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Ateliers d’écriture créative, de fictions, animés par Francis Mizio

Texte de Schiele

Garderai je un gout amer de toi?

De cette histoire que nous ne vivrons pas.

Sans toi j’apprends l’amour autrement. Celui à sens unique.

Celui qui se soucie de savoir ce que tu ressens, qui se réjouit de tes succès, sans jamais te toucher ni te parler. Celui qui renonce à passer mes mains dans ta crinière brune et à connaitre le gout de tes lèvres qui dessinent ce sourire que je chéris. Moi la cynique biberonnée à la petite maison dans la prairie, voilà comment je la négocie l’approche de la quarantaine? en m’éprenant d’un quasi inconnu de 9 ans de moins? Risible non? et tellement cliché .

A croire que Brigitte Macron fait des émules. Je symbiose avec mes contemporains.

Toutes ces heures à imaginer comment te recroiser, te séduire, retrouver la connivence de ces quelques soirées où ma vie a basculé en faisant ta connaissance. Et toutes ces autres à repousser cette idée tant elle bouleverserait trop ma cellule familiale adorée.

J’aime penser à toi en écoutant Between the buttons de French 79 et Je te sens venir de Juliette Armanet. Ils sont la synthèse parfaite de ce qui m’anime : un délire sensuel puissant et beau mais kitsch. Ou peut être kitsch mais beau et puissamment sensuel.

Comme une ado mal dégrossie, je visualise même notre mariage Une guinguette parsemée de tables aux nappes vichy, couleur lait fraise, des meules de foin et des lampions. Un décor léger, frais et joyeux comme les sentiments que je nous imagine. Ceux qui ne sont pas ternis par le quotidien. Là aussi un joli stéréotype de bobo en crise de milieu de vie.

Toi qui ignores tout des méandres et turpitudes de mon coeur anachronique.

Je ne saurai jamais comment tu aurais trouvé ces mots : touchants ? ridicules? mièvrement lyriques?

Je partirai en l’ignorant

Voilà quelques mois, je t’avais déjà écrit dans les ateliers de Gaëlle. J’y laissais tous les souvenirs que nous ne partagerions pas. A croire que je n’ai finalement pas beaucoup avancé depuis. Tu ne connaitras pas l’importance qu’ils ont pour moi. J’y maintiens le lien qui n’existera jamais entre nous.

Quelle curiosité de se dire qu’on peut vivre ce tumulte seule.

Quelle frustration de penser que tu avances sans savoir qu’une femme se vautre dans des envies de toi.

Mais quel confort de ne jamais me confronter à ta réalité. Car bien tapi au dedans de moi, je sais qu’il n’y pas de réciproque.

Ressentir ça tout en continuant la vie avec les miens.

Le Joker ou femme complexe?

Suis je l’un des deux?

Un monstre fou ou une humaine dépassée?

Nos choix définissent ils ce que nous sommes?

Je sais que je n’aurais jamais le courage de laisser ma vie basculer. Suis je trop lâche ou sage et lucide?

Je partirai sans le savoir.

Au fond ai je vraiment envie de me libérer de toi? du délire où je me suis enfermée .

D’où me vient cette conviction vertigineuse de possible bonheur total entre nous? Pourquoi?

Fébrile, instable, j’attends avec hâte que ton image et mes désirs s’étiolent.

Sans violon ni piano mélo.

Juste immuablement.

Que je souris à la mémoire de cette période trouble. Sans regret. Comme le souvenir d’un doux rêve qui longtemps continuera à m’habiter. Sans que tu en soupçonnes l’existence.

Nous sommes quelques mois avant mon déménagement qui mettra totalement fin aux possibilités de se croiser.

Mais d’ici là, dans deux semaines, nous nous retrouverons.

1 an jour pour jour, à la même fête. Je te reverrai la peur au ventre. La peur de ne plus rien ressentir ou celle d’être à nouveau submergée ? La première solutionnerait pragmatiquement mon problème. Mais ai je envie de laisser filer ce secret qui me fait vibrer dans l’intimité de ma douce folie intérieure?

Il y aussi celle que tu ne viennes pas. Tout resterait alors figé.

Mais ma vie sera jolie quand même. Elle l’est déjà.

J’explorerai d’autres versants de moi.

C’est une erreur de penser que j’ai besoin de toi pour me révéler.

