Ecrire en ligne

Ateliers d’écriture créative, de fictions, animés par Francis Mizio

Texte d’Ariane

Pêche

J’avais attendu des jours qu’on daigne s’intéresser à moi. Pourtant, en toute objectivité, c’est moi qui avais les plus belles courbes. Mes voisines avaient bien moins de classe. Il y avait la sportive à ma gauche, la ballerine à ma droite mais aucune n’avait ma douceur et mon teint de pêche unique. Cela générait quelques problèmes de voisinage : elles me jalousaient toutes, de vraies gamines. Elles me cassaient les pieds toute la journée et réclamaient ensuite qu’on les change de place. Soi-disant que je leur faisais de l’ombre. C’est vrai que j’étais essayée, admirée, complimentée… Mais rien à faire, personne n’avait osé sauter le pas et je me voyais déjà contrainte à attendre la prochaine démarque.

Ma voisine sportive du dimanche racontait à qui voulait l’entendre (et même à celles qui ne voulaient pas) qu’elle avait vécu en Chine. Elle me disait que je ne connaissais rien à la vie car je n’avais jamais franchi de frontières. Et quand je prônais le « Made in France », elle m’accusait d’être populiste. Sauf que cette peste avait été choisie, elle. C’était à croire que personne n’en avait rien à cirer qu’elle ait été fabriquée par des gamins de dix ans. Alors que moi, la plus belle de toutes, en cuir véritable, cousue main dans les plus beaux ateliers parisiens, je me contentais de guetter les passants, tout en haut de ma pile.

Heureusement, Violaine est arrivée et m’a adoptée. Dès que je l’ai vue entrer dans la boutique, je me suis sentie observée sous toutes les coutures. C’est ici, à cet instant, que tout a commencé. Violaine, ce serait mon rayon de soleil. Violaine était belle, Violaine était sexy, Violaine était intelligente. Violaine m’emmenait partout : à son travail, dans les plus grands restaurants, même danser jusqu’au bout de la nuit. Et je le lui rendais bien : jamais une entorse, jamais une égratignure. Elle m’évitait les nids-de-poule et je prenais soin de son vernis, on faisait la paire.

Malheureusement, Violaine n’avait pas encore trouvé chaussure à son pied. Et puis, un jour, boum, je me suis retrouvée face à des 44. Souvent des Converses. Pas trop désagréable comme compagnie : une belle ligne, originale, juste ce qu’il faut de confort, peu narcissique. Et Violaine s’est épanouie, elle s’est mise à acheter des robes de princesse et des sous-vêtements affriolants, à me faire courir quand elle était en retard, à sauter dans les flaques comme une petite fille. Forcément, j’ai pris quelques coups, faut dire, je n’étais plus toute jeune. Mais j’étais devenue son porte-bonheur, une histoire de pêché, je crois. Je me suis fait des amis parmi les Converses, une paire vert-bouteille notamment. On se retrouvait après le travail, parfois à des heures improbables, au milieu de la nuit ou le dimanche à 10h. Les lacets des Converses volaient dans tous les sens et on se tenait compagnie. Avec Vert-bouteille, on prenait notre pied à refaire le monde. Un monde entièrement bétonné, peuplé uniquement de fauteuils roulants. C’était notre rêve à toutes : garder au chaud des pieds inanimés qui jamais ne nous maltraitent.

Thomas

La fameuse crise de la quarantaine. Merde, je ne l’avais pas vu venir, celle-là. On fait une crise de la quarantaine à 40 ans, pas à 42, non ?

Putain de cheveux. C’était leur faute, j’en étais convaincu. Moi, qui n’avais toujours connu qu’une blonde, j’avais vu débarquer une brune avec des cheveux frisés. Tellement foncés qu’ils reflètent la lumière, ça m’avait captivé. Elle portait des petites chaussures avec un gros nœud, couleur pêche. Jolies mais du genre que tout le monde n’assume pas. Comme quand je porte mes Converse au boulot, certains trouvent ça décalé. J’ai désigné ses chaussures, lui ai dit que c’était son péché mignon. C’était pourri comme blague. Mais elle avait ri. Un rire franc, spontané. Et quand elle rit, elle incline sa tête en arrière et ses cheveux ondulent comme une cascade. C’est ici, à cet instant que tout a commencé. Je m’étais surpris à penser que j’avais envie de passer ma journée à la faire rire, pour voir plein de cascades. On avait discuté, elle m’avait surpris, m’avait amusé. Je lui avais proposé de boire un verre, elle avait piqué un fard. Je ne voyais pas le problème, j’ai plein d’amies avec qui je vais boire des coups. Mais mon cœur s’était emballé. Et elle avait touché ses cheveux, emberlificotant une mèche entre ses doigts, comme une ado. J’avais pensé à elle toute la journée. Et je n’avais jamais arrêté.

Violaine, c’est le jour quand on ne connaissait que la nuit. Une tartine de Nutella à la place d’une pomme. Une journée de soleil après un mois de pluie. La découverte du chocolat. Vio, c’est la chaleur d’un feu de cheminée, c’est l’exotisme, des rires aux éclats et des cheveux en cascade.

Quand ses cheveux faisaient la cascade, ça me donnait envie me baigner avec elle. Quand elle serrait son élastique, je m’imaginais la serrer dans mes bras. Quand elle les enroulait autour de ses doigts, je brûlais de m’enrouler dans ses draps. Quand elle marchait et qu’ils rebondissaient, je rêvais de rebondir sur son matelas. Quand elle les touchait, j’aspirais à me transformer en un cheveu, un cheveu noir.

