Il y a des anecdotes, des rumeurs, des historiettes, que sais-je, qui correspondent tant à nos valeurs, à nos conceptions du monde, à nos idées préconçues, ou à notre poésie, notre fantaisie, nos envies… qu’on est prêt à les gober d’emblée, les répéter, les partager, après les avoir couvés en son sein. C’était mon cas pour l’histoire de l’origine d’une expression particulière, à savoir : faire le mariole (avec un « L » ou deux, ça dépend 🙂 ). Bon vous me direz, ce n’est pas très grave, et c’est une préoccupation… anecdotique. Certes.
Mais bon. Quand même !
Je croyais dur comme fer que l’origine de l’expression était due à un soldat de Napoléon, Dominique Gaye-Mariolle. D’ailleurs, je vous copie-colle ici le texte trouvé sur le site du musée des armées qui raconte mot pour mot ce qu’on m’avait dit, ou que j’avais lu un jour, quelque part, et que j’avais gobé et colporté… : « Cette expression, signifiant aujourd’hui faire le malin ou l’intéressant, a pour origine une pitrerie impliquant un soldat du nom de Mariolle. Héros des guerres de la Révolution et de l’Empire, Dominique Gaye-Mariolle est alors réputé pour sa bravoure et pour sa taille : plus de deux mètres ! Plusieurs fois blessé au combat, il est admis en tant que sapeur dans le corps des grenadiers de la Garde Impériale et fait chevalier de la Légion d’honneur. En 1807, à la veille de l’entrevue de Tilsit entre le Tsar Alexandre et Napoléon Ier, l’Empereur passe en revue ses troupes et notamment le bataillon de Mariolle. Le sapeur, voulant se faire remarquer, aurait alors présenté les armes, non pas avec son fusil, mais avec un canon pesant plus d’une centaine de kilos ! Napoléon Ier n’aurait pas pris ombrage de ce geste arrogant et l’aurait félicité pour sa force. De cette prouesse est née l’expression : « Faire le mariolle ».

Dominique Gaye Mariolle par Sans, disciple de David

Trop belle anecdote, trop beau nom (Dominique Gaye-Mariolle ; gai mariole !)… En atelier d’écriture, en présentiel, il m’est quelquefois arrivé pour introduire la thématique que j’ai imaginée jadis (et que je vous propose ce mois-ci plus bas) que je la raconte, cette sacrée histoire du soldat Gaye-Mariolle… Hélas, elle était totalement fausse…. et je viens de le découvrir juste au moment de vous écrire ces lignes (vous pouvez descendre directement plus bas après le texte en vert si les débats sur l’expression faire le mariole vous saoulent) :

Faire le mariole : faire l’intéressant, le vantard. Se faire remarquer
Origine : Mariole est né en France au XVIe siècle. D’abord marriol, on le trouve aussi sous les formes mariol et mariolle. Son origine n’est pas certaine et on en trouve principalement deux versions. La première viendrait de l’italien marivolo ou mariolo qui désignait, au sens propre, un escroc et, au sens figuré, quelqu’un de rusé. Et c’est d’ailleurs avec le sens de « filou » qu’il apparaît d’abord en français. On suppose que le mot est dérivé de Maria, la vierge Marie, en lien avec les gens qui feignent la dévotion et qui cherchent donc à tromper leur monde. Une autre hypothèse, selon le DHLF vient de l’ancien français du XIIIe siècle mariole (petite image de la vierge Marie, qu’on retrouve ici) qui servait à désigner une personne versatile et dont certains dérivés comme mariolet s’utilisaient pour qualifier un « jeune freluquet ». Tout cela est bel et bon, me direz-vous, mais quel est le lien avec celui qui fait le vantard ? Eh bien si on admet que Marie est bien à l’origine de mariole, quand on sait que marionnette est issu de Marion, lui-même dérivé de Marie, et que dans les spectacles de marionnettes, les personnages ont généralement un comportement excessif, propre à les faire remarquer, on établit ce qui est le lien probable. Si le sens de « filou » est bien attesté au XVIe siècle, ce n’est qu’au XIXe que le mot désigne quelqu’un de rusé, de malin, et que « faire le mariole » désigne celui qui se vante en se faisant passer pour malin. Exemple : « Puis le silence et une voix qui leur crie : « Debout, et les mains en l’air ! » Ils se lèvent. Un œil noir les regarde, l’œil noir d’une mitrailleuse. Pas question de faire le mariole. » Pierre Quillet – Le chemin le plus long – 1997. Compléments : Et pour ceux qui croient que cette expression vient du soldat Gay Mariole de la garde napoléonienne, il faut préciser que la première attestation de cette expression avec le sens moderne date de 1726. Ce qui, chronologiquement parlant, n’est pas du tout fait pour valider cette explication.