Tu n’es pas le messager de la fin de ma jeunesse. Mais celui du début d’une autre vie. C’est ainsi que je le décide.

Par Schiele

https://www.youtube.com/watch?v=Kmx6OdrGOpM

https://www.youtube.com/results?search_query=je+te+sens+venir+juliette+armanet

15 Comments

  1. Gaëlle Pingault

    14 mai 2017 at 17 h 25 min

    Schiele nous emmène ce mois-ci voguer sur un fantasme. C’est un texte de l’ordre du songe, du « Et si… ? », avec une dimension presqu’hypnotique (d’ailleurs parfaitement illustrée et portée par le premier morceau de musique proposé en lien). Schiele met en scène un personnage qui joue avec sa propre réalité, et qui nous emmène dans ce jeu. On ne sait pas forcément où est la limite précise entre la « vérité vraie » et ce que l’héroïne imagine, quelle est la part de rêve et de réalité, et c’est très bien ainsi : cela illustre sans doute le trouble que Schiele essaye de retranscrire dans son texte. C’est en quelque sorte un jeu avec les limites, même si finalement son héroïne sait très bien où elle les a fixées, ses limites. C’est pour cela que l’on est « que » dans l’imaginaire, ce qui est une option narrative intéressante parce qu’elle ouvre le champ des possibles de manière quasi infinie. Comme souvent, Schiele nous propose de belles images, et puis une litanie de questions, comme un tourbillon, dont elle fait sortir son héroïne pour finalement poser une décision qui l’ancre résolument dans sa réalité. Ce « c’est ainsi que je le décide » est une jolie fin pour ce texte, qui repositionne pleinement l’héroïne, lui donnant d’un coup comme un amplitude qu’elle ne parvenait pas à prendre avant, dans l’entre-deux entre fantasme et réalité.

    Puisque tu as choisi l’option du trouble, de l’émotion imaginaire, y compris avec des projections mentales, je pense que tu pourrais jouer cette carte là encore plus à fond, Schiele. Finalement, elle est très « control » dans la façon dont elle nous raconte son fantasme, cette héroïne. C’est très construit et très fluide, ce texte, pour un truc entre deux eaux où elle laisse vagabonder son imagination. Et si bien évidemment, la construction et la fluidité ne sauraient être un défaut en écriture, je crois que tu pourrais quand même déconstruire un peu ta narration. On pourrait imaginer des passages où elle serait vraiment « prise » dans ce qu’elle imagine, en ne nous le disant même pas. Un peu comme tu le fais pour la scène du mariage, mais sans le « je visualise notre mariage », par exemple, sans nous expliquer de quoi il retourne, sans préparation, juste en nous faisant basculer dans une mise en scène de ce qu’elle imagine. Il me semble que des petit(e)s phrases et/ou paragraphes de totale projection mentale, sans même d’introduction, renforceraient le côté un peu « insaisissable », un peu « flou » de ton texte et de ton héroïne.

  2. J’ai bien aimé l’allusion aux ateliers de Gaëlle qui accentuent le mélange entre rêve et réalité. Et aussi que tu renoues avec la musique dans tes textes ;-).
    Je crois que j’aurais aimé que tu entretiennes davantage le doute quant à sa décision en différant à la fin du texte les références au déménagement, le fait qu’elle n’aura pas le courage etc. Ou alors que tu alternes les projections dans les deux directions pour renforcer le suspens 😉

  3. d’abord merci gaëlle de nous lire si bien. Tu as exactement cerné ce que j’essayais de pondre 🙂 et en effet comme je me suis embarquée dans un truc un peu barré, j’avais peur qu’on ait beaucoup de mal à comprendre, à me suivre et à force d’avoir le nez dans le texte, je n’avais plus aucun recul pour savoir si c’était accessible et intéressant. Et j’ai donc « structuré mon délire » 😉 bref je comprends tout à fait ce que tu me suggères et j’ai quelques idées, je tache de m’y mettre ce soir

  4. Gaëlle parle de voguer sur un fantasme, c’est tout à fait ce que j’ai ressenti en lisant ton texte. Comme un petit bateau ballotté sur une mer qui bouge, va une fois à gauche, une fois à droite, emporté par une force qui le dépasse. On passe d’une impression désabusée à une série d’efforts pour renouer, à un attendrissement en imaginant le mariage et ensuite une retombée dans la réalité. C’est le cheminement de la pensée quand on vit quelque chose de difficile. J’ai trouvé que ça marchait, j’y ai cru.
    Détail sans doute un peu terre-à-terre, personnellement, j’ai été un peu distraite du texte par un certain manque de ponctuation, est-ce volontaire ou non?