Mais je m’étais engagé, vingt ans plus tôt et j’étais du genre à respecter mes engagements. Famille catho, tout ça, tout ça. Vingt ans et pas de prescription sur ce type de contrat. Et surtout, j’avais trois enfants, trois rayons de soleil. Trois enfants blonds, comme leur mère.

J’adorais quand elle était en retard. Elle courrait pour me rejoindre et arrivait avec un sourire désolé, en sueur. Alors, je sentais son impatience. Et son odeur. Je rêvais de la faire transpirer d’amour. Parfois, je retrouvais un cheveu après son départ, noir, épais. Et je le gardais précieusement, comme un doudou, en attendant la prochaine fois où je pourrai la voir. Je le respirais pour m’emplir de son odeur. Je jouais avec pour avoir l’illusion de promener mes doigts dans sa chevelure. Promener mes doigts, caresser ses cheveux, les glisser derrière son oreille, empoigner sa nuque et… J’étais accro, complètement camé. Accro à la Brune, sans filtre.

Noir, c’est la couleur du café, c’est une couleur qui réchauffe. La couleur du Coca. Une couleur qui a du pep’s.

J’ai fini par craquer, évidemment. Sauf que ça ne m’a pas guéri, bien au contraire. J’ai besoin de ma dose et je n’en ai jamais assez. J’ai tout à redécouvrir. Tout est nouveau avec elle, j’ai l’impression de recouvrer la vue, le goût, l’odorat, l’ouïe… et le toucher. Mon Dieu, ce que sa peau mate, et douce, si douce me rend dingue. Je peux passer mes journées à la caresser, à l’enlacer…

Je me lève Vio, je mange Vio, je bosse Vio, je m’endors Vio, je rêve Vio. Découvrir l’amour une fois passé la moitié de sa vie, c’est fou. Je suis fou. Je suis fou d’elle. Ma Brune de folie.

Violaine

J’étais tombée amoureuse dès que je l’avais vu. Charmant, drôle, attentionné et tellement sensible. L’homme parfait. A un anneau près. Putain d’annulaire. J’avais résisté du mieux que j’avais pu. J’avais multiplié les rencontres, m’inscrivant à des sites tous azimuts. Mais, à chaque fois que je faisais l’amour, c’était à lui que je pensais. Un quadra. C’était tellement cliché.

Et puis, un jour, il m’avait embrassée. Je ne m’y attendais pas, ça faisait longtemps qu’on se voilait la face. C’est ici, à cet instant que tout a commencé. Avant même que je n’ai eu le temps de réaliser ce qui m’arrivait, ma culotte était aussi trempée que nos lèvres. Ses doigts étaient tellement doués que j’occultais son annulaire. Je découvrais mon corps et à quel point on pouvait être raccord à deux.

Evidemment, tout n’était pas simple et les jours sans lui loin d’être roses. On avait choisi un sentier qui allait droit dans le mur. Mais le chemin était grandiose. Et, de toute façon, je ne pouvais plus me passer de lui.

Anne

Après pas mal d’incertitudes, il était devenu évident que tout ceci finirait mal.

Un jour, je l’avais surpris jouant avec un cheveu entre ses doigts. Un cheveu noir alors qu’il n’y a que des blonds à la maison et que la femme de ménage est rousse. Thomas était sur le canapé, entremêlant le cheveu entre ses doigts, le passant sous son nez, le regard dans le vide et un petit sourire rêveur aux lèvres. C’est ici, à cet instant que tout a commencé. Depuis, je m’étais mise à voir des cheveux noirs partout : dans la douche, dans la chambre d’amis, dans la voiture, jusque dans notre lit! Alors forcément, je m’étais mise à psychoter : Thomas était pendu à son téléphone jour et nuit, tournait l’écran quand je m’approchais, se réjouissait quand je partais en déplacement, s’achetait de nouveaux caleçons… Je n’étais plus tout jeune, mes seins commençaient à découvrir la pesanteur, mon ventre était marqué par trois grossesses et nos nuits par trois bambins plein d’énergie. Il était loin le temps des repas en tête à tête, des nuits romantiques et des découvertes sexuelles. Ça faisait longtemps que faire l’amour était devenu une corvée hebdomadaire supplémentaire. Position horizontale, on abrège notre devoir conjugal et on gagne le droit de dormir. Le désir avait laissé place aux habitudes. Mais de là à me tromper, quand même… Alors, je m’étais convaincue que j’imaginais des choses et qu’il y avait une explication rationnelle à ces putains de cheveux noirs. Et ma vie avait continué, faisant taire la petite voix dans ma tête.

 

Pêche

Aujourd’hui, Violaine a sorti sa plus belle robe et chante sous la douche. Il faudrait être idiot pour ne pas deviner le programme de sa journée. Alors, quand elle a enfilé ses escarpins, j’ai cru que mon cuir allait s’arrêter de battre. Heureusement, elle sait que ses escarpins lui font des ampoules terribles et elle m’a quand même embarquée… dans son sac à main ! Moi, son porte-bonheur, sa compagne préférée, me voilà reléguée au rang de vulgaire roue de secours ! Je suis verte comme c’est pas permis, plus verte même que ne l’est mon compagnon Converse !