Toutefois l’idée d’écrire l’origine d’une expression ou d’une locution, que l’on s’inspire des facéties ou non de Mariolle, demeure à mon avis très stimulante. Aussi, c’est ce que je vous propose de faire. Racontez-nous :

– soit l’histoire totalement fictive à l’origine d’une expression ou d’une locution : une fiction donc que l’on supposerait être à l’origine de l’expression (même longuement. Il s’agit d’une fiction, qui peut être dialoguée. Bref, une nouvelle normale, mise en scène. Mais il ne s’agit pas d’un texte expliquant l’expression ou son histoire). Imaginons que l’expression soit née à n’importe quelle époque, dans n’importe quel pays, à l’occasion de n’importe quelle anecdote ou événement (cela peut-être situé aujourd’hui) : comme le décidera votre fantaisie !  Faites comme si vous ne connaissiez pas la véritable origine de l’expression ou la locution, si c’est le cas. Inventez la vôtre ! Vous n’êtes, en sus, même pas obligé(e) de coller au vrai sens de l’expression (ce qui vous fera inventer, ou présenter du moins, un autre sens!). Vous n’êtes même pas obligé(e) de citer l’expression ou la locution dans votre texte (mais elle peut représenter le titre, certes). La chute de l’histoire n’est pas obligée de conclure sur la naissance de l’expression (pas de « c’est ainsi que depuis on dit… »).  Cette approche serait celle de Mariolle par exemple si on racontait la scène de présentation des armes comme n’importe quelle nouvelle historique. (Mais en note de bas de page si ce n’est pas en titre, il faudra nous dire qu’elle était l’expression… 🙂 ).
– soit une nouvelle de fiction que vous inspire l’expression ou la locution de votre choix (il y a une liste d’expressions et locutions ci-dessous, mais vous pouvez en choisir une qui ne s’y trouve pas). Une nouvelle donc qui illustre une anecdote, une histoire, des faits (vous nous direz hors la nouvelle de quelle expression ou locution il s’agit) mais qui n’en est pas forcément à l’origine.  Si c’est une expression ou une locution qui comprend un nom ou un prénom, vous pouvez nous raconter par exemple qui est ce Arthur qui se fait si souvent appeler… Ou ce que c’est que de se faire appeler Arthur…

Voici une courte liste (sélection totalement subjective car j’ai 5 énormes dictionnaires d’expressions : je peux vous confirmer qu’il y en existe des centaines de ces expressions et locutions — et je ne parle même pas de l’argot) susceptible de faire naître de la fiction (du moins j’espère) :

