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Ateliers d’écriture créative, de fictions, animés par Francis Mizio

Texte de Schiele

Putain de sable, putain de désert, putain d’ascenseur social en panne.
Et ce bordel de micro coincé dans les tympans.
Si je m’en sors, plus jamais je n’écouterai Jim Morisson. Ni un orgue. Ni du rock.
Remarque sinon, je n’en entendrai plus jamais de toute façon.
Mais comment j’arrive encore à être ironique ? Je ne sais même pas depuis combien d’heures je marche sous cette foutue fournaise. Déjà 3 fois que je m’arrête pour virer le sable qui s’entasse dans mes groles et je sens que ça recommence déjà à me lester les jambes. Je ne peux plus leur laisser grapiller du terrain et risquer qu’ils me rejoignent.
Les mecs ont du trop regarder Mad Max, ils ont pris le départ avec des vieux 4/4 déglingués 3 heures après le départ de notre marche. La marche Finale comme ils appellent ça.

Le délire des mégas riches ou comment trouver encore de l’excitation à sa vie quand on a tout.

T’as déjà 5 baraques, 3 Porsches, 2 Ferraris, un dressing plein à craquer? Tu t’emmerdes à baiser ta bobonne liftée et les escorts ne te font plus bander? Tu t’es foutu dans le pif l’équivalent d’une urne funéraire et tu connais mieux que quiconque les redescentes dépressives des extasys? En plus t’es fan de Stephen King?
Trop facile, tu recrutes tous les crevards dans la fleur de l’âge du coin. Ah ben oui, il faut qu’ils soient endurants sinon le plaisir retomberait trop vite. T’en sélectionnes 7. Me demande pas pourquoi ce chiffre, ça doit encore être une de leur lubie ésotérique. Du genre franc-maçon et symbolique à 2 balles.Tu leur files une grosse liasse. Au mieux le gagnant la récupère en plus du prix final. Au pire c’est sa famille qui pourra becter décemment pendant des mois une fois qu’on aura enfoui sa carcasse sous les dunes.

Et puis bim bam boum, tu les balances dans le désert et pour bien leur vriller les nerfs, tu leur diffuses en continu la même chanson. Et c’est parti pour une marche de l’enfer.
Qui deviendra le premier fou de s’entendre susurrer en continu que c’est la fin?
Lequel inaugurera la mort par déshydratation? Peut être que le pionnier des macchabées de l’édition 2087 sera juste celui qui sera rejoint par leur caisse de grands malades et se prendra la première bastos entre les yeux?
La seule consigne : suivra piste tout droit vers le sud, sans relâche. Ils ont tout de même eu la délicatesse de nous prévenir qu’il y aurait 2 parties.
Je dois ressembler à une saloperie de jaune à force de plisser les yeux. Ca les aurait trop arraché de nous fournir des casquettes. Ces grands seigneurs nous ont déjà filé une méga gourde et des sandwichs, faudrait voir à pas abuser de leur générosité.

3 nuits de passées et autant de journées à supporter le cagnard, ce son en boucle, la solitude, la faim et bientôt la soif vu que leur putain d’outre est en train de virer au sec.
Déjà 2 de clamsés. Tombés comme des mouches les types, on sait même pas pourquoi. Plus 2 qui ont abandonné, écroulés en chialant comme des madeleines parce qu’ils savaient qu’ils allaient se faire tirer comme des lapins . Tu crois que j’allais les prendre par la main, leur chanter une berceuse pour les motiver ? Chacun pour sa gueule!
Et tiens vla seule nana qui se met à se vider du bas fond. Elle serre les dents, mais m’est avis qu’elle tiendra pas encore longtemps. Ah oui y’a aussi l’autre perché qu’est sorti de la piste en hurlant « whisky bar ». Il va pas faire long feu non plus. J’tiens le bon bout.
Mais c’est quoi cette immense construction sortie de nulle part? C’est quoi ces 2 mégas portes totalement identiques?
Des mirages qui commencent ?
Et non merde, je sens leur contact simultané, froid contre mes paumes . Laquelle ?
Me dites pas que c’est leur moteur que j’entends.
La gauche, je prends la gauche.
Quoi encore 2 autres portes? la gauche encore.
Et 2 nouvelles, mais c’est quoi ce trip ? A droite toute
Encore?
Plus de moteur mais leurs voix d’excités qui me talonnent.
Plus je prends de porte,moins ils ont de chance de me remonter.
Allez tiens bon Mike. Referme les bien à chaque fois.
Plus j’ en choisis, plus les probabilités qu’ils te retrouvent fondent.
A moi le pactole.

