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Ateliers d’écriture créative, de fictions, animés par Francis Mizio

Texte d’Ann

Ah mais pas la moindre petite queue de cerise de bout de la lorgnette d’idée! Aucune inspiration, je te dis. Le vide.

J’ai bien essayé de prendre le bus pour voir. En fait même pas. J’aurais dû essayer de prendre le bus histoire de croiser des personnages inspirants. Imagine, un mec bizarre en long imper noir et hop ton histoire est servie sur un plateau, en deux coups de cuillères à pot. J’aurais dû prendre le bus.

A la place j’ai rien trouvé de mieux que de me promener avec mon appareil photo, un soir. Et, j’ai croisé une chouette. C’est bizarre, comme animal. A la réflexion, ça fait difficilement une histoire, une chouette, même hulotte.

Je vais réécouter la musique des Doors, the End ça s’appelle, sur fond de coucher de soleil.

Soit dit en passant, c’est la musique d’Apocalypse Now, donc pour planer, on repassera. Quel est le lien, en plus, entre la chouette et Apocalypse Now? Tu peux me dire? Il faudrait revoir le film, sait-on jamais, il y a peut-être une chouette dans ce film? Tu sais, toi? Bon, parce qu’en vrai, j’ai aucune envie de le revoir. Si tu te dévoues, ça m’arrange. Il est long, et triste à pleurer, et violent. Ou alors… la guerre des chouettes vue par les mulots. J’ai peu de connaissances sur les mulots. C’est la faute de la musique aussi, si j’ai pas d’idée. Et puis c’est quoi ce thème! The end! Non mais pourquoi pas écrire sur « un goût amer ». Ou sur des vers de Verlaine tant qu’on y est. C’est vrai quoi, c’est pénible. Elle va arriver à me gâcher mon dernier atelier de l’année, avec ces conneries. Et puis j’ai pas que ça à faire, moi. Attends, c’est bon aussi. L’a qu’à nous trouver un thème inspirant, et faciliter la vie à tout le monde. Elle se met un peu à notre place?

Eventuellement, la chouette là, elle se montre à la fin du jour, on peut dire. Oui. Ça colle au thème. M’enfin une chouette en pleine ville, même dans un grand arbre, c’est pas évident à rapprocher d’un coucher de soleil sur la montagne et musique planante.

Ou je change la musique. J’en trouve une autre qui s’appelle « the End ». J’ te colle une belle image de coucher de soleil, je la mets sur youtube et c’est plié. Au moins, on garde le thème central.

Tiens, tout cuit: https://www.youtube.com/watch?v=d6tksxu5wes et une chouette en image. Je vais lui demander si c’est bon. Elle va dire oui. Je la connais. Un peu.

C’est vraiment mauvais. M’enfin sinon, on tombe sur du hard metal. Et puis, il y a la chouette en image là, c’est raccord.

Tu dis ? C’est pas réellement le thème ? L’avantage de garder le lien d’origine, c’est que ça permet d’y rester ?

Mais ça voudrait dire écrire sur la chanson des Doors, qui est la BO d’un film de guerre. A moins que. Peut-être que dans les lyrics !

« Le tueur se réveilla avant l’aube, il enfila ses bottes. Il prit un masque dans l’ancienne galerie.
Il descendit dans le hall. Il alla dans la chambre où sa sœur vivait, et ensuite il… Rendit visite à son frère, et ensuite il…Il descendit dans le hall, et…Il arriva à une porte… et il regarda à l’intérieur.
Père, Oui fils, Je veux te tuer. Mère… Je veux te… baiser ! »

Ah… ça va pas être facile. Un serial killer planqué dans une famille du Far West qui tue son petit monde, se barre en Ford Mustang, fondu sur coucher de soleil montagnard et gros plan sur les yeux d’une chouette hululant sur une branche morte?

Réflexion faite, je ne me sens pas l’âme d’un écrivain de polars. Pas facile ce thème. Il est flippant. J’aime pas la mort du jour, même avec un beau ciel rouge-orangé. En même temps, est-ce vraiment une mort? Une fois le soleil caché, ça nous permet de voir les étoiles. La tienne brille particulièrement. Elles sont toujours là, d’ailleurs, même en plein jour. Sans compter que la nuit, les chouettes sortent chasser le mulot. Il paraît même qu’elles symbolisaient la sagesse dans l’Antiquité. Après, ça s’est un peu gâté. Ça parle de rouerie, de présage de mort et ça finit cloué sur une porte, en voie d’extinction. Et on en revient à la guerre, au Hard Metal et à la tristesse. Heureusement, les étoiles brillent jour et nuit.

