Ses lèvres articulent une prière muette.

Elle rouvre les yeux, elle ne perçoit qu’une silhouette se tenant dans l’encadrement de la porte. Il fait trop sombre pour qu’elle ne distingue quelque chose.

Elle murmure un pitié, tandis qu’elle sent les larmes lui monter aux yeux.

L’inconnu s’avance dans la lumière. L’inconnu du bal. Amélie étouffe un cri. Comme la dernière fois qu’elle l’a vu, son doigt se pose surs lèvres tandis qu’il lui fait face, lui enjoignant de se taire.

Amélie ferme les yeux sous la vague de souvenirs qui la submergent. Elle ne comprend rien. Elle se met à trembler. Elle ne peut oublier la sensation qu’elle avait eue lorsque son torse s’était collé contre le sien, lorsque leurs lèvres s’étaient trouvées.

Sans un mot, il s’accroupit près d’elle. Sa main vient lui faire une caresse délicate sur sa joue. Elle sent sa peau s’électrifier à ce contact. Elle ne sait pas quelles sont ses motivations, elle ne réagit que de manière animale.

« Il faut faire vite, nous n’avons pas beaucoup de temps ». Une voix grave et chaude. Profonde. C’est la première fois qu’elle l’entend et elle se sent comme hypnotisée.

Elle perçoit ses doigts qui cherchent à la libérer de ses liens. Elle a mal mais ne dit rien.

Soudain la pression sur ses poignets se relâche et le sang se remet à circuler.

Il s’attaque alors aux menottes, se servant d’une épingle pour crocheter la serrure.

Une fois libérée, il l’aide à se mettre debout. Ses jambes ne la tiennent pas, ses genoux ont été pliés depuis bien trop longtemps. Sans qu’elle ne puisse rien faire, elle vacille et tombe contre lui. Ses bras musclées l’enserrent, la soulèvent et se mettent à la porter. Sans un bruit, ils passent la porte métallique. Elle n’a pas d’autres choix que de se laisser porter. Elle espère juste qu’il est bien en train de la sauver. De nouveau, son odeur enivrante. Elle ferme les yeux, se concentre sur ce parfum et se laisse couler.

Arrivés en haut d’un escalier de béton, l’inconnu ouvre une petite porte. Il tend l’oreille, il sait qu’ils courent un risque et qu’ils peuvent se faire attraper à tout moment. Il vise la fenêtre de la pièce d’à côté, celle qui lui a permis d’entrer et de venir la sauver. Mais avant cette fenêtre, il y a un corridor à traverser et durant quelques secondes, ils seront à découvert.

Il avance aussi doucement que possible, tenant fermement sa protégée par-dessus son épaule.

Il ouvre enfin la porte qui les mènera vers la sortie. Il fait quelques pas dans le petit salon, pose Amélie afin de pousser le battant de la fenêtre. Soudain, il entend des voix qui viennent dans leur direction. Il comprend qu’elles se dirigent vers la cave. C’est une question de seconde avant qu’ils ne s’aperçoivent de la disparition d’Amélie.

Il la prend par la main et lui désigne la fenêtre. Amélie va puiser dans ses dernières forces afin de trouver le courage d’escalader le rebord.

Après des secondes qui leur paraissent interminables, ils sont enfin de l’autre côté. Amélie se sent de nouveau vaciller et de nouveau s’effondre contre son sauveur. Encore une fois, il la soulève et ils s’enfoncent dans la nuit.

Par Groux