« Choisir c’est renoncer. la vie est un combat. En acceptant cette réalité que vous suggère de façon redondante votre inconscient, vous pourrez enfin avancer dans votre vie, et jouir de la sérénité adulte »
Mais j’en fais quoi de sa conclusion à 2 balles?
Tu crois que ça vaut le coup que je continue à lui filer 50 euros deux fois par semaine pour m’allonger dans son divan pourri? Ca peut vraiment m’aider des sentences comme ça? J’arrêterai de subir en boucle ce rêve?

Par Schiele

6 Comments

  1. Gaëlle Pingault

    11 juin 2017 at 15 h 19 min

    Schiele a donc manifestement lu « marche ou crève » de Stéphane King. Ce dont, d’ailleurs, elle ne se cache pas, puisqu’elle cite l’auteur dans son texte, l’allusion est donc claire, et plutôt de l’ordre de l’hommage que du plagiat (ouf !). C’est donc, au début, un genre de « marche ou crève » à la sauce Schiele, dans lequel on retrouve sa verve, et qui fonctionne fort bien. Et comme Schiele nous installe clairement dans cette similitude (si on connaît le texte d’origine, ce qui est mon cas) et qu’elle fait ça bien, on est ensuite déstabilisé et surpris qu’elle change le cadre, quand surviennent les portes. Ce qui crée un genre de vertige, qui accompagne fort bien ce que semble vivre le personnage. Du coup, alors que généralement je ne suis pas fan de la chute du type « c’était un rêve/un cauchemar », que je trouve souvent un peu « tarte à la crème », elle ne m’a ici pas du tout dérangée, car elle est amenée de manière assez détournée et construite, à la fois en amont (avec ces portes qui cassaient déjà un peu le cadre installé, celui de la longue marche) et dans la chute même (il/elle ne se contente pas de se réveiller en sursaut, il/elle râle contre son psy qui n’interprète rien de ce rêve flippant), pas comme une facilité pour se sortir d’un mauvais pas narratif.

    Je crois, Schiele, qu’il serait intéressant que tu coupes un peu le début. Si c’est un rêve, toutes les explications contextuelles, il faut les alléger (un rêve se vit, et tu le racontes à ton psy comme tu le vis, de manière factuelle. Y’a pas de voix off pour poser le contexte, si tu vois l’idée). Tout ce que tu expliques, les méga riches qui s’emmerdent et ont monté ce truc, les règles du jeu, etc… : il faudrait l’alléger et l’intégrer au vécu du rêve, vraiment. Qu’il n’y ait pas de sensation de « décalage » entre des moments où c’est le rêve, vraiment, et des moments où tu nous expliques à nous, lecteurs… Il faut que tu te débrouilles pour qu’on comprenne tout, sans faire de pas de côté dans la narration du rêve, et rien que du rêve. Tu vois ce que je veux dire ? Et du coup, si tu coupes un peu au début, tu aurais peut-être de la place pour rajouter une 3ème partie au rêve, j’aurais bien vu encore un changement radical après les portes, un paragraphe encore plus court, encore plus étrange, pour encore plus nous filer le tournis et encore mieux préparer la chute de ton texte.

  2. Ah il m’a délicieusement égarée ce texte! Au début je me suis dit réel puis SF, puis rêve?! Ou alors un petit souvenir du rêve qui se matérialise dans la réalité? Un grain de sable?

  3. Je suis rentrée tout de suite dans ton histoire, j’aime beaucoup ton style d’écriture et ta gouaille. Moi, je n’ai pas lu Stephen King alors j’ai été complètement embarquée dans cette histoire barrée et flippante, en mode SF. et du coup, j’ai apprécié les explications contextuelles qui m’ont permis de comprendre et d’être embarquée, même si, en effet, il faut trouver un moyen pour que cela soit compatible avec le principe du rêve. Peut-être alterner ton récit avec une sorte de « voix off » en italique, qui viendrait rajouter les éléments contextuels ou des extraits du livre que ton héroïne / son psy pourrait lire pour tenter de l’exorciser ?

  4. J’ai été embarquée directement et je ne m’attendais pas à cette chute ! J’en ai été agréablement surprise car je me demandais où tu allais nous emmener !
    Du coup, maintenant je voudrais savoir la suite du rêve ^^

  5. Gaëlle Pingault

    14 juin 2017 at 20 h 09 min

    « histoire barrée et flippante », ça résume bien aussi le livre de King 😀

  6. Ah que j’ai trouvé ça réaliste ! J’étais vraiment dedans !! Comme Ariane, les détails du début m’ont vraiment aidée à me mettre dans l’histoire et je n’ai pas du tout vu venir la chute. Ton récit est vraiment très bien mené, bravo !

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