Voilà, finalement, il est bien ce thème. Regarde. J’ai pas changé le lien sur youtube. Elle était nulle l’autre musique avec la chouette là. Heureusement qu’on n’a pas eu ça, t’imagines! Ça aurait été franchement hard pour le dernier atelier. On aurait pu être déçu, même. Alors que là j’ai presque pris le bus. J’ai rencontré un oiseau de nuit. J’ai écouté du Hard Metal. Je regarde ton étoile sans pleurer.

Par Ann

15 Comments

  1. Gaëlle Pingault

    11 juin 2017 at 15 h 17 min

    Ann nous emmène dans une sorte de déambulation mentale, moitié mise en abyme, moitié écriture automatique. On suit avec elle le fil d’une pensée qu’elle fait paraître décousue au départ, mais qui ne l’est au final pas tant que ça. C’est une narration, au départ, « de proche en proche », il y a des tours et des détours, c’est assez surréaliste au sens littéraire du terme, et à titre perso ça m’a bien embarquée (le surréalisme et moi, on est assez copains, il faut dire). Et puis cette narration qui semble partir dans tous les sens, être échevelée, retombe finalement sur ses pieds, chaque pièce du puzzle y trouve une place, et la fin du texte ouvre sur une dimension plus profonde, avec l’évocation de cette « étoile » dont on ne saura pas grand chose (libre à chacun d’imaginer à qui/quoi elle fait référence), mais qui fait basculer l’ensemble du texte dans une dimension un peu moins « anecdotique », et laisse une sensation légère de jolie émotion.

    (détail technique : comment as-tu déniché ce morceau TOUT POURRI que tu nous as mis en lien ? J’ai tenu 38 secondes et j’ai coupé 😉 )

    Ne me demande pas pourquoi, Ann, mais je crois que j’aurais aimé que ton texte joue également avec les mots, de manière un peu surréaliste, comme il joue avec le fil de la pensée du narrateur. Qu’il y ait des « pirouettes cacahouètes », des rimes improbables, des déformations amusantes. Il y a un côté ludique, faussement naïf, dans ce texte (je ne sais pas comment l’expliquer, j’espère que tu comprends mon impression), et il me semble que tu le renforcerais en jouant aussi avec la forme de ta narration, et pas que avec le fond.

  2. j’ai adoré le côté jouissif de la raleuse de service , des associations barrées mais qui se tiennent et le délicat finish. On pourrait vraiment dire de ce texte qu’il est chouette 😉

  3. Allez je vous éclaire un petit peu sur comment je l’ai construit: j’ai pris une version des 5 phases d’un deuil (choc et déni, colère, négo avec la nouvelle situ, retour sur soi et réflexion, acceptation). Effectivement au début on peut penser deuil de l’inspiration, l’idée était de tourner autour d’un deuil réel concernant qqn. J’essaierai d’ajouter des pirouettes sonores et linguistiques… Merci ^^

  4. Le morceau de musique tout pourri: au hasard en tapant dans youtube the end je crois mais le hasard existe-t-il??? Une chouette en image tout de même!!! Hihi

  5. Gaëlle Pingault

    12 juin 2017 at 21 h 19 min

    Mais il est affreeeeeeeuuuuuux, ce morceau, c’est pas humain ^^

  6. divinement affreuuuuuuuuuuuuuuuuuux, non c’est pas humain merci youtübe!

  7. J’ai adoré ton texte qui m’a bien fait rire! Peut-être parce que j’ai partagé ton manque d’inspiration avec ce sujet ;-)! C’est une bonne idée d’avoir repris les 5 étapes du deuil et j’aime beaucoup cette jolie allusion à l’étoile qui donne à ton texte une portée plus profonde.
    C’est vrai que le côté rigolo du début du texte donne envie de jouer davantage avec les mots pour renforcer le côté décalé. Peut-être que ce serait intéressant que ce style ludique s’atténue au fur et à mesure de ton texte pour rester à la fin sur quelque chose de plus simple (comme ta version actuelle) et plus profond/poétique.