Anne

Ce jour était à marquer d’une pierre blanche. Mon boss m’avait laissée partir plus tôt : « C’est vendredi, il fait chaud, rentrez chez vous ». Les enfants étaient en vacances chez leurs grands-parents, l’occasion était idéale. J’allais faire un saut chez Etam puis je passerai chez le traiteur du quartier. Un dîner aux chandelles, de nouveaux sous-vêtements, le message serait clair. J’allais enfin écouter les conseils des magazines féminins dont les couvertures me harcelaient depuis des mois : « Pimentez votre vie sexuelle », « Comment sortir de la routine ? », « Innovez au lit pour le bien de votre couple ! ».

Pêche

Autant dire que ça me restait en travers de la semelle. Il était hors de question que je passe ma soirée avec un porte-clés et une boîte de Tampax. Alors, quand Violaine a laissé tomber son sac sans ménagement sur le sol, j’ai pris mes jambes à mon talon et je me suis faufilée à l’extérieur.

Mais aucun Vert-bouteille à l’horizon ! Seulement un long couloir et des manteaux. Des manteaux de 44, aucun doute et des manteaux de femme, taille 38-40. Mais… Ce ne sont pas ceux de Violaine, j’en suis sure. Mince alors, que se passe-t-il ici ?!

Thomas

Le plaisir montait, c’était grandiose. Encore mieux que la dernière fois, ce qui paraissait pourtant impossible. J’allais jouir et gémir d’extase en même temps qu’elle. Heureusement qu’on n’avait pas de voisins car on aurait reçu une plainte du syndic. Une maison avec un petit jardin, un peu à l’écart de la route, le pied pour prendre son pied. Ce que j’aimais faire l’amour avec elle. J’étais insatiable. On n’entendait pas de voitures, seulement les cigales. D’ailleurs, c’est bizarre, on dirait qu’une voiture s’approche. Putain, ce que c’est bon. Je deviens parano, on a encore deux bonnes heures devant nous. Ca monte, ça vient, ça y est, je vais… « Merde !!! Rhabille-toi ! Putain mais qu’est-ce qu’elle fout là ? Vite !! Ton sac, la porte de derrière, merde, merde ! ».

Pêche

C’est ici, à cet instant que tout s’est terminé. J’ai vu passer un coup de vent brun : ses escarpins à la main, son sac dans l’autre, Violaine partait en courant. Elle ne s’est même pas rendue compte que son sac s’était allégé de la prunelle de ses yeux ! Je suis restée les nœuds ballants, à essayer de vociférer pour qu’elle m’entende, en vain. Elle m’avait abandonnée. Sans même s’en apercevoir. Sans un au-revoir. J’étais détruite. Moi qui pensais encore être bon pied, bon œillet, comme je me plaisais à le dire, j’étais arrivée à la dernière étape de ma vie : la déchetterie. Et je n’avais rien vu venir.

 

 

Anne

Un soutien-gorge en dentelle dans le sac, un poulet Tandori dans la glacière, les ingrédients d’une soirée réussie. Je me demandais quelle tête ferait Thomas. Je ne m’attendais pas à une mine déconfite, rougeaude et poisseuse. Je m’attendais à tout sauf à un mari en caleçon et en panique, répétant en boucle : « Mais comment ça se fait que tu sois déjà là ?! », le regard affolé. Jusqu’à ce que mes yeux se fixent sur une paire de chaussures couleur pêche, glissée sous le portemanteau. Mon sang n’a fait qu’un tour. Les cheveux noirs. C’était elle. La salope.

Pêche

La porte à peine refermée s’est ouverte sur une paire de tongs. Des tongs. Quelle idée ! Il faut vraiment n’avoir aucune estime pour ses pieds. Me voilà pointe à pointe avec des tongs. Portées par une furie. Il m’arrive de trouver Violaine colérique mais ce n’est rien face à l’hystérique qui a débarqué. J’ai été attrapée sans ménagement et, après un vol plané, j’ai atterri sur ce qui m’a tout l’air d’être la tête ahurie d’un 44.

J’aurais au moins une histoire originale à raconter à mes futures copines de la déchetterie.

Thomas

J’aurais préféré que ça se passe autrement, je ne me pardonnerai jamais la violence de cette scène. Bien sûr, je savais que ça pouvait arriver. Je me disais que ça m’obligerait à me battre pour sauver mon couple, que ça prendrait des années pour qu’on se reconstruise. Mais quand c’est arrivé, au lieu de m’effondrer, j’ai été soulagé. Je me sentais respirer pour la première fois depuis longtemps. C’était un signe. On allait pouvoir être heureux.

Je regrette d’avoir blessé Anne, de lui avoir menti. Mais je ne regrette pas d’aimer.

Les larmes de nos enfants avaient été le plus dur. Il avait fallu expliquer, écouter, parler, rassurer. Il avait fallu du temps.