  5. Gaëlle Pingault

    15 mai 2017 at 19 h 45 min

    Il est parfois (souvent?) nécessaire de très bien construire/structurer un texte avant de le déconstruire ensuite, quand on veut qu’il soit parfaitement cohérent. Tu as sûrement eu raison de structurer ton délire. Tu vas juste pouvoir passer à l’étape suivante 😉 . L’écriture se fait parfois par étapes de travail successif (il m’est arrivé de devoir supprimer 10 000 caractères d’une nouvelle, mais je sais qu’il fallait les avoir écrit à un moment pour « tenir » cette histoire, quitte à les supprimer ensuite 😉 )

  6. Ce que j’aime bien c’est comment tu rends à la fois la fragilité et la force de cette femme. Qui nous en dit long sur une certaine fuite en avant dans le rêve, une recherche d’absolu, dans les étoiles, et en même temps une force bien ancrée dans la réalité, sa vie qu’elle ne lâche pas, qu’elle revendique. On a envie de lui souhaiter un peu d’apaisement, même si c’est beau ce qu’elle imagine. La tension -presque jusqu’à la rupture- de ses pensées est très bien rendue, bravo. Et j’aime bien la « non-ponctuation » qui accentue les tourbillons, à mon goût.

  7. J’apprécie toujours tes textes, émouvants souvent, Schiele… d’autant plus quand ils sont la suite d’un précédent texte qui m’avait marqué, parce qu’il me touchait particulièrement et que tes mots savaient encore mieux le dire. Donc, évidemment, ce nouveau texte me touche aussi… et je me demande s’il y en aura un autre plus tard… (dans 2, ou plutôt 4 semaines ici…)

  8. Et pour celles qui n’étaient pas là, tu aurais envie de nous mettre le texte de départ?

  9. Lettre à toi qui ne la lira jamais

    Ce soir, je déambule sur le pont Mirabeau, et il n’y que la Seine qui coule, pas nos amours.

    Et rien ne viendra après ma peine.

    Ce soir j’emmerde Rimbaud, la poèsie, et ma ville qui ne tiendra pas ses promesses de bonheur et de romantisme.

    Ce soir les clichés qui me farcissent la tête depuis l’enfance me débectent. Comme mon coeur d’artichaut d’adolescente de 40 ans. Comme ma naïveté candide qui suplante encore ma raison. Comme mon fonctionnement à l’affectif que ma logique ne parvient pas à endiguer.

    Les longues balades près du canal Saint Martin ou entre les maisons surranées des étudiants de la cité universitaire, ce n’est pas avec toi que je les ferai.

    Nos amours n’existeront pas.

    Elles resteront mon fantasme, ma frustration, mon illusion.

    Une histoire que je me serais montée de toutes parts , toute seule certainement même?

    J’en n’en saurai rien, car de tout ce désir bouillonnant, toi tu n’en auras jamais vent.

    Les après midi en barque sur le lac inférieur pour finir à dîner au chalet des îles, ce n’est pas près de toi que je les passerai.

    Qui me dit que tu en aurais voulus? Que c’est avec moi plus qu’avec une autre que tu aurais espérer partager chacun de ces moments?

    Les films rétros dans les canapés en cuir rouge du Ciné 13 de Montmartre, ce n’est pas avec toi que je les verrai.

    Ce soir, je hais la vie qui nous oblige à choisir et je pleure mon choix de trouillarde.

    Je me lamente de t’accorder une importance dont j’ignore si elle est réciproque.

    Je ne sais même plus si j’aurais préféré que tu sois au diapason ou que que tu me vois juste comme une rencontre banale, des échanges qui ne laissent aucune empreinte, dans une fête parmi tant d’autres.

    Pourtant, notre complicité ce soir là fut immédiate. Même avec tes 10 ans de moins et ton legging panthère de déguisement. J’aurais du me méfier de ton sourire. De cette conversation si fluide, et des rires si vite partagés. Mais justement, j’ai plongé avec spontanéité dans cette rencontre, sans en voir le danger.