  8. oulala exercice de style, ton différent, texte différent?
    version 2:
    Ah mais pas la moindre petite queue de cerise de bout de la lorgnette d’idée! Aucune inspiration, je te dis. Le vide, quid !
    J’ai bien essayé de prendre le bus pour voir. En fait même pas. J’aurais dû essayer de prendre le bus histoire de croiser des personnages inspirants, m’aspirant à griffonner un poil plus. Imagine, un mec bizarre en long imper noir et hop ton histoire est servie sur un plateau, en deux coups de cuillères à pot. J’aurais dû prendre le bus pour croiser ce gus.
    A la place j’ai rien trouvé de mieux que de me promener avec mon appareil photo, un soir. Et, j’ai croisé une chouette. C’est bizarre, comme animal. A la réflexion, ça fait difficilement une histoire, une chouette, même hulotte. Crotte ! Et pelote – de chouette – Alouette!
    Je vais réécouter la musique des Doors tiens. The End ça s’appelle, sur fond de coucher de soleil. Thé Ande comme je disais petiote, en finissant mon Lucky Luke,et en me demandant bien pourquoi ça parlait boisson anglaise, coutume exotique, vu de notre Far East. « I’m a poor lonesome cowboy, I’ve a long way from home ».

    Soit dit en passant, c’est la musique d’Apocalypse Now ce chien de lien, donc pour planer, on repassera. Quel est le rapport, en plus, entre la chouette et Apocalypse Now? Tu peux me dire? Il faudrait revoir le film, sait-on jamais, il y a peut-être une chouette dans ce film? Qui se fait napalmer au nom de la Sainte guerre des hommes ?Tu sais, toi? Bon, parce qu’en vrai, j’ai aucune envie de le revoir. Si tu te dévoues, ça m’arrange. Il est long, et triste à pleurer, et violent, et rien que ça y trépasse, en travelling avant, arrière et autres mises en carnage. Ou alors… la guerre des chouettes vue par les mulots. Sauvage ! Vol fondu, attaque en règle toutes serres dehors, takatakatakatak! Une bullet, en pleine tête, Alouette ! C’est la faute de la musique aussi, si j’ai pas d’idée. Et puis c’est quoi ce thème! The end! La fin, la fin, l’à toutes fins pas utiles. Non mais pourquoi pas écrire sur l’absinthe d’« un goût amer » d’alors. Ou sur des vers feuillus de Verlaine tant qu’on y est. C’est vrai quoi, c’est un grain pénible. Elle va arriver à me gâcher mon dernier atelier de l’année, avec cette connerie de sable qui fout en l’air mon beau rouage, moi l’apprenti plumitif au radieux avenir rouge-orangé. Sabotage ! Et puis j’ai pas que ça à faire, moi. Attends, c’est bon aussi. L’a qu’à nous trouver un thème inspirant, fleurant chouette la vie et la facilitant à tout le monde. C’te crasse d’arrière goût final. Elle se met un peu à notre place?

    Eventuellement, la chouette là, elle se montre à la toute fin du jour, on peut dire. Entre chien et loup, quoi. Oui. Ça colle au thème. M’enfin une chouette urbaine, même perchée tout en haut d’un grand arbre, entourée de ses compères canins, c’est pas évident à rabibocher avec un coucher de soleil sur la montagne et musique planante. Houhouuuuuuuuu.
    Ou je change la musique. Je chamboule tout. J’en trouve une autre qui s’appelle « the End ». J’ te colle une belle image de coucher de soleil, je la mets sur youtube et c’est plié. Au moins, on garde le thème central.
    Tiens, tout cuit: https://www.youtube.com/watch?v=d6tksxu5wes et une chouette en image. Je vais lui demander si c’est bon. Elle va dire oui. Je la connais. Un peu.
    C’est phénoménalement, irrésistiblement mauvais. J’te préviens, c’est ça ou du hard metal. Et puis, il y a la chouette en image là, c’est raccord.
    Tu dis ? C’est pas réellement le thème ? L’avantage de garder le lien d’origine, c’est que ça permet d’y rester dans le t’aime. Mouais. Mais j’ai pas envie. Mais ça voudrait dire écrire sur la chanson des Doors, qui est la BO d’un film de guerre dans lequel mon état galère à errer sans fin.
    A moins que… Peut-être que dans les lyrics ! Mâtons la prose de Morisson :
    « Le tueur se réveilla avant l’aube, il enfila ses bottes. Il prit un masque dans l’ancienne galerie.
    Il descendit dans le hall. Il alla dans la chambre où sa sœur vivait, et ensuite il… Rendit visite à son frère, et ensuite il…Il descendit dans le hall, et…Il arriva à une porte… et il regarda à l’intérieur.
    Père, Oui fils, Je veux te tuer. Mère… Je veux te… baiser ! »
    Ah…Jim, Jim, Jim… ça va pas être facile… Un serial killer oedibidineux planqué dans une famille du Far West qui tue son petit monde, se barre en Ford Mustang, fondu sur coucher de soleil montagnard et gros plan sur les yeux d’une chouette hululant sur une branche pelée à blanc? « I’m a poor serial killer, i’ve got a long long way from home ». Sirènes de flics hulurlantes lancées à fond derrière la caisse filant far far far dans la poussière, Aloueste.