À beau mentir qui vient de loin`
À bouche que veux-tu
À cheval donné on ne regarde pas la bride / la bouche / les dents
À dormir debout
À force de crier au loup
À l’eau de rose
À la bonne franquette
À la mode de Bretagne
À tombeau ouvert
Acheter/vendre chat en poche
Aller à Canossa
Aller à Tataouine
Aller au charbon
Aller / battre à Niort
Aller sur la haquenée des cordeliers
Apporter de l’eau au moulin (de quelqu’un)
Attendre quelqu’un comme les moines l’abbé
Attendre sous l’orme
Au creux de la vague
Au pied levé
Au ras des pâquerettes
Aux petits oignons
Avaler des couleuvres
Avaler des poires d’angoisse
Avoir d’autres chats à fouetter
Avoir l’air de revenir de Pontoise
Avoir la science infuse
Avoir la tête près du bonnet
Avoir le bonjour d’Alfred
Avoir le bourdon
Avoir le bras long
Avoir le cafard
Avoir le nez creux
Avoir les côtes en long
Avoir un cadavre dans le placard
Blanchir de l’argent
Bouché à l’émeri
C’est du pipeau
C’est pas le Pérou !
Ça ne mange pas de pain
Ce n’est pas à un vieux singe qu’on apprend à faire des grimaces
Cela va faire du bruit dans Landerneau
Changer de crèmerie
Couper le sifflet à quelqu’un
Courir le guilledou
Cracher au bassinet
Cracher dans la soupe
Crever / avoir la dalle
Crier (gueuler) comme un putois
Crier haro (sur le baudet)
Croire dur comme fer
Croiser les doigts
Croquer le marmot
Croquer / mordre / déchirer à belles dents
Cucul la praline
D’arrache-pied
Dans le plus simple appareil
Dans les clous
Dans les mêmes eaux / Dans ces eaux-là
Dans les vapes
Dans tous les azimuts / tous azimuts
Dans un fauteuil
Danser devant le buffet
Dare-dare
De bon / mauvais aloi
De bon / mauvais augure
De but en blanc
De concert / de conserve
De derrière les fagots
De fil en aiguille
De France et de Navarre
De gré ou de force
De joyeux drilles
De la bouillie pour les chats
De la crotte de bique
De longue haleine
De mal en pis
De pied en cap
De plain-pied
De plein fouet
Décrocher / gagner la timbale / le coquetier / le cocotier
Décrocher la timbale
Décrocher / promettre / demander la lune
Défendre son pré carré
Défrayer la chronique
Demain, on rase gratis !
Demander merci – Être sans merci – Être à la merci (de quelqu’un)
Déménager à la cloche de bois
Dépouiller / tuer le vieil homme (en nous)
Des économies de bouts de chandelle
Des espèces sonnantes et trébuchantes
Des goûts et des couleurs, on ne dispute / discute pas
Des grosses ficelles
Des manoeuvres florentines
Des mesures draconiennes / une loi draconienne
Des paroles sibyllines
Dès potron-minet
Des querelles intestines
Des vertes et des pas mûres
Devoir une fière chandelle
Dieu reconnaîtra les siens !
Dire des messes basses
Dire pis que pendre
Dire ses quatre vérités (à quelqu’un)
Discuter le bout de gras
Donner carte blanche
Donner de la confiture à un cochon
Donner des noms d’oiseau
Donner du fil à retordre
Donner le change
Donner le coup de collier / (re)prendre le collier
Donner / recevoir une volée (de bois vert)
Donner sa langue au chat
Donner un tuyau (crevé) à quelqu’un
Doré sur tranche
Dorer la pilule
Dormir comme un sabot
Dormir comme une souche
Dormir / ronfler comme un sonneur
Dormir sur ses deux oreilles
Du même tonneau
Du tac au tac
Éclairer la lanterne (de quelqu’un)
Écrire / envoyer un poulet (à quelqu’un)
En cinq sec
En connaître un rayon
En faire tout un fromage
Envoyer chez Plumeau
Envoyer quelqu’un aux pelotes
Être à côté de la plaque
Être agité du bocal
Être au bout du rouleau
Être connu comme le loup blanc
Être dans les petits papiers (de quelqu’un)
Être de mèche avec quelqu’un
Être fier comme un pou
Être plein aux as
Être trempé comme une soupe
Faire devenir chèvre
Faire la nouba
Faire le coup du père François
Faire le Jacques
Faire les 400 coups
Faire mouche
Faire un pataquès
Faire une conduite de Grenoble
Filer à l’anglaise
Fumer la moquette
Il est fin comme Gribouille (qui se jette dans l’eau par crainte de la pluie)
Jeter de la poudre aux yeux
Jeter / lancer une pierre dans le jardin (de quelqu’un)
Jeter le bébé avec l’eau du bain
L’avoir dans le baba
L’herbe du voisin est plus verte
La douche écossaise
La réponse du berger à la bergère
Le fil d’Ariane
Le marchand de sable est passé
Les carottes sont cuites
Manger son chapeau
Mener une vie’ de bâton de chaise
Monter sur ses grands chevaux
Montrer patte blanche
Ne pas être dans son assiette
Passer à la casserole
Prendre la lune avec les dents
Prendre le taureau par les cornes
Prendre le train 11 / le train onze / le train d’onze / le train d’onze heures
Prendre son pied
Reprendre du poil de la bête
Revenir à ses moutons
Rouler quelqu’un dans la farine
S’en tamponner le coquillard
Se casser la nénette
Se faire appeler Arthur
Se faire coiffer sur le poteau
Se faire du mouron
Se mettre la rate au court-bouillon
Se porter / Être solide comme le Pont-Neuf
Soûl comme un Polonais
Sucrer les fraises
T’as tort, Totor
Tenir la chandelle
Tenir la corde
Tenir la dragée haute à quelqu’un
Tenir la jambe (à quelqu’un)
Tirer le portrait
Tirer les marrons du feu
Tirer les vers du nez
Tomber comme à Gravelotte
Tomber sur un bec
Traîner une casserole
Tranquille comme Baptiste
Travailler au noir / Faire du marché noir
Travailler pour le roi de Prusse
Tu peux toujours te brosser
Tu rêves, Herbert
Un appel du pied
Un bouillon d’onze heures
Un coup de Jarnac
Un déjeuner de soleil
Un empêcheur de danser / tourner en rond
Une auberge espagnole
Vider son sac
Voir Naples et mourir

Voilà. Et si plus tard, vous voulez avoir des infos sur votre expression ou  locution (que vous n’auriez pas trouvées) demandez-moi, je devrais pouvoir y répondre. En tout cas, au boulot : vous avez du pain sur la planche 🙂
Si vous ne voyez pas la vidéo ci-dessus de la personne marchant péniblement dans le sable alors vous voyez la photo de deux chameaux qui sont en fait des véhicules – soit un autre moyen « d’aller à Tataouine » (cc- A. Dezetter – Pixabay)