    Depuis tu es dans mes pensées, trop.

    Les expos de fin de journée au grand palais, bercées des doux rayons du soleil traversant sa magnifique verrière, ce n’est pas avec toi que je les admirerai.

    Certains diraient que je fais ma crise de la quarantaine. D’habitude, ce sont les hommes bedonnants en voie de calvitie qui ont besoin de cette réassurance.

    Est ce ça qui se niche dans mon envie de toi?

    Est ce mon couple tranquille et bien établi depuis si longtemps , qui m’emmène vers des envies d’aventure?

    Ou mon radar est il bon? Mon inconscient a t’il senti que nous nous compléterions parfaitement bien, à l’image de cette soirée passée ensemble?

    Les cocktails raffinés dans des bars d’hotel de luxe, ce n’est pas avec toi que les dégusterai.

    Mais que pourrais je t’apporter? Comment espérer que tu puisses vouloir de moi, déjà en train de me faner. Toi qui voudras construire une famille, alors que j’en ai déjà une.

    Je fais donc le choix du renoncement, je retourne à ma vie tranquille de néo quadra.

    J’en viens à espérer qu’elle soit malheureuse cette vite, pour avoir la force de la froisser.

    Peut on oser tout avoir? De beaux enfants, un métier qu’on aime et une vie de femme intense?

    Je n’ai que trop appris à accepter la limite. Non c’est non. La sécurité avant tout.

    Alors je me dis que ça passera.

    Que nos chemins ne se recroiseront plus.

    Qu’il faut attendre.

    Que je t’oublierai.

    Et que dorénavant, je trouverai d’autres ponts pour traverser ma ville.

  10. Je suis à la fois soulagée et troublée que vous ayez lu et perçu tout ce que je voulais transmettre dans ce texte! Ademar j’ai eu une pensée en particulier pour toi pendant l’écriture car j’avais souvenir que la première partie t’avait touchée, je me demande aussi si il y aura une suite… Mathilde, j’avoue ne pas bien savoir ou j’aurais pu/du mettre plus de ponctuation, tu veux bien m’en dire plus?

  11. C’est sympa de relire le texte de départ et celui-ci dans la continuité. C’est marrant que vous soyez deux à avoir fait une suite dans cet atelier (c’est la première fois dans un atelier où je participe et ça ouvre d’autres perspectives je trouve)!
    Ca ne m’a pas gênée pour la ponctuation que j’ai trouvé adaptée mais cette impression de Mathilde vient peut-être de la simplicité de ton style ?

  12. c’est vraiment un détail, je ne voulais pas te troubler. Je te donne un petit exemple. Tu commences par  » Garderai je… » et moi, je mettrais « Garderai-je ». Comme l’emploi d’une virgule ou non peut parfois changer le sens d’une phrase, ce petit trait d’union absent me fait sortir de ton histoire et c’est dommage parce que ton texte est beau. Mais cela n’engage que moi, je suis de la vieille école 🙂

  13. Pas de souci Mathilde, je suis aussi de la vieille école sur pas mal de truc mais j’avais loupé ça par ex!
    Ariane oui , je l’ai fait plusieurs fois ( je n’ai pas raté un atelier depuis quasi 1 an 1/2 je crois) et j’ai adoré continuer des histoires , approfondir ( notamment pour un de mes personnages pour qui j’ai beaucoup d’affection , 3 ateliers différents) Et j’espère avoir d’autres occas

  14. je prends enfin le temps de te commenter ! D’ailleurs d’avoir attendu, m’a permis d’avoir le 1er texte et de me replonger (avec plaisir toujours), dedans.
    J’aime le trouble que tu as semé, j’aime être perdue entre la réalité et l’imaginaire, ne pas savoir et finalement ce n’est pas si grave, on se laisse tellement emporter.
    J’aime ce que ton héroïne dégage, cette force au fond de son tumulte.
    D’un point de vue général, tes textes ont toujours une émotion particulière, qui prennent aux tripes, mais que tu sais rendre légère

  15. Gaëlle Pingault

    20 mai 2017 at 22 h 13 min

    Je suis d’accord avec toi, Groux, sur la capacité assez constante de Schiele à faire à la fois profond et léger. Ce qui n’est pas si simple, donc: bravo!

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