Les podcasts seraient à la mode. « Les gens » que l’on aime bien présenter comme futiles en écouteraient toujours plus, et à foison. À en conclure qu’ils seraient toujours en train de chercher à se cultiver ou se distraire pendant qu’ils sont en train bricoler, de faire la cuisine, d’être en voiture, de coudre, de jardiner avec le portable dans la poche, de faire du footing-running-jogging ou de suer sur des machines avec des tapis roulants façon Les Temps modernes, ou que sais-je encore… (Ah, les gens, les gens, les gens ! Je vous jure, pfff… )
… C’est fortement probable : moi-même qui suis intéressé par exemple par les histoires de narration, de scénario, etc. je me suis mis à écouter autant que possible des podcasts, sur ces sujets, et de fil en aiguille, voici que je m’en enfile pléthore qui me parlent d’une foule de choses inattendues — à vrai dire, on trouve des podcasts absolument passionnants partout. Je manque seulement d’un temps adapté à l’écoute (et comme le sport, depuis toujours c’est non, et que ce n’est pas négociable. Alors tant pis, je cire mes chaussures 3 fois par jour et épluche des montagnes de pommes de terre).

Toujours est-il que j’ai fini par tomber sur Transfert, le podcast du magazine en ligne Slate qui au départ m’inspirait peu : je craignais d’y trouver des trucs déprimants (histoires de famille crapoteuses avec le vieil oncle qui met toujours la honte, amours déchirants et déchirés, psychologie à deux euroballes, chômage et misère sociale qui rassurent d’être soit même qui on est, maladies de peau et de pas de pot, problèmes administratifs à cause du formulaire 256, nuages de sauterelles, etc.) mais il y a aussi, et en fait, et heureusement, dans la collection des « histoires courtes » de Transfert (soit de 5 à 15 minutes de durée, sachant que certains sujets s’étendent sur plus d’une heure) des choses vraiment épatantes, voire parfois très réjouissantes. On y entend des soucis divers et inattendus connus par les fameux « gens » (qui les ont résolus), comme de grands ou petits bonheurs (qu’ils partagent)… Mais toujours remarquablement bien narrés… et c’est donc pourquoi je vous en parle ici. Ces podcasts d’histoires courtes, à orateurs uniques, se rapprochent de ce que fait dans ses témoignages France Culture dans son émission Les pieds sur Terre.

Toutes les histoires de Slate sont présentées comme réelles. En général, lorsque on raconte une histoire vécue à des amis en s’envoyant des chips et trop d’apéros, on bafouille, on digresse, on résume, on revient en arrière, on précise, —  bref, on n’est pas toujours d’une linéarité ou d’une clarté absolue, même avant les premiers verres. Or ce qui est frappant dans les histoires courtes de Slate, c’est ici la fluidité parfaite du récit : toujours bien construit, avec parfois même une « morale » qui en est tirée. Il y a des effets de suspense, de la mise en contexte, en situation, du décor, du retournement de situation, des personnages croqués… Il est évident que ces témoignages, s’ils sont certainement bien réels, ont été préparés pour obtenir cette narration, d’un jet, au micro… car racontés par des personnes qui, si elles les ont vécues, ne sont pas forcément des écrivant(e)s courant(e)s ou des oratrices ou orateurs né(e)s. De récit « préparés » à « écrits », il n’y a qu’un pas… et vous me voyez venir.

Pour cette proposition d’écriture, je vais vous demander un peu de boulot (prenez l’ordinateur portable, le smartphone ou la tablette, préparez un gratin dauphinois -il y a de la patate à éplucher, croyez-en mon expérience — ou triez des lentilles, ou tricotez, ou montez une bibliothèque IKEA (ah non, fut se concentrer sur la notice) ou lancez-vous dans les Tours Eiffel en allumettes — enfin : à vous de voir) c’est-à-dire de prendre le temps d’en écouter au moins un. Je vous en ai sélectionnés 3 courts pour l’exemple (désolé pour les pubs lorsqu’il y en a, ce n’est pas de ma faute) et vous les ai piqués pour vous les mettre à disposition sous plusieurs formats ici (je sais, c’est pas bien)  :

> « Dans la cuisine », qui est ici chez Slate : une histoire de location de vacances que l’on peut écouter ici  aussi :

ou > télécharger compressée (clic droit) ici : danslacuisine.mp3

> « Cher Nicolas », qui est ici chez Slate : une histoire d’appartement  que l’on peut écouter ici  aussi :

ou > télécharger compressée (clic droit) ici : cherNicolas.mp3

> « L’histoire d’une course de taxi à plusieurs milliers d’euros », qui est ici chez Slate :  (le titre est explicite) et on on peut l’écouter ici  aussi :