Pêche

Ils auraient pu me mettre dans une vitrine au milieu du salon, entourée de petites lumières qui mettraient mon teint en valeur. Visualise la scène. Et un petit écriteau : « Admirez ici celle sans laquelle notre amour n’aurait jamais pu s’épanouir ». Ou, au minimum : « Avec notre reconnaissance éternelle ». Arrête de rire sous tes lacets, Vert-Bouteille, tu sais bien que je leur ai sauvé la mise à tous les deux ! Ton maître n’était pas foutu de prendre une décision avec ses deux pieds dans le même sabot ! Sans moi, leurs petites affaires auraient pu durer des années. Et puis, c’est moi qui ai dû encaisser un atterrissage forcé sur les lunettes de 44, je te rappelle ! Enfin, ils ne sont pas complètement ingrats quand même, je suis devenu le symbole de leur amour… Tout le monde ne peut pas en dire autant ! Quand tu seras troué, tu finiras à la déchetterie, comme les autres ! Alors que moi, je n’irai jamais.

Anne

Ce que ça avait été dur. J’avais cru que je ne réussirais jamais à remonter la pente. Que je ne referais plus jamais confiance. Que ma vie était foutue.

Ce qui m’avait le plus humiliée était qu’il ne se batte même pas pour me récupérer. Certes, je l’aurais envoyé sur les roses mais ça aurait fait du bien à mon égo si esquinté. Mais non, au lieu de ça, il m’avait annoncé d’emblée qu’il me quittait. Le comble ! Il m’avait privé du seul plaisir qu’il me restait : l’envoyer paître.

Maintenant, je devais avouer qu’avoir découvert le pot aux roses, ou plutôt les chaussures pêches, était la meilleure chose qui pouvait nous arriver. On ne l’aurait jamais reconnu mais la passion avait déserté notre couple depuis bien trop longtemps pour être ravivée. Ses caresses étaient devenues des intrusions, réduisant notre vie commune à un quotidien partagé et à des obligations filiales. J’étais trop jeune pour ne plus aimer et être aimée.

Thomas et Violaine

Putain, le bonheur.

Pêche

Ou alors, m’ériger une statue. Au moins, un agrandissement de moi sur le mur du salon ! Merde, un geste, quoi ! Mais non, rien, ils n’avaient rien fait pour moi, ces petits ingrats. Je pensais, agacée, que jusqu’au bout, il y aurait eu des imprévus dans cette histoire.

 

Anne

J’ai retrouvé quelqu’un. Quelle laide formulation pour dire que mon cœur vibre, que j’ai un sourire béat et que mes nuits sont épuisantes… Surtout un week-end sur deux! Je n’aurais jamais cru ça possible mais je suis heureuse, épanouie. Il m’a fallu un an pour que je me reconstruise, pour que je relève la tête… et croise le regard d’un homme exceptionnel.

C’était vraiment une histoire incroyable : j’avais attendu des mois qu’on daigne s’intéresser à moi…

36 Comments

  1. On retrouve bien la patte et l’originalité d’Ariane!!! avec plaisir encore. Il y a déjà toute une histoire dans ce texte, donc j’ai hâte de voir la suite. Finalement, par contre, y’a pas tant que ça de « décor » posé ( ou j’ai mal interprété la consigne de Gaëlle). Et les expressions en rapport sont sympas et font sourire ( mais tout comme ton texte de départ sur l’électro ménager, la redondance de ces figures de style ME fait un peu perdre leur impact et leur originalité)

  2. En effet, j’avoue avoir pris des libertés par rapport à l’intitulé de Gaëlle, d’où ma crainte de « hors sujet ». J’ai gardé l’idée de poser un cadre, une ambiance mais sans passer par la description forcément (si ce n’est qu’une chaussure, c’est de la description? non? z’êtes surs?!). Il y a en effet le début d’une histoire (argh que c’est dur pour moi de ne pas aller trop vite!).
    Il ressemble en effet à mon texte sur l’électroménager, je me suis fait la remarque… J’ai essayé d’être raisonnable concernant les figures de style mais je devrai peut-être l’être davantage!

  3. ou alors le cadre posé n’est pas un lieu ou une ambiance mais le fait que le point de vue de l’histoire sera celui d’une paire de chaussures (qui a d’ailleurs du caractère !). C’est très original en tout cas !

  4. J’adore l’idée et j’ai aussi bien hate de lire la suite.
    Je n’ai pas lu le fameux texte sur l’électroménager 🙂 mais effectivement j’aurais bien enlevé certaines expressions meme si la plupart sont bien trouvées / placées

  5. Gaëlle Pingault

    19 juillet 2016 at 18 h 05 min

    Hâââââââte de voir comment tu vas jongler avec ce texte ensuite, Ariane! Effectivement, il pourrait presque se suffire à lui-même, c’est presque un texte « classique » d’atelier. Et pourtant, il y a des ouvertures… (mais bien malin, ici, qui peut dire comment tu t’en saisiras 😉 ). On retrouve effectivement ton plaisir à jongler avec la personnalisation d’un objet (et du coup, le plaisir que l’on a à embarquer là-dedans). Et je rejoins les autres avis sur le fait d’alléger un peu les expressions imagées que tu emploies. Il faut que ça reste de la dentelle, si ça devient du systématique, ça fait « procédé technique » au lieu de faire « espièglerie d’auteur ».

  6. You’re right, je m’attèle de ce pas à une version plus allégée :-)!
    Pendant que j’y suis, est-ce qu’il serait intéressant que je colle davantage à l’intitulé et que je sois plus dans la description de l’environnement, notamment ?
    J’ai des ouvertures / une suite en tête bien sûr, à voir si c’est réalisable selon la suite de l’atelier ;-)!