    Réflexion faite, je ne me sens pas l’âme d’un écrivain de polars. Pas facile ce thème. Il est flippant. J’aime pas la mort du jour, même avec un beau ciel rouge-orangé pour faire soit-disant la nique à la faucheuse. En même temps, est-ce vraiment une mort? La question n’est pas con. Une fois le soleil caché, ça nous permet de voir les étoiles. La tienne brille particulièrement. Elles sont toujours là, d’ailleurs, même en plein jour. Sans compter que la nuit, toutes les chouettes sont grises et sortent chasser le mulot. Il paraît même qu’elles symbolisaient la sagesse dans l’Antiquité. Après, ça s’est un peu gâté. Ça parle de rouerie, de boire du sang d’enfants, de présage de mort et ça finit cloué sur une porte, en voie d’extinction. Couic. Thé Ande. Et on en revient à la guerre, aux killers, aux extinctions, au Hard Metal et à la tristesse, cette traîtresse. Heureusement, les étoiles brillent jour et nuit.

    Voilà, finalement, il est bien ce thème, je te l’avais dit. Regarde. J’ai pas changé le lien sur youtube. Elle était nulle l’autre musique avec la chouette là, je te l’avais dit aussi. Heureusement qu’on n’a pas eu ça, t’imagines! Ça aurait été franchement hard pour le dernier atelier de l’année. On aurait pu être déçu, même. Ce fut été tellement dommage. Alors que là j’ai presque pris le bus avec mon ami Gus. J’ai rencontré un oiseau de nuit antique et bruyant. J’ai écouté du Hard Metal. Je regarde ton étoile briller sans pleurer.

  9. c’te ruse; je me suis fait un atelier dans l’atelier pour court-circuiter le thème! Rien n’est fini tout se recycle! Indéfiniment…

  10. J’ai adoré le fait d’utiliser la mise en scène de notre atelier, du thème, de l’inspiration. Ainsi que les associations d’idées. Bien trouvé!

  11. J’ai adoré !!
    J’ai eu la même idee de trouver une autre musique pour être plus inspirée 😉 puis je me suis retenue !!
    J’ai adoré ce que tu en as fait, j’ai adoré déambuler dans ton esprit comme ça 🙂
    Y’a quelque chose de très intime et à la fois de très léger et drôle.
    Et je valide complètement ta 2eme version 🙂

  12. Gaëlle Pingault

    14 juin 2017 at 20 h 14 min

    alors perso, j’adore cette deuxième version encore plus barrée en apparence, mais qui malgré tout tient son « fil » parfaitement.

    (et oui, je me mets à votre place, mais ça m’empêche pas d’être d’un naturel taquin, au fait 😉 )

  13. oui je sais, sinon je n’aurais pas osé, c’est ça qui était drôle, c’est complètement de mauvaise foi! 😀

  14. Gaëlle Pingault

    14 juin 2017 at 20 h 23 min

    Rassure-toi, c’est comme ça que je l’ai pris! (ça m’a beaucoup fait rire)

  15. Ahah ton texte m’a beaucoup fait rire !!! C’est un exercice périlleux de réussir à faire du beau, du bon, du construit, du léger et du profond, avec une idée de départ qui peut paraitre simpliste. Bravo pour ce bel équilibre ! En lisant tous ces textes je me dis « vivement que je progresse »!!!

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