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Texte de Pilly80

C’est le froid qui réveilla d’abord désagréablement Joseph. Puis une sensation étrange et douloureuse qui lui brûlait les paupières. Il ouvrit grand les yeux. Il faisait déjà bien jour ! Il apercevait le ciel à travers le velux au-dessus de son lit. La lumière était très forte. Il avait donc dormi tard dans la matinée ? Mais il n’avait pas entendu son réveil sonner. Il se tourna vers le cadran : il était 4h32 du matin. Et il faisait jour. Et son souffle formait une buée épaisse et blanche devant sa bouche. Il sentit qu’il grelottait et que son corps vibrait imperceptiblement. En fait, tout vibrait à peine autour de lui puis il y eut comme une légère secousse et tout s’arrêta. Il eut la drôle d’impression que sa maison venait d’atterrir. Il s’obligea à sortir de son lit et aperçut, posée sur une chaise, une tenue qu’il n’avait jamais vue ni même possédée : un pantalon très épais et imperméable, un énorme pull et un anorak. Il enfila l’ensemble directement sur son pyjama. Il décida de sortir et trouva devant la porte des gants, un bonnet, des lunettes de soleil et des bottes. Une fois bien couvert, il ouvrit la porte. Il cligna pluieurs fois des yeux : la lumière était aveuglante. Il mit les lunettes et resta stupéfait : une épaisse couche de glace s’étendait à perte de vue. Il sortit et s’éloigna un peu. Il réalisa avec une joie enfantine mêlée d’effroi qu’il était sur la banquise. En plein soleil de minuit. Son rêve de gosse. Il se rappela alors quand il regardait les émissions à la télé avec les explorateurs et les soirs dans son lit à s’imaginer là-bas, sur un traineau tiré par des chiens aux prénoms d’esquimaux. Il y était ! Pour de vrai ! Il repensa à une ancienne chanson de Mathieu Chedid  et se mit à fredonner « aujourd’hui je saisis ma chance, je dois retrouver mon enfance ». Et soudain, le ciel se dégagea et devint d’un azur comme il n’en avait jamais vu. Il en tituba un peu. Puis il entendit des voix et se dirigea vers elles. Il aperçut des silhouettes humaines proches de manchots empereurs. Il était donc en Antarctique ! Les silhouettes se rapprochèrent de lui. Il s’agissait de deux hommes et d’une femme. Ils portaient tous la même tenue : des scientifiques. Joseph remarqua que des mèches flamboyantes s’échappaient du bonnet de la femme et il se dit que le tableau était charmant sous ce ciel azur. Fait étonnant, les scientifiques ne semblaient pas surpris de le voir là. Ils le saluèrent en l’appelant par son prénom et lui demandèrent de les aider. Ils devaient marquer et pucer les jeunes manchots. Joseph passa deux heures avec eux et savait exactement quoi faire. Alors qu’il faisait cela pour la première fois de sa vie : il était graphiste. Ils rentrèrent à la base ensemble, tout près de sa maison. Mais seul Joseph sembla la voir, avec ses volets encore clos. Il les avait repeints en vert pomme pendant un printemps pluvieux. En réalité, il y avait plusieurs scientifiques dans cette base ainsi que toute une équipe pour l’intendance et un médecin. Tous semblaient connaître Joseph. Ils lui proposèrent de manger avec eux mais il avait une chose à faire. Il ressortit et marcha vers le Sud quelques minutes jusqu’à trouver ce qu’il cherchait. Un iceberg éclairé par la lumière australe. C’était magnifique. Et silencieux. Il resta là longtemps. Puis il entendit des pas sur la glace. C’était la jolie scientifique aux mèches attirantes. Elle le prit par la main et le ramena  à la base, sans un mot. Elle le conduisit jusqu’à sa chambre. La pièce était toute petite. Ils se déhabillèrent avec une hâte grandissante mais firent l’amour longuement. Il prenait feu dans ses cheveux. Elle cria Joseph mais lui ne connaissait pas son nom. Il pensa alors que Sarah lui irait bien. Ils s’endormirent blottis l’un contre l’autre et avant de fermer les yeux, il tourna la tête vers la table de chevet. Elle y avait posé son badge : elle s’appelait Juliette.

Il se réveilla quelques heures plus tard et décida d’aller dans sa maison. Il avait quand même besoin d’une explication. Juliette dormait encore quand il sortit de sa chambre. Arrivé chez lui, il fouilla partout, retournant la maison de fond en comble. Mais rien. Il se dirigea vers la porte d’entrée en enfonçant furieusement ses mains dans les poches de son anorak. Ses doigts trouvèrent un morceau de papier plié en quatre. Il le sortit en tremblant un peu et le déplia. Une simple phrase était inscrite : « Tout redeviendra comme avant si tu te recouches dans ton lit avant 4h31 aujourd’hui ». Joseph n’hésita pas une seconde. « Aujourd’hui je saisis ma chance, je vais retrouver mon enfance ». Il claqua la porte de la maison et s’élança sur la glace vers la base scientifique. Vers l’Antarctique.

