La toute récente lecture d’un article traitant des œuvres d’art (principalement picturales) créées (et vendues cher !) depuis quelques temps par des Intelligences artificielles — que ce soient  des paysages, des tableaux abstraits, des portraits (l’image ci-dessus à la  pixellisation volontaire est celle de la Comtesse de Belamy  créée par Obvious), des nus plus tordus encore que les peintures de  Francis Bacon (> lire ici), ou des pochoirs à la façon de Banksy (> lire ici), m’a définitivement donné envie de vous proposer pour cet atelier un sujet qui me titillait depuis longtemps : soit écrire une fiction à partir de photographies d’inconnus…  Mais cette fois, cela sera être à partir d’inconnus… qui n’existent pas. Une sorte de mise en abyme… de la fiction à partir d’un personnage imaginaire… même si sa photographie est bien réelle.
Je m’explique :  il était jusqu’alors courant en atelier de roman ou de scénario de conseiller aux personnes plongées dans la rédaction d’un projet, afin qu’elles donnent plus de consistance à leur personnage, afin qu’elles s’y attachent pour mieux l’incarner, de ne pas hésiter à aller s’inspirer de photographies de personnes réelles collectées dans les ouvrages ou sur les sites de photographes de rues, ou à défaut, et depuis que cela existe, d’images attrapées sur Google Images.  On ne saura jamais ainsi combien de personnes réelles sont devenues, outre des photographies en galerie d’art ou dans des livres, les visages et les corps de personnages de fiction manuscrites.

Ce qui est très récent, en revanche est que les intelligences artificielles sont désormais capables de créer des personnes qui n’ont jamais existé. Personnages composites, ils sont constitués de parties de visages issues d’autres photos, modélisées, corrigées pour s’adapter entre elles par des logiciels très perfectionnés de traitement d’image. Ces créatures à la Frankenstein numérique sont d’une réalité étonnantes. Elles sont incroyablement humaines. Leur nombre, est de fait, infini. Vous pouvez les voir,  en rechargeant la page à chaque fois pour rencontrer une personne fictive de plus, sur le site This personne does not exist   https://www.thispersondoesnotexist.com/ (il peut arriver, mais c’est rare que le visage ou son environnement soit incorrectement « refabriqué », et alors on voit la trace du travail du logiciel — et d’humains, lorsque transparaît leur vraie nature, ils deviennent monstrueux).

Voici ci-dessous 21 de ces étranges et pourtant familières personnes qui n’existent pas, attrapées entre 15h05 et 15h20 ce lundi  2 novembre. Regardez-les bien : vous ne les reverrez jamais. Comme n’importe quel inconnu croisé dans la rue, me direz-vous ?  Même pas ! Si la probabilité de recroiser un inconnu d’une rue de Hong Kong, de New York, de Mumbai ou d’ailleurs  infinitésimale, elle existe, toutefois. Pour eux, ci-dessous… la probabilité de les croiser dans la rue est à jamais nulle :
(cliquez dessus si vous voulez agrandir. Escape pour sortir du mode grand écran)

 

Un écrivain (j’ignore sa véritable identité) a réussi à me rendre très jaloux en ayant l’idée le premier sur Instagram de régulièrement tracer le portrait d’un de ces artefacts humains, soit en lui écrivant un monologue intérieur, soit en traçant son portrait. Je vous  conseille chaudement la lecture de ce que cela donne  ; c’est souvent vraiment très bien vu :  c’est ici > Les personnages artificiels. En effet, comme pour cette histoire des prénoms qui correspondent à notre visage, il y a des vies qui semblent  aussi en découler. Finalement, du visage on doit y ajouter consciemment ou non un prénom, un nom… Et du coup un milieu social, une histoire, une généalogie… (*)

Ma proposition d’écriture est donc la suivante, sur la longueur et le genre, le traitement de nouvelle, que vous voulez  :
• soit vous choisissez 2 personnes minimum (ou plus Si vous vous sentez de le faire!),  qui vous inspirent sur le site This personne does not exist   https://www.thispersondoesnotexist.com/ (faites clic droit sur la photo et « enregistrer sous ». Pour une nouvelle image, faites « recharger la page » > et  vous m’enverrez les photographies avec votre texte)
• soit vous me demandez d’en choisir 2 (ou plus, à vous de me dire) pour vous sur le site. Je vous les enverrai.
• soit vous piochez simplement dans le tirage aléatoire que j’ai fait ci-dessus (vous me direz les numéros de vos personnages).

Et ces personnages vont interagir, se parler, s’éviter, s’aimer, travailler ensemble, se détester, se rendre service, se croiser… Enfin : c’est vous qui savez ; vous allez nous narrer cela au travers d’une nouvelle qui sera illustrée par leurs photographie. C’est vous qui savez la vérité sur ce qui va être de la fiction au carré.  Et je suis persuadé que vous allez en avoir facilement l’intelligence, qu’elle ne sera pas artificielle, et enfin, qu’en ces temps de confinement, cela vous fera du bien de rencontrer des inconnus :-). Allez, bonne rencontre avec Mme Personne, M. Nobody, et les autres 🙂

(*) J’ai ainsi inventé un exercice utilisé systématiquement en atelier en présentiel qui vise à en faire la démonstration à partir d’une centaine de noms et prénoms de tous pays, mais je ne peux pas hélas l’utiliser en ligne ici (Cela fonctionne en « ping-pong tour de table »). Il est stupéfiant de constater ainsi comment un nom et un prénom marqueurs sociologiques  portent en eux les prémisses d’un caractère, sinon d’une histoire complète…


Vidéo : pexels. Image : pixabay.