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Ateliers d’écriture créative, de fictions, animés par Francis Mizio

Category: mamzelle

Texte de Mamzelle

« C’est la course, comme d’habitude ! », c’était devenu son expression du moment. Toutes les journées sur le même rythme, un rythme trépidant où le temps vous file entre doigts… Réveil, petit-déjeuner, courir pour attraper le bus, surtout ne pas le rater ! Une fois dans le bus, 10 minutes pour se plonger dans ses cours… Médecine… Elle a toujours voulu faire ça… un rêve de gosse qu’elle espère réaliser en fin d’année… Ce foutu concours qui l’oblige à courir après le temps… la fac, les amphis, un repas sur le pouce la tête dans les livres, retour dans les amphis, la bibliothèque, courir pour attraper le bus du retour, pas le temps de laisser son esprit vagabonder, chaque minute doit être optimisée ! Ouvrir la porte de sa chambre d’étudiante, jeter un regard sur le lit se dire qu’une pause ne serait pas du luxe et puis non, définitivement non, ce concours, ça doit rester son objectif, alors elle enchaîne sur de nouvelles révisions jusqu’à s’endormir sur ses livres… un nouveau jour se lèvera et comme un bon petit soldat, elle sera sur le pont… pour l’avoir ce foutu concours… Un rythme de fou… mais ça en vaut la peine, elle en est sûre… Elle profitera de la vie plus tard ! elle est jeune, elle aura le temps de vivre. Après.

Elle fonce tête baissée ce matin, deux minutes de retard sur son planning ! Alors elle fonce et quand elle relève la tête, elle la voit… Le temps s’est comme suspendu, quelques millièmes de secondes à peine mais elle a pu observer les détails de ce qui allait définitivement changer sa vie, si jamais sa vie se poursuit d’ailleurs… Quelle sensation étrange de se dire que c’est peut-être sa dernière inspiration… quelques instants et le temps reprendra sa course. Elle lève les yeux pour garder l’image du ciel bleu au fond de son âme… Tout est noir…

Ouvrir les yeux, elle peut ouvrir les yeux mais ce n’est plus le ciel au-dessus d’elle.

Sur ce foutu lit, le temps a arrêté sa course folle ou peut-être est-ce elle qui a arrêté de courir après lui… maintenant la journée semble s’étirer, s’allonger. S’écouter respirer… Drôle de concept, n’est-ce pas ! Mais depuis son lit, il a bien fallu trouver de quoi occuper les interminables heures à attendre. Elle ne peut pas aller vers les autres alors elle doit attendre qu’on vienne jusqu’à elle…

Tout est plus long, plus difficile… Elle doit tout réapprendre, manger, parler… Même sa parole est ralentie… Les idées, les mots ne s’emmêlent plus comme avant, elle a l’impression de franchir l’Everest juste pour pouvoir dire un mot ! Elle apprend à se contenter de toutes petites victoires : voir la cuillère s’approcher timidement, maladroitement de sa bouche et réussir à prendre une bouchée seule… elle doit attendre… « Patience » telle est sa nouvelle devise… va-t-elle marcher de nouveau ? Va-t-elle parler de nouveau ? Attendre, toujours attendre… d’ailleurs elle ne supporte plus le tic tac des montres. Elle qui ne cessait de les regarder avant, maintenant elle n’en a plu besoin… A quoi bon savoir qu’une heure s’est écoulée… Sa vie est rythmée par les repas, les séances de rééducation… Elle n’a plus le sentiment de diriger sa vie, elle la subit… A peine deux mois se sont écoulés selon ses proches, mais elle a du mal à le croire… pour elle c’était une autre vie, il y a une éternité  en somme…

Une seule chose lui redonne le sourire : écouter le groupe préféré de sa maman… Ainsi elle a l’impression de se retrouver en enfance, de sentir l’odeur du goûter du dimanche… Sa mère adorait chanter à tue-tête, ce qui faisait sourire son père…. Les yeux fermés, elle esquisse un sourire…Parfois même, elle semble presque fredonner sur sa chanson préférée, toute son enfance cette chanson… « La mer quelle saloperie »… bon elle changerait volontiers les paroles tiens… La vie quelle saloperie…

Par Mamzelle
Totalement novice dans l’écriture, j’aimerai me lancer et voir ce que je suis capable de produire mais je pense avoir besoin d’une ligne directrice

Texte de Mamzelle

Ils sont tous là… je me rappelle de chaque instant passé à son poignet et de ce qu’il a ressenti en compagnie de ces personnes… ils sont tous là, sans exception…

La joie dans son regard quand il a ouvert ce paquet sous le sapin, cette fierté ressentie parce qu’ils le jugeaient assez grand pour me porter à son poignet, il allait devenir un homme à présent ! Ses parents… ils ont toujours été là, suffisamment présent pour le porter et l’encourager à avancer mais jamais trop envahissants. Et ils sont encore là, en ce jour particulier, toujours.