Par Pily80

11 Comments

  1. Gaëlle Pingault

    11 décembre 2016 at 17 h 53 min

    Pily80 nous propose la mise en scène d’un genre de fantasme qu’on serait tous susceptibles d’avoir : voir se réaliser, malgré nous (mais avec nous dedans) un rêve de gosse pourtant a priori irréalisable. Elle nous emmène donc sur la banquise, et on s’y croit. Pily80 fait vivre son texte par des petits détails qui lui donnent de la substance (pucer les manchots, admirer l’iceberg…). C’est un texte d’ambiance, d’émerveillement, avec en filigrane cet étonnement béat de ne pas savoir comment c’est possible, mais de trouver ça totalement magique. Il n’y a finalement pas d’explication fournie, et je trouve personnellement que c’est tout à fait judicieux : puisque c’est un texte d’émerveillement béat, fournir une explication à ce qui se passe casserait sans doute un peu la magie. Le texte se présente comme un texte un peu féérique, presque « merveilleux », presque comme un conte, et le lecteur l’accepte en tant que tel. A partir de là, ne pas expliquer maintient cette ambiance jusqu’au bout, et c’est tant mieux.

    Du coup, Pily, le papier dans la poche, il m’a presque déçue, moi. Je crois qu’il me fait l’effet d’être de trop. Joseph pourrait très bien simplement retourner chez lui, fouiller partout, ne rien trouver, décider de retourner dans le lit de Juliette en attendant d’avoir une meilleure idée, et pouf, une fois ressorti de chez lui, la maison disparaîtrait, provoquant chez lui une immense joie. Ce n’est qu’un exemple, bien sûr, il peut tout à fait se passer autre chose, mais je crois que tu gagnerais à rester sur un ligne qui n’explique rien (ou alors, il faudrait expliquer beaucoup plus. Juste ce papier, c’est trop ou trop peu, mais pas très satisfaisant comme ça, je trouve, dans ta narration). Par ailleurs, je trouve dommage que l’on ne sache rien du tout de Joseph, à part qu’il est graphiste. Je pense que ça serait intéressant que tu nous glisses ça et là des petits détails sur lui, il aurait ainsi plus d’épaisseur, et on s’attacherait davantage à lui en tant que personnage, et pas juste au côté féérique de ce qu’il vit.

  2. Merci pour ton retour Gaëlle ! Eh oui tiens je trouve que ton idée de fin est pas mal du tout et notamment celle de la disparation de la maison qui s’estomperait par exemple tous les jours un peu plus pour finir par disparaître complètement. J’avais bien envie de décrire un peu plus Joseph, ne serait-ce que physiquement. Je le voyais plutôt très brun, par opposition à la scientifique Juliette et au blanc de l’Antarctique. Bref, plusieurs pistes à retravailler cette semaine.

  3. Gaëlle Pingault

    11 décembre 2016 at 20 h 30 min

    Allez en avant! 😉

  4. Tu aurais, effectivement, tout à fait pu parler d’aurore australe, comme moi d’aurore boréale, mais il valait mieux, comme tu l’as fait, envisager le jour polaire pour coïncider avec décembre en Antarctique. J’ai beaucoup aimé cette plongée de ton personnage dans son rêve d’enfance et je suis d’accord avec Gaëlle sur le maintien (ou non) du côté irrationnel de la situation. Joseph se détache (ou non) de sa réalité sans demi-mesure. Je suis curieuse de mieux connaître ton personnage, je l’attends.
    Esther

  5. Moi clairement je suis jalouse de l’écriture de Pily 🙂 j’adore ces détails que tu sèment et qui ont leur place, naturellement. Ce que tu écris est toujours joli, poétique mais pas mièvre. Toujours doux et juste. Chapeau

  6. Je rejoins Schiele sur le côté doux de ton écriture, une manière d’énoncer les choses simplement et avec justesse.
    J’aimerais effectivement en connaître davantage sur ton personnage. Par contre, j’ai bien aimé la fin avec le papier, pour appuyer le côté merveilleux et j’ai apprécié qu’il fasse le choix d’y rester. Je pense que sans cette explication, je serais restée sur le fait qu’il est arrivé là on ne sait pas comment et que peut-être il en repartirait, on ne sait pas comment / quand. Alors qu’ainsi, ça m’a confortée dans le fait qu’il allait y rester.
    Très beau texte en tout cas, tu as bien réussi à faire transparaitre l’atmosphère qui règne.

  7. Ce texte m’a complètement transportée, et, moi qui me suis toujours demandé d’où venait le Père Noël, j’ai enfin trouvé la réponse !!!
    Je ne m’en suis pas aperçue immédiatement, mais c’est après plusieurs relectures que j’ai réalisé que dans ma tête, j’imaginais un homme barbu, bedonnant et profondément magique!
    La mère Noël s’appelle donc Juliette!
    Cette lecture et cette interprétation très personnelles bouleversent cependant la petite fille qui sommeille en moi : le Père Noël a une vie sexuelle, le choc !!!!

  8. Gaëlle Pingault

    14 décembre 2016 at 21 h 52 min

    C’est ça qui est assez génial avec l’écriture, c’est que les évocations sont différentes chez chacun. Moi j’étais plutôt chez les grands explorateurs, les scientifiques, etc, j’ai pensé à plein de récits d’aventuriers réels ou fantasmés… Et Lou était chez le père-Noël…! J’adore ces grands écarts, c’est le signe d’un texte riche 🙂

  9. eh oui ! et ils ont eu plein de petits lutins 😉

  10. Ah la la pas vraiment eu le temps de retravailler ce texte cette semaine (les préparatifs de Noël tout ça tout ça) mais beaucoup de pistes et surtout très très envie d’y revenir dans l’hiver pour l’améliorer. Merci l’atelier de décembre et très chouettes fêtes joyeuses et colorées à vous tous !

  11. Gaëlle Pingault

    18 décembre 2016 at 20 h 17 min

    ça ira pour cette fois, on te pardonne 😉

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