La porte de sa chambre était toujours ouverte. Le bruit des autres le rassurait sûrement. Il faut dire que c’est rassurant un ballet d’infirmières qui défilent à heures fixes et passent de chambre en chambre. Pour certaines chambres, elles rentrent même à deux. Certains cris rythment parfois leurs passages. C’est aussi rassurant, tout l’est finalement, tout sauf le silence.

Il s’asseyait toujours sur le bord gauche de son lit, une boîte en bois posé sur ses genoux. Il l’ouvrait délicatement et en sortait inlassablement les mêmes objets qu’il posait sur la couverture en laine près de lui, comme un autel, une ode à ses souvenirs.

Une vieille photo aux bords dentelés, elle était cornée. Il passait lentement ses doigts sur elle comme pour atteindre, toucher la femme à l’enfant dans les bras qu’elle représentait. Il tournait la photo et pouvait y lire « Janine et Paul – Novembre 1923 ».

Une alliance en or jaune, ce n’était pas la sienne, la sienne était à son annulaire gauche. Elles étaient identiques. En la faisant tourner entre ses doigts, il s’attardait sur l’inscription qui était gravée sur le bord interne « 1926 ». Elle venait ensuite rejoindre la photo posée sur la couverture.

De cette boîte, il sortait aussi une carte postale jaunie par le temps et les événements. Elle représentait Provins. L’écriture était passée, elle était presque illisible mais on pouvait toujours y lire certains mots : « 1917 »; « il donne des coups de pieds »; « fort comme son père »; « Lonnay prend soin de nous »; « Ta lettre m’a rassurée, les nouvelles du front ne sont pas bonnes ».
Il plissait ses yeux pour essayer de comprendre en vain le sens de cette encre couchée sur ce papier.

Un dernier petit morceau de papier soigneusement découpé dans un journal, lui aussi jauni et corné : « Août 1920 AM 28 p.v Provins ou à C… désire toujours pour mariage réponse à Lonnay. Très pressé. »

C’était encore plus énigmatique que le message sur la carte. Il avait certainement compris son sens auparavant, mais aujourd’hui, il égrenait les souvenirs d’une vie qui n’étaient plus les siens.


Carte postale de Provins, 1920.