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Ateliers d’écriture créative animés par Francis Mizio

Proposition d’écriture – juin 2018 – 2

Pour faire forcément très original, et pour le dernier atelier de la saison, la logique tarte-à-la-crème aurait voulu que je vous propose d’écrire sur les vacances : youp la boum, en voiture Simone, les bagages dans la voiture, les enfants toujours aussi excités à l’arrière, ou alors l’angoisse de la valise qui ne ferme pas, les apéros-rosé dans le Lubéron, la plage, les excursions sur le Machu-Pichu ou le village vacances parasol publicitaire, les vacances sportives, les moustiques… ou le pas de vacances du tout, pas de train, pas d’avion, pas de soleil, pas de bol… Hé bien… pas du tout !

Je vais vous proposer au contraire d’écrire le monde du travail. Cela fera office avant l’été de purification, de catharsis, d’exorcisme, que sais-je. En effet, pourquoi ne pas se prendre la tête somme toute sur le monde du travail au moment des vacances puisque durant les périodes de boulot… on ne songe qu’aux vacances ? C’est logique.

Réfléchissons sur les chefs et les collègues (ou la solitude de l’indépendance) ; sur l’épuisement, la pénibilité, l’ennui, la joie de se réaliser dans le travail, (soient le burn out, le bored out ou le brown out), sur le travail accompli ou celui rêvé, sur l’angoisse du travail qui parfois hélas manque (l’absence de travail impliquant aussi l’absence de vacances – les deux se faisant chacun coexister), sur le travail physique, manuel, sur le travail des autres aussi qui peut toujours nous intriguer. Parlez-nous de l’emploi, du job ou du métier que vous faisiez, que vous faites, ou de celui que vous ferez. Ou malheureusement celui que l’on perd, qu’on a perdu… Celui qui nous manque.l

Racontez-nous ce monsieur ou cette dame, ou tous ces gens, qui s’adonnaient à ces tâches si belles ou fascinantes, si dures ou si plaisantes… Et tout cela en plein air, dans des bureaux à moquette murale, sous des hangars ou sous terre, dans une pièce à l’arrière de la maison, dans un atelier clandestin, un cabinet de praticien, un espace de co-working, ou une usine…  avec des collègues solidaires, fourbes, épuisés, motivants, chaleureux, en grève, en réunion, en pause clope dans la rue derrière… employés par des patrons catholiques de province,  des chefs chinois impitoyables, des jeunes startupeurs exploitateurs et manipulateurs, des dirigeantes au regard d’acier ou des mamies débonnaires…

Écrire sur le monde du travail, mais en se compliquant toutefois un peu la tâche (ou alors c’est à prendre comme une contrainte sur laquelle s’appuyer 😉 ) : soit  en veillant à ce qu’il y ait dans le texte un passage décrivant le travail en question. La description d’un travail, d’une tâche, étant un excellent moyen, hélas à mon avis trop peu utilisé dans le roman courant, pour caractériser un personnage, le rendre plus profond en faisant apparaître des traits de sa personnalité, pour l’ancrer dans le réel et pour enseigner généreusement des choses aux lecteurs : du vocabulaire spécifique aux gestes, des pratiques aux usages…

Un exemple ? Tenez ci-dessous,  pour une brève description d’emploi et d’ambiance de boulot, un extrait d’un premier roman de Jay McInerney paru en 1984 (c’est un auteur américain qui a écrit depuis quelques romans magistraux) « Journal d’un oiseau de nuit ». Le personnage -un noctambule new-yorkais- fait profession de vérificateur d’informations au sein d’un magazine qui ressemble fortement au National Geographic.  C’était juste hier, et pourtant avant Internet et le numérique… et bien fastidieux. Ce qui est intéressant c’est qu’en décrivant sa tâche de façon précise, mais drôle et enlevée, il plante son jugement sur son emploi, ses collègues… et nous donne,  somme toute, sa vision du monde, et bien des aspects de son caractère (NB : tout le roman est écrit au « tu ». L’extrait ici est partiel).

Bon, arrêtons-là. Vous en avez assez pour comprendre l’idée 🙂 Toutefois guettez dans les nouvelles, les romans, les passages qui mettent en scène le personnage au travail, ou alors le personnage qui se raconte au travail : c’est un exercice d’écriture intéressant car il permet de façon indirecte et dans l’action de décrire l’humain, de l’ancrer dans un/son réel sans le cantonner à l’espace restreint de l’intrigue qui trop souvent le rend « hors sol », comme veut l’expression à la mode.

Bref, voici la consigne du chef d’équipe :  est-ce qu’une nouvelle comprenant une description (directe ou indirecte, c’est-à-dire narrée ou rapportée) d’un travail, ou d’une partie d’un travail (une tâche) vous inspirerait ? Attention : c’est du boulot…


1- Photo d’en-tête cc Shorpy :  October 1942. Riveter at work on a bomber at the Consolidated Aircraft factory in Fort Worth. 4×5 Kodachrome transparency by Howard Hollem.

2- Photo apparaissant à la place de la boucle vidéo d’en-tête (sur mobile) : cc Shorpy : October 1942. Workers installing fixtures and assemblies in the tail section of a B-17F bomber at the Douglas Aircraft Company plant in Long Beach, California. 4×5 Kodachrome transparency by Alfred Palmer.

9 Comments

  1. Ohhh, bah moi j’aurai aussi aimé faire celui-là… d’atelier… ou de travail quoi!

  2. Encore moi… J’ai trouvé le meilleur moyen de participer à cet atelier.
    Je vous conseille vivement un petit folio de 192 pages : « Le liseur du 6h27 » de Jean-Paul Didierlaurent. Il se déguste d’un trait tellement c’est bien écris. Et là, de la description du travail… Hummm…
    Si, ces temps-ci, vous êtes trop rudoyés par le boulot, emportez-le dans vos valises…
    Bonnes vacances…

  3. Francis Mizio - Ecrire en Ligne

    7 juin 2018 at 11 h 26 min

    Bon allez hop, un autre de plus sur la liste 🙂 Merci.

  4. « Le liseur du 6h27 » est un petit bijou que je ne me lasse pas de distribuer autour de moi ! Quant au thème de cet atelier… Hm… Je vais encore passer un bon week-end, tiens ! (week-end, temps de préparation aux vacances à venir, entrecoupé de temps de travail permettant de mieux le savourer… Je reste dans le sujet, non ?)

  5. Francis Mizio - Ecrire en Ligne

    7 juin 2018 at 22 h 37 min

    Oui, s’il y a fiche de production, réunion de concertation, comité de pilotage et établissement d’un retour d’expérience via un questionnaire en ligne (la valise 1- trop remplie 2- moyennement remplie 3- perfectible, etc.)

  6. Ce livre se joue actuellement dans une salle à Montmartre  » Le funambule ». Je n’ai pas lu le livre mais on m’a dit grand bien de l’adaptation sur les planches 🙂

  7. Marie-Claude Lieutard

    13 juin 2018 at 20 h 48 min

    Comme je regrette de ne pas m’être inscrite!

  8. Francis Mizio - Ecrire en Ligne

    14 juin 2018 at 19 h 45 min

    Désolé…

  9. Je viens de le lire…non de le déguster ! Merci Mlle 47 pour le tuyau 😉
    M’enfin pas le même atelier, ce mois-ci ???!!!!

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