Il y a quelques années, pour un magazine en ligne aujourd’hui disparu, on m’avait demandé d’écrire des chroniques situées de préférence dans l’ouest de la France. J’avais proposé d’écrire des fictions historiques narrant des métiers (imaginaires et farfelus) basées majoritairement sur des expressions ou des proverbes : il y a eu ainsi l’ajouteur de grain de sel de Guérandes (chronique qui a eu l’honneur d’être citée par un certain Pierre Bonte hilare lors d’une émission de FR3), la compagnie des réjouisseurs de veau (du proverbe normand « changement d’herbage réjouit les veaux » — proverbe déjà utilisé soit dit en passant par l’auteure de BD Florence Cestac dans l’album narrant son divorce), les gens qui s’occupaient de vos oignons (à Roscoff, forcément), le tueur d’âne à coups de bonnet (d’après un proverbe vendéen), les sucreurs et rameneurs de fraises (à Plougastel) etc. Il y en a eu 13, puis le magazine a fermé (non, ce n’est pas à cause de moi 🙂 ).
Comme récemment une de ces vieilles chroniques où j’y avais traité du cas d’un ermite ornemental (à La Baule) a inspiré une auteure de BD pour un album sorti en janvier dernier (Il est > ici. On en parle > ici, sur France Culture et vous saurez ainsi ce qu’est un ermite ornemental. Je suis vivement remercié dans l’album — voilà, je me la pète), cela m’a redonné l’envie de ressortir l’idée d’écrire à partir de proverbes ; un exercice que j’ai soumis jadis dans des ateliers d’écriture en présentiels avec de bons résultats. Et c’est donc ce que je vous propose pour cet atelier (en espérant que cela ne sera pas trop difficile, et tout du moins inspirant).

Vous trouverez ci-dessous 73 proverbes d’un peu partout dans le monde sélectionnés avec soin. J’ai viré le trop gros bon sens bien pâteux, les considérations réacs qui feraient bondir à juste titre les féministes —ou même pas féministes d’ailleurs ; les choses trop rebattues sur le couple, la vie, les riches, les pauvres…). J’ai privilégié les images « exotiques » (les proverbes créoles sont très forts pour cela), les métaphores amusantes ou poétiques… Et si parfois, cela ressemble dans l’idée à bien des formules de chez nous (la sagesse populaire est internationalement unanime) c’est la formulation qui m’aura fait retenir un proverbe parmi d’autres.

Comment faire ? Deux pistes au moins :

•1 • Écrire un conte, une fable, un récit cosmogonique, un fait ou un événement imaginaire…  qui serait à l’origine du proverbe. De nombreux proverbes laissent en effet transparaître un récit possible, renvoyer à une référence ancienne —peut-être d’ailleurs parce qu’ils sont vraiment issus de contes, fables ou légendes existants.
À très gros traits, je rappelle :
– Le conte : une structure en 3 parties, un personnage humain ou animal) qui a un problème, rencontre un obstacle, de l’aide (naturelle ou surnaturelle), connaît une issue souvent funeste, plus rarement heureuse, mais dont on tirera toujours un enseignement moral.
– La légende (épique)  : c’est souvent une quête, un trésor ou un graal au profit d’un but, d’un absolu idéal ou d’un personnage important avec des mentors, des aides et des méchants habillés en noir.
– Le récit cosmogonique ou mythologique : soit un récit des premiers temps du monde, soit des soucis que peuvent avoir des dieux, demi-dieux, quart de dieux, dieux en CDD, héros en CDI, héros O.S.  non syndiqués, simples mortels en intérim dans cette vallée de larmes, et qui donne au final une des conditions humaines à méditer et subir.

• 2 • Écrire une nouvelle qui illustre ou qui infirme la morale du proverbe. (Je rappelle : parfois renverser son café sur son canapé de cuir blanc peut faire l’objet d’une nouvelle désespérée, comme la fois où on a sauvé 1 000 personnes d’une tour infernale alors qu’on retournait simplement chercher ses clés oubliées dans le tiroir du bureau).

Notez que :
> vous n’êtes pas obligé(e) d’insérer le proverbe dans votre titre ou votre texte (si c’est le cas, on essaiera de le deviner et on en parlera dans nos commentaires. Vous nous le révélerez alors).
> Vous n’êtes pas obligé(e) de « localiser » le texte dans son pays d’origine… (Mais si vous le faites, pour nous dépayser, ce serait formidable. Peut-être connaissez-vous certains des pays ci-dessous ? N’hésitez pas à nous immerger avec même du vocabulaire de là-bas pour l’effet de réel —mais, encore une fois, la localisation n’est pas obligatoire).
> Et enfin, comme pour les faux proverbes bantous d’Alexandre Vialatte (voir plus bas), vous pouvez inventer votre propre proverbe ou alors utiliser un proverbe de votre connaissance qui ne se trouve pas dans cette liste.