  7. Gaëlle Pingault

    19 juillet 2016 at 22 h 35 min

    Oui, ça peut être intéressant que tu tentes de « revenir » davantage à l’environnement… Ne serait-ce que pour essayer de ne pas trop « tordre » la suite afin de faire « rentrer » ton texte dans ma proposition (c’est le risque si on a d’emblée une idée de déroulement, et ça peut perdre en richesse, en amusement, toute cette sorte de choses), et laisser la place, si ça se trouve, à un truc auquel tu n’as même pas encore pensé… Mais c’est toi qui vois, tu peux aussi tenter des petites choses et les garder sous le coude, au besoin, si tu en as besoin vendredi prochain quand je donnerai la proposition suivante.

  8. Toujours sympa de Ariane ! je crois que j’aime ta légèreté d’écriture, et du coup l’originalité, alors pour le « hors sujet », le talent passe la caravane aboie…

  9. Alors comme toujours j’aime comme tu écris !!! Par contre, j’ai eu beaucoup plus de mal que d’habitude à rentrer dans ton texte. Peut être du fait des expressions imagées que j’allègerai aussi, du fait également que cela me rappelait le texte sur l’électroménager, et aussi du fait que cela m’a renvoyé au texte que j’avais fait sur les chaussures également (bien que totalement différent, je ne pouvais m’empêcher d’avoir mes images de l’époque qui venaient parasiter ce que je lisais).
    J’ai hâte de voir comment tu vas pouvoir le faire évoluer !!

  10. Gaëlle Pingault

    20 juillet 2016 at 21 h 03 min

    J’aime bien cette formule 😉 (de toute façon, on est bien d’accord, le hors sujet, en atelier d’écriture, on s’en fout un peu quand même…)

  11. Merci Laurent, ton expression me touche!
    C’est vrai Groux que tu m’avais fait lire ton texte sur les chaussures mais je ne m’en souviens plus… Faudra que tu me le refasses lire (mais après l’atelier sinon ça risque de m’influencer^^). Mince, ça m’embête que tu aies eu du mal à rentrer dedans :-s.

    Je vous propose une 2ème version, plus descriptive, plus allégée niveau expressions et plus courte (mais je garde sous le coude le reste, bien sûr, on verra ce que je peux intégrer dans les prochaines propositions!), en espérant bénéficier de vos éclairages :-). J’aime moins cette version mais elle correspond plus à l’intitulé et est plus ouverte pour la suite…

    C’était d’un classique affligeant : un sol en PVC blanc cassé pour faire le ménage en un tour de main. Des néons par rangées entières, à en être ébloui. Parait que ça n’abime pas le teint de notre peau, contrairement à la lumière du jour. Je demande à voir l’étude qui le prouve. Ah ah, comme si notre sort intéressait les scientifiques ! Une clim poussée à fond l’été, un chauffage à faire cuire un œuf l’hiver. Des fauteuils, des coussins et même un canapé. Le but est que les clients se sentent comme chez eux. La blague. Je suis sure que chez eux, y’a personne pour les harceler toutes les deux minutes : « Qu’est-ce que je peux faire pour vous aider ? ». Dé-nasiller ta voix insupportable, pour commencer ! Des rayonnages à perte de vue, pour y disposer un millier de concurrentes. Moi, j’avais plutôt une bonne place, dans un rayon du couloir principal et près de l’entrée. Quand un client arrivait, je pouvais sentir les odeurs de la rue : le béton, les pots d’échappement, le goudron, la pollution… Que du bonheur !

    Mes voisines avaient bien moins de classe. Il y avait la sportive à ma gauche, la ballerine à ma droite mais aucune n’avait ma douceur et mon teint de pêche unique. En toute objectivité, c’est moi qui avais les plus belles courbes. Cela générait quelques problèmes de voisinage : elles me jalousaient toutes, de vraies gamines. Elles me cassaient les pieds toute la journée et réclamaient ensuite qu’on les change de place. Soi-disant que je leur faisais de l’ombre. C’est vrai que j’étais essayée, admirée, complimentée… Mais rien à faire, personne n’avait osé sauter le pas et j’avais attendu des jours qu’on daigne s’intéresser à moi. Je me voyais déjà contrainte à attendre la prochaine démarque.

    Ma voisine sportive du dimanche racontait à qui voulait l’entendre (et même à celles qui ne voulaient pas) qu’elle avait vécu en Chine. Elle me disait que je ne connaissais rien à la vie car je n’avais jamais franchi de frontières. Et quand je prônais le « Made in France », elle m’accusait d’être populiste. Sauf que cette peste a été choisie, elle. C’était à croire que personne n’en avait rien à cirer qu’elle ait été fabriquée par des gamins de dix ans. Alors que moi, la plus belle de toutes, en cuir véritable, cousue main dans les plus beaux ateliers parisiens, je me contentais de guetter les passants, tout en haut de ma pile.

    Heureusement, Violaine est arrivée et elle m’a adoptée. Dès que je l’ai vue entrer dans la boutique, je me suis sentie observée sous toutes les coutures. C’est ici, à cet instant, que tout a commencé. Violaine, ce serait mon rayon de soleil. Violaine était belle, Violaine était sexy, Violaine était intelligente. Je ne laissais personne dire du mal d’elle. Violaine m’emmenait partout : à son travail, dans les plus grands restaurants, même danser jusqu’au bout de la nuit. Et je le lui rendais bien : jamais une entorse, jamais une égratignure. Elle m’évitait les nids-de-poule et je prenais soin de son vernis, on faisait la paire. Avec elle, j’ai découvert de nouveaux horizons : parquet, tapis, herbe, goudron, terre, moquette, lino, pierre, béton, tissu, le monde n’avait plus de secret pour moi.