Ses frères sont là aussi… les chicaneries pour savoir qui finiraient le dernier morceau de gâteau, les courses en culottes courtes pour ne pas arriver en retard devant les grilles de l’école. Tiens, même l’institutrice de l’école primaire est là  au fond, derrière la famille et les amis. Je me rappelle comme si c’était hier des bancs de l’école, son œil qui surveillait sans cesse l’avancée du temps, surtout ne pas rater l’heure de la récréation. Sentir son pouls s’accélérer sous l’effet de l’excitation, la joie et même de la colère… et oui quel mauvais joueur c’était… C’était le bon temps, le temps de l’insouciance… ils sont là également, serrés les uns contre les autres

Et puis il y a eu Marie, rencontrée lors de ses études. Là c’était différent, l’émotion était différente, il a tout de suite que c’était elle. Le temps s’est suspendu comme si mes aiguilles ralentissaient pour qu’ils puissent profiter de chaque instant de cette rencontre. Chaque tic-tac reste gravé dans la mémoire de mon mécanisme. Je ne l’avais jamais connu aussi serein, certain que l’avenir ne pouvait que leur sourire s’il restait ensemble.

Et puis il y a eu Tom, leur petit miracle. Ils l’ont attendu, espéré, désiré. Je me souviens de ce sentiment de plénitude mêlé à la responsabilité qu’ils auraient désormais.

Quelle fierté il a éprouvé ce jour de printemps lorsqu’enfin il l’a tenu dans ses bras. J’étais encore là, je l’ai bercé moi aussi avec mon bruit rassurant lorsqu’il se levait pour le consoler en pleine nuit.

Tom est là lui aussi, à côté de moi, juste à côté. Il est là, entouré de ses grands-parents, de Marie qui le serre fort dans ses bras, incapable de le lâcher.

Je me sens coupable. C’est comme si depuis ce 8 juin l’année dernière, mes aiguilles s’étaient emballées. J’étais là pour la lecture des analyses, quand ce médecin a annoncé l’inéluctable destin qui l’attendait. Je me rappelle son manque de compassion, comme si nous n’étions qu’un numéro de plus que la liste des malchanceux. Je me souviens le poids qui s’est abattu sur ses épaules. Il a commencé à me regarder différemment, comme si j’étais responsable du temps qui s’égrenait et qui le rapprochait des adieux. Je voulais mais je n’ai pas pu, je voulais arrêter le temps, donner à ce fils tant désiré du temps à partager avec lui. Il était trop petit, il avait besoin de ce père, encore. Donner à Marie encore des années de vie heureuse et insouciante, cette vie qu’ils avaient construite, pierre après pierre. Mais non je n’ai pas ce pouvoir, je n’ai pu empêcher cette chose de le ronger.

J’étais là lors de son dernier souffle. C’est comme si une partie de moi s’était éteinte avec lui. Maintenant je suis dans une boîte, mes aiguilles continuent leur inexorable travail, insensibles à ce torrent d’émotions qui m’envahit. A quoi je sers maintenant ? Je veux partir avec lui… oui c’est ça je veux partir avec lui.

Tout à coup de la lumière… Marie apparaît, il y a du bruit tout autour, la cérémonie est finie maintenant tout le monde est réuni autour d’un dernier verre. Je les entends raconter des anecdotes, certains sourires s’esquissent même en repensant aux bons moments.

Les mains de Marie… Que d’émotions dans ses mains… je sens la tristesse, le chagrin immense mais dans ses veines coulent l’amour, l’amour pour Tom. Tom, où est-il d’ailleurs ?

Elle l’appelle, elle le cherche, ses doigts sont crispés sur mon cadran. Enfin, il est là. Petit homme… tout doucement, elle me glisse entre ses petites mains… Qu’est-ce qu’il lui ressemble ! oh non pas une ressemblance physique, il a tout de sa mère. Mais ce qui s’émane de ce petit bonhomme de 4 ans… c’est lui… la même douceur mêlée de force. Je l’accompagnerai comme j’ai accompagné son père, je lui insufflerai l’énergie que j’ai reçue pendant ces années… j’ai voulu mourir avec lui, mais maintenant non, c’est à moi d’accompagner ce petit homme comme il l’aurait fait… je sens que c’est là ma place, à ce petit poignet…

Par Mamzelle

Totalement novice dans l’écriture, j’aimerai me lancer et voir ce que je suis capable de produire mais je pense avoir besoin d’une ligne directrice

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