Voilà. Bonne inspiration, bonne écriture… Prenez votre temps mais n’oubliez pas que même si quand Dieu a créé le temps, il en a créé suffisamment (proverbe arabe)… que les textes sont pour jeudi soir prochain au plus tard 🙂

12 proverbes créoles, Guadeloupe (> source)

• Les gencives étaient là avant les dents (Genciv té la avan dan / Il faut respecter ses aînés).
• Il est petit mais son caca est gros (I piti, mé kaka-ï gwo / Il faut se méfier des apparences).
• Le macaque ne trouve jamais son enfant laid (Makak paka janmmin touvé iche li lèd / L’amour est aveugle).
• Les puces ne restent pas sur les chiens morts (Pis pa ka rété assi chyen mô / Les malheurs éloignent les amis).
• Il ne faut pas dire du mal de la banane sous le balisier (Fô pa ou palé bannan mal anba balizyé / Il ne faut pas médire des gens en présence de leur proche).
• Après avoir bu dans une mare, fait pas caca dedans (Apwé ou bwè adan on ma, fô pa ou kaka adan-y / Il ne faut pas cracher dans la soupe).
• Belles dents ne veulent pas dire amitié (Bèl dan pa di zanzi / Un beau sourire n’est pas de l’amitié, il ne faut pas se fier aux apparences).
• Quand la mer est belle, même le singe est capable d’être capitaine (Lanmè bèl : makak kapitenn / Il est facile de diriger quand il n’y a pas de difficultés).
• Les cafards n’ont jamais raison face aux poules (Ravèt pa jen ni rézon douvain poil / La raison du plus fort est toujours la meilleure).
• Les oreilles n’ont pas de couvercle (Zorèy pa ni kouvèti / Surveillons notre langue / les murs ont des oreilles).
• Avec de la patience on voit le nombril d’une puce (Èvè pasyans ou ka vwè lonbrik a pis / Il faut savoir être patient)
• La crotte de poule n’est pas du beurre (Kaka poul pa bè / Il faut se méfier des apparences)

20 proverbes créoles, Martinique (> source)

• À force d’avoir caressé son enfant, le macaque l’a tué (A fòs makak karésé ich li, i tjwé’y / À trop vouloir bien faire, on finit par tout détruire).
• Après la fête, on se gratte la tête (Apré fèt, sé graté tèt / Les soucis financiers surviennent après la fête : il faut savoir épargner avant les grosses dépenses).
• Le bœuf de devant boit de l’eau claire (Bèf douvan bwè dlo klè / Équivalent du proverbe « Premier arrivé, premier servi »).
• Le bœuf des fonds ne connaît pas le malheur du bœuf des mornes (Bèf fon pa konèt malè bèf món / À chacun ses problèmes, peu importe les apparences).
• Un bœuf n’est jamais fatigué de porter ses cornes (Bèf pa janmen las pòté kòn li / Un parent peut toujours supporter ses enfants).
• La beauté ne sait pas cuire un canari (Bèl pa ka tchuit an kannari / Ce n’est pas parce que l’on choisit une belle femme ou un bel homme que l’on sera heureux).
• Chaque luciole éclaire sa propre âme (Chak bètafé ka kléré pou nanm’yo / Dans la vie, c’est « chacun pour soi »).
• À chaque pain son saucisson (Chak pen ni sosison’y / Signifie « À chacun sa chacune », que tout le monde a son âme-sœur).
• Le chien ne veut pas de bananes, mais il ne veut pas que les poules les mangent (Chyen pa lé bannann, i pa lé poul pran’y. / Se dit d’une personne qui ne veut pas de quelque chose mais qui refuse que quelqu’un d’autre l’ait.
• Deux crabes mâles ne peuvent pas vivre dans le même trou (Dé mal krab pé pa viv adan mèm trou. Deux forts caractères ne peuvent pas cohabiter dans un même environnement).
• Derrière le chien c’est « Chien », devant le chien c’est « Monsieur Chien » (Dèyè chyen sé chyen, douvan chyen sé misyé chyen / Signifie que les gens agissent souvent de manière hypocrite).
• Les femmes sont des châtaignes ; les hommes sont des fruits à pain (Fanm sé chatenn, nonm sé fouyapen / Signifie qu’une femme trouve toujours la force de se relever après une déception ou une difficulté. Sous-entendu, ce qui n’est pas toujours le cas de l’homme).
• Le canari dit à la chaudière que son cul est noir (Kannari ka di chodiè bonday nwè / Équivalent du proverbe français « C’est l’hôpital qui se moque de la charité »).
• La mer n’a pas de branches (Lanmè pa ni branch / Signifie que dans la mer il n’y a rien pour s’accrocher, il faut savoir y être prudent, sinon on s’y noie facilement).
• Quand la barbe de ton ami prend feu, arrose la tienne (Lè bab kanmarad ou pri difé, rouzé ta’w /  Signifie qu’il ne faut pas se moquer du malheur des autres et toujours balayer devant sa porte.
• Même si ton nez est pourri, tu ne l’arraches pas (Mèm si né’w pouri, ou pa ka raché’y / Signifie que l’on ne blâme pas facilement un membre de sa famille.
• On n’achète pas de chat enfermé dans un sac (Moun pa ka achté chat an sak / Signifie qu’il vaut mieux avoir vu la marchandise avant de l’acheter.
• Haïr les chiens, mais dire que leurs dents sont blanches (Rayi chyen, mé di dan chyen blan / Signifie que l’on peut nommer tous les défauts de quelqu’un mais reconnaître malgré tout les qualités de cette personne.
• Si tu n’as pas dormi dans un poulailler, tu ne peux pas savoir si les poules ronflent (Si ou pa dòmi an poulayé, ou pa sav si poul ka wonflé / Il faut parler uniquement de ce que l’on connaît).
• Tous les cochons ont un samedi (sous-entendu, une date à laquelle ils seront tués / Tout kochon ni sanmdi yo. Signifie que peu importe notre implication pour certaines causes, ce qui doit arriver arrivera).