    Malheureusement, Violaine ne trouvait pas chaussure à son pied. Faut dire que personne ne lui arrivait à la cheville.

  12. je pense que je prefere la premiere version. J’avais hate de lire la suite des aventures de la chaussure fugueuse.
    J’etais de l’avis de Pilly, pour moi le cadre etait le point de vue de la chaussure, donc je ne trouvais pas si grave de ne pas parfaitement coller a la proposition de Gaelle
    c’est sur que tu as plus de marge de manoeuvre en termes de suite avec cette deuxieme version mais.. je pense que j’aurai bcp aime cette version si je n’avais pas lu la premiere avant !

  13. Gaëlle Pingault

    22 juillet 2016 at 8 h 25 min

    C’est chouette, cette deuxième version, Ariane, parce qu’effectivement, tu as orienté le texte un peu différemment. Moi j’aime bien les deux (effectivement, la première a plus de personnalité et de pep’s quand on ne lit que ce texte là, mais comme il est amené à évoluer… Va savoir). Sans doute que tu pourras choisir laquelle tu gardes, ou faire un mix des deux, en fonction de comment tu veux poursuivre ton texte ce WE!

  14. Merci pour vos nouveaux avis, on est d’accord que la 1ère version est plus « entraînante » et la 2ème moins risquée… « Les aventures de la chaussure fugueuse » j’aime bien :-)!
    Cool, merci pour ta proposition Gaëlle de choisir ma version selon ta proposition de ce soir, proposition qui convient très bien à mon tempérament de tricheuse^^!
    J’ai hâte!!!

  15. Tu nous as bien eus 🙂 On attendait la suite – je voyais deja Peche faire de l’auto stop… – et finalement on a le point de vue de Thomas ! J’aime bcp le « focus cheveux » que tu as choisi, c’est mignon, romantique, joyeux, ton texte m’a donne le sourire

  16. je crois que j’avais le sourire pendant toute la lecture de ton texte Ariane! je trouve que tu lui as trouvé un bel écrin, avec ce point de vue masculin, les expressions allégés. Le tempo est nickel, on s’attache aux personnages, et on a envie de mieux les connaître

  17. Gaëlle Pingault

    26 juillet 2016 at 18 h 02 min

    Bravo pour cette pirouette qui te permet d’ouvrir le champ, Ariane! Comme quoi, même quand on se dit qu’un texte pourrait se suffire à lui-même, il est toujours possible de rebondir! Il me plaît bien, ton Thomas, et puis il parvient fort bien à nous la rendre plus qu’attachante, incontournable, sa Violaine, via ses boucles brunes…

  18. Toujours ce style léger agréable à lire. Amener l’histoire par la chaussure c’est parfait pour une « nouvelle ». Cependant, chère Ariane, je trouve l’histoire d’amour un peu « lisse » pour le moment…

  19. Je rejoins les commentaires précédents. J’ai aimé être surprise que la deuxième partie soit racontée par Thomas, c’est très intéressant ce changement de point de vue. Mais qui va raconter la troisième partie ?? ah ah ? Et surtout, cette partie sera-t-elle moins pudibonde 😉 ?

  20. Belle idee que de basculer sur le point de vue de Thomas. Et le fait de la connaître par le point de vue des chaussures et par le point de vue de Thomas la rend attachante. À voir où cette histoire va nous, va les mener !

  21. Gaëlle Pingault

    28 juillet 2016 at 17 h 26 min

    Je suis d’accord avec toi, Laurent. Mais je compte sur Ariane, qui n’est pas à un retournement près, pour nous amener un peu d’imprévu là-dedans.

  22. Merci à tous pour vos commentaires!
    Je suis d’accord que c’est un peu plat (un comble pour une chaussure à talons^^. Ok, je sors!), je crois que, contrairement à tous les autres textes, je n’ai pas réussi pour l’instant à sortir du style narratif d’une nouvelle. La preuve que cet atelier est un bon exercice !
    Pour le puribonde Pilly, je retenterai peut-être ce we mais je ne suis pas sure d’y arriver ;-)!

  23. J’apprécie de plus en plus ton texte Ariane et ton écriture pétillante. J’adore « L’homme parfait. A un anneau près ». Tu as l’art de décrire en peu de mots, bravo ! Et très chouette aussi d’avoir la vision de la femme trompée. J’aime beaucoup les histoires avec différents points de vue qui se croisent. La suite, la suite !!!!

  24. Wahou, la montée crescendo de ton texte !!! J’en avais le cœur battant ! J’aime beaucoup tous ces mélanges de sentiments, de points de vue même si je ne peux m’empêcher d’être triste pour Anne. Mais tu arrives, d’une situation moche, à rendre les personnages attachants. Et de finir sur les pensées des chaussures donne un clin d’œil que j’aime beaucoup, remet les choses dans une autre réalité et ça m’a plu !