 

ou > télécharger compressée aussi (clic droit) ici : unecourse detaxi.mp3

Puisqu’il nous est toutes et tous arrivé des histoires « pas possibles », ou simplement drôles, ou cocasses, insolites (on ne va pas se raconter des histoires personnelles ou familiales épouvantables ou tortueuses, vous aviez compris l’idée — d’ailleurs la présentation de « Une course de taxi… » la résume bien), tendres, édifiantes, émouvantes, qui nous ont marqué, qui nous ont « envoyé un signe », qui ont pu être de furtives et belles rencontres, alors prenez-en une (une seule) et narrez-la. Ces histoires qui ont été de petites aventures ne sont pas forcément extraordinaires, mais elles savent accrocher l’attention. Elles ne sont arrivées qu’à vous, méritent toutefois un tant soit peu de  mise en scène, du budget de décor et de figuration. Ça tombe bien : à l’écrit on peut même s’offrir plusieurs milliers de figurants;

Comme le font les narratrices et narrateurs de Transfert, je vous propose donc de faire de même. Le mois dernier, je me demandais si vous vous sentiriez d’écrire le monologue d’une mini série Web. Ce mois-ci, sauriez-vous témoigner pour enregistrer un podcast sur les petites histoires de vie ? Mais attention : linéarité, suspens, effets spéciaux raisonnables, décor bien planté, les 5 sens, les protagonistes… Et il faut que l’histoire dure un petit peu tout de même ! La chute : s’il n’y en a pas intrinsèquement, voir dans ce cas avec la morale (ou pas). La fin de l’histoire du taxi ci-dessus est intéressante pour ce point : pas de chute, en termes d’événements, mais une réflexion, un contrepoint inattendu…

Ça c’est le niveau 1 🙂

Pour les casse-cou, voici le niveau 2 (façon de dire, hein ; et « niveau » qu’on n’est même pas obligé de tenter) : ce serait alors de nous raconter tout cela en essayant de dépasser l’exercice de narration linéaire et fluide façon Transfert : soit d’en rajouter dans la jubilation, la gourmandise de récit, c’est-à-dire aller jusqu’à l’emphase, l’épique. Là, les effets spéciaux ont une ligne de budget conséquente, le décor est en panoramique 3D, le son est surround avec vibrations des fauteuils. Parce que justement, ce sont des histoires de pas grand chose, mais qui ne sont tout de même pas rien (on dirait Raymond Devos, là, oui, je sais), pourquoi ne pas essayer stylistiquement d’en faire une quasi saga à la Indiana Jones (ou presque) ? Il faut que cette histoire de boulangère qui se plante en rendant la monnaie devienne aussi secouante que le krach de 1929. Vous voyez l’idée ? Bien sûr, pour ce faire, vous devrez enjoliver un peu (un gros peu, oui) avec des effets de manche : on en serait même gourmand. Mais attention : cela doit se jouer sur le ton, le style, pas sur les faits : car ce n’est pas beau de mentir déjà en début d’année. Glissez-vous dans la peau de Cyrano… et faites-nous frémir, bouleversez-nous, en racontant la fois où vous avez renversé un peu d’eau en portant le bac à glaçon jusqu’au freezer (euh, non : vous devez avoir déjà vécu  un peu plus insolite 🙂 ).

À vous de choisir à quel « niveau » vous allez nous raconter votre anecdote, petite aventure, aléa…. Je suis convaincu que cela sera très bien quel que soit le style que vous utiliserez dès lors que votre récit sera construit, linéaire, et à la fois rythmé et fluide…  Au point qu’après l’avoir écrit d’ailleurs vous pourriez le raconter de la même façon, oralement, mais sans avoir à lire votre texte. Bref, comme dans le podcast de Slate.
Et qui sait, pourrait-on peut-être même l’enregistrer… ?

(Sans limite de longueur : prenez la longueur qu’il vous faut, celle qui est nécessaire à votre conduite de récit et à l’installation et la résolution de vos effets éventuels).

NB : Des podcasts, je me suis même mis à en faire en en bricolant moi-même (avec un son pas toujours terrible, j’avoue) en recyclant d’anciennes fictions que j’avais écrites pour un magazine (ce sont des podcasts « documenteurs » où l’Histoire, la vraie, est mêlée avec précision à du grand n’importe quoi. > C’est là, et vous entendrez ma voix de crooner). Les chiffres d’audience me font penser que dans la jungle actuelle des podcasts, on n’est pas prêt de gagner sa vie avec ça. En tout cas moi, — mais passons, c’est plaisant à faire, même si artisanal).


Photos : Shorpy.
Si vidéo dans le bandeau : vidéo de Cottonbro – Pexels