3 proverbes africains (> source)

• Dans la forêt, quand les branches se querellent, les racines s’embrassent.
• Si un animal vous dit qu’il peut parler, il ment probablement.
• Le Blanc a la montre, l’Africain à le temps.

7 proverbes arabes (> source)

• Mieux vaut rester sur une soif ardente que de l’étancher avec la boisson de la honte.
• Les promesses de la nuit sont faites de beurre, et fondent au soleil.
• N’ouvre la bouche que si tu es sûr que ce que tu vas dire est plus beau que le silence.
• Le soupir d’une jolie fille s’entend plus loin que le rugissement d’un lion.
• Si ton ami est de miel, ne le mange pas tout entier.
• Dans une bouche close, il n’entre point de mouche.
• Quand Dieu a créé le temps, il en a créé suffisamment.

4 proverbes chinois (>source)

• Une langue court beaucoup plus vite que deux pieds.
• Quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt.
• L’imbécile tire sur les plantes en croyant les aider à pousser.
• Des paroles carrées n’entrent pas dans des oreilles rondes.

6 proverbes d’Amérique du Sud (> source)

• Quand la racine est profonde, pourquoi craindre le vent ? (Chili)
• Les poules d’en haut salissent celles d’en bas (Brésil)
• Dans la bouche fermée n’entrent pas de moustiques (Brésil)
• Quand un chien te pisse dessus, les médias disent qu’il pleut (Brésil)
• À force de courir, tu vas finir par perdre ton poncho (Pérou)
• Donner du pouvoir à un vers de terre, il deviendra un serpent (Pérou)

1 proverbe japonais (> source)

• La bougie ne perd rien de sa lumière en la communiquant à une autre bougie.

3 proverbes très imagés (> source)

• Personne ne peut sauter plus haut que ses couilles.  (Georgien / On a un proverbe nous aussi dans le genre, mais là,  il est question de péter)
• Il est plus facile de se gratter le cul avec les mains qu’avec les pieds (Danois et acrobatique).
• À laver la tête d’un con, on y perd son savon. (Espagnol)

9 vrais et faux proverbes bantous

– Vrais proverbes bantous

• Kuku anakulaka kadiri ya mudomo wake (Swahili) : La poule mange selon la grosseur de son bec (Congo)
• Njia ya wongo iko mufupi (Swahili) : Le chemin du mensonge est court (Congo)
• Assieds toi près d’une rivière, tu verras le cadavre de ton ennemi passer.

Faux proverbes bantous, créés par l’écrivain Alexandre Vialatte dans ses chroniques du journal La Montagne)
• Le marchand de sable ne fait pas fortune dans le désert.
• Il n’y a pas de bas morceaux dans le gros ethnologue
• Si tu ne digères pas la soutane, évite de manger le missionnaire.
• Il vaut mieux vivre riche et honoré en mangeant de la soupe de python que d’écouter la veuve crier dans la clairière.
• Qui s’endort avec le trou qui gratte, se réveille avec le doigt qui pue.
• Il est plus facile d’arracher un brin d’herbe dans le pot de fleur de son voisin qu’un baobab dans son propre jardin.

3 proverbes russes (> source)

• Quand on est au milieu des roses, on en prend le parfum.

• Qui jette des orties chez son voisin les verra pousser dans son jardin.
• Qui fréquente les chiens apprend à aboyer.

4 proverbes indonésiens (> source)

• La tortue pond un millier d’œufs, mais qui s’en aperçoit ? La poule pond un œuf et tout l’univers l’apprend.
• Avant de trouver une dent de fourmi dans un sac de sable, trouve d’abord le sac de sable.
• Si un aliment est bon, fais le frire, il sera encore meilleur… et si il a un goût de merde, fait le frire quand même, t’as rien a perdre…
• Si t’es un chapeau, meurt comme un chapeau.

1 proverbe australien (> source)

• Qui lance un boomerang prend le risque de se le prendre dans la tête.

Et enfin, et vous m’excuserez :


Si vous ne voyez pas la vidéo avec la lune qui illustre le proverbe chinois « Quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt » en tête de cet article, alors vous voyez un proverbe bouddhiste sur un temple thaïlandais et l’image est de Robert Pastryk – CC – Pixabay