  25. Gaëlle Pingault

    3 août 2016 at 9 h 40 min

    Aaaaahhhh, j’ai eu peur que tu ne reviennes pas à « pêche », mais ouf, tu y es revenue! 😉

    ça me semblerait intéressant, d’ailleurs, que tu y reviennes un peu plus en cours de route: elle reste ton leitmotiv de narration du départ, j’aurais dans l’idée que le conserver serait une bonne chose (c’est original et puis ça permet d’introduire dans la narration des détails éventuellement saugrenus qui sont difficile à y faire rentrer autrement et qui ont un vrai charme). Garder « pêche » comme un repère, qui revient, quitte à ne lui faire dire qu’une phrase ou deux, serait à mon avis un truc intéressant.

    Sinon, bravo: tu disais au départ que tu trouvais ton texte déjà presque « verrouillé », que tu avais du mal à envisager des suites possibles: je rigole, je rigole… 😉 . Ne jamais sous-estimer sa propre créativité et sa propre capacité à rebondir!

  26. C’est bien de lâcher les chevaux Ariane, car c’est très chouette à lire ! Curieux de voir le dernier « chapitre »….

  27. Tu as raison Gaëlle, je vais essayer de faire un peu plus intervenir Pêche pour la dernière version (mais j’aimais bien aussi l’idée des paragraphes dont les longueurs rétrécissent progressivement pour faire monter le stress et pas sure que j’y arrive avec Pêche ;-))!
    En effet Gaëlle, ma 1ère version racontait toute mon intrigue par le biais de Pêche, en 6000-7000 caractères je pense. La pirouette de changement de narrateur m’a permis de tenir la distance^^!

  28. Gaëlle Pingault

    4 août 2016 at 12 h 54 min

    Oui, c’est une bonne idée de « réduire » les paragraphes, mais je crois que même avec Pêche, tu peux y arriver ^^

  29. Bon, j’ai juste réorganisé les paragraphes (Ariane-flemmarde^^) pour qu’il y ait 3 passages avec Pêche (contre 2 dans la version actuelle) tout en gardant l’idée des paragraphes de plus en plus courts. Est-ce que ça conviendrait ou vous pensez qu’il faudrait des interventions plus régulières / nombreuses de Pêche? Merci!!

    Pêche
    J’avais attendu des jours qu’on daigne s’intéresser à moi. Pourtant, en toute objectivité, c’est moi qui avais les plus belles courbes. Mes voisines avaient bien moins de classe. Il y avait la sportive à ma gauche, la ballerine à ma droite mais aucune n’avait ma douceur et mon teint de pêche unique. Cela générait quelques problèmes de voisinage : elles me jalousaient toutes, de vraies gamines. Elles me cassaient les pieds toute la journée et réclamaient ensuite qu’on les change de place. Soi-disant que je leur faisais de l’ombre. C’est vrai que j’étais essayée, admirée, complimentée… Mais rien à faire, personne n’avait osé sauter le pas et je me voyais déjà contrainte à attendre la prochaine démarque.
    Ma voisine sportive du dimanche racontait à qui voulait l’entendre (et même à celles qui ne voulaient pas) qu’elle avait vécu en Chine. Elle me disait que je ne connaissais rien à la vie car je n’avais jamais franchi de frontières. Et quand je prônais le « Made in France », elle m’accusait d’être populiste. Sauf que cette peste avait été choisie, elle. C’était à croire que personne n’en avait rien à cirer qu’elle ait été fabriquée par des gamins de dix ans. Alors que moi, la plus belle de toutes, en cuir véritable, cousue main dans les plus beaux ateliers parisiens, je me contentais de guetter les passants, tout en haut de ma pile.
    Heureusement, Violaine est arrivée et m’a adoptée. Dès que je l’ai vue entrer dans la boutique, je me suis sentie observée sous toutes les coutures. C’est ici, à cet instant, que tout a commencé. Violaine, ce serait mon rayon de soleil. Violaine était belle, Violaine était sexy, Violaine était intelligente. Violaine m’emmenait partout : à son travail, dans les plus grands restaurants, même danser jusqu’au bout de la nuit. Et je le lui rendais bien : jamais une entorse, jamais une égratignure. Elle m’évitait les nids-de-poule et je prenais soin de son vernis, on faisait la paire.
    Malheureusement, Violaine n’avait pas encore trouvé chaussure à son pied. Et puis, un jour, boum, je me suis retrouvée face à des 44. Souvent des Converses. Pas trop désagréable comme compagnie : une belle ligne, originale, juste ce qu’il faut de confort, peu narcissique. Et Violaine s’est épanouie, elle s’est mise à acheter des robes de princesse et des sous-vêtements affriolants, à me faire courir quand elle était en retard, à sauter dans les flaques comme une petite fille. Forcément, j’ai pris quelques coups, faut dire, je n’étais plus toute jeune. Mais j’étais devenue son porte-bonheur, une histoire de pêché, je crois. Je me suis fait des amis parmi les Converses, une paire vert-bouteille notamment. On se retrouvait après le travail, parfois à des heures improbables, au milieu de la nuit ou le dimanche à 10h. Les lacets des Converses volaient dans tous les sens et on se tenait compagnie. Avec Vert-bouteille, on prenait notre pied à refaire le monde. Un monde entièrement bétonné, peuplé uniquement de fauteuils roulants. C’était notre rêve à toutes : garder au chaud des pieds inanimés qui jamais ne nous maltraitent.

    Thomas
    La fameuse crise de la quarantaine. Merde, je ne l’avais pas vu venir, celle-là. On fait une crise de la quarantaine à 40 ans, pas à 42, non ?
    Putain de cheveux. C’était leur faute, j’en étais convaincu. Moi, qui n’avais toujours connu qu’une blonde, j’avais vu débarquer une brune avec des cheveux frisés. Tellement foncés qu’ils reflètent la lumière, ça m’avait captivé. Elle portait des petites chaussures avec un gros nœud, couleur pêche. Jolies mais du genre que tout le monde n’assume pas. Comme quand je porte mes Converse au boulot, certains trouvent ça décalé. J’ai désigné ses chaussures, lui ai dit que c’était son péché mignon. C’était pourri comme blague. Mais elle avait ri. Un rire franc, spontané. Et quand elle rit, elle incline sa tête en arrière et ses cheveux ondulent comme une cascade. C’est ici, à cet instant que tout a commencé. Je m’étais surpris à penser que j’avais envie de passer ma journée à la faire rire, pour voir plein de cascades. On avait discuté, elle m’avait surpris, m’avait amusé. Je lui avais proposé de boire un verre, elle avait piqué un fard. Je ne voyais pas le problème, j’ai plein d’amies avec qui je vais boire des coups. Mais mon cœur s’était emballé. Et elle avait touché ses cheveux, emberlificotant une mèche entre ses doigts, comme une ado. J’avais pensé à elle toute la journée. Et je n’avais jamais arrêté.
    Violaine, c’est le jour quand on ne connaissait que la nuit. Une tartine de Nutella à la place d’une pomme. Une journée de soleil après un mois de pluie. La découverte du chocolat. Vio, c’est la chaleur d’un feu de cheminée, c’est l’exotisme, des rires aux éclats et des cheveux en cascade.
    Quand ses cheveux faisaient la cascade, ça me donnait envie me baigner avec elle. Quand elle serrait son élastique, je m’imaginais la serrer dans mes bras. Quand elle les enroulait autour de ses doigts, je brûlais de m’enrouler dans ses draps. Quand elle marchait et qu’ils rebondissaient, je rêvais de rebondir sur son matelas. Quand elle les touchait, j’aspirais à me transformer en un cheveu, un cheveu noir.
    Mais je m’étais engagé, vingt ans plus tôt et j’étais du genre à respecter mes engagements. Famille catho, tout ça, tout ça. Vingt ans et pas de prescription sur ce type de contrat. Et surtout, j’avais trois enfants, trois rayons de soleil. Trois enfants blonds, comme leur mère.
    J’adorais quand elle était en retard. Elle courrait pour me rejoindre et arrivait avec un sourire désolé, en sueur. Alors, je sentais son impatience. Et son odeur. Je rêvais de la faire transpirer d’amour. Parfois, je retrouvais un cheveu après son départ, noir, épais. Et je le gardais précieusement, comme un doudou, en attendant la prochaine fois où je pourrai la voir. Je le respirais pour m’emplir de son odeur. Je jouais avec pour avoir l’illusion de promener mes doigts dans sa chevelure. Promener mes doigts, caresser ses cheveux, les glisser derrière son oreille, empoigner sa nuque et… J’étais accro, complètement camé. Accro à la Brune, sans filtre.
    Noir, c’est la couleur du café, c’est une couleur qui réchauffe. La couleur du Coca. Une couleur qui a du pep’s.
    J’ai fini par craquer, évidemment. Sauf que ça ne m’a pas guéri, bien au contraire. J’ai besoin de ma dose et je n’en ai jamais assez. J’ai tout à redécouvrir. Tout est nouveau avec elle, j’ai l’impression de recouvrer la vue, le goût, l’odorat, l’ouïe… et le toucher. Mon Dieu, ce que sa peau mate et douce, si douce me rend dingue. Je peux passer mes journées à la caresser, à l’enlacer…
    Je me lève Vio, je mange Vio, je bosse Vio, je m’endors Vio, je rêve Vio. Découvrir l’amour une fois passé la moitié de sa vie, c’est fou. Je suis fou. Je suis fou d’elle. Ma Brune de folie.

    Violaine
    J’étais tombée amoureuse dès que je l’avais vu. Charmant, drôle, attentionné et tellement sensible. L’homme parfait. A un anneau près. Putain d’annulaire. J’avais résisté du mieux que j’avais pu. J’avais multiplié les rencontres, m’inscrivant à des sites tous azimuts. Mais, à chaque fois que je faisais l’amour, c’était à lui que je pensais. Un quadra. C’était tellement cliché.
    Et puis, un jour, il m’avait embrassée. Je ne m’y attendais pas, ça faisait longtemps qu’on se voilait la face. C’est ici, à cet instant que tout a commencé. Avant même que je n’ai eu le temps de réaliser ce qui m’arrivait, ma culotte était aussi trempée que nos lèvres. Ses doigts étaient tellement doués que j’occultais son annulaire. Je découvrais mon corps et à quel point on pouvait être raccord à deux.
    Evidemment, tout n’était pas simple et les jours sans lui loin d’être roses. On avait choisi un sentier qui allait droit dans le mur. Mais le chemin était grandiose. Et, de toute façon, je ne pouvais plus me passer de lui.

    Anne
    Après pas mal d’incertitudes, il était devenu évident que tout ceci finirait mal.
    Un jour, elle l’avait surpris jouant avec un cheveu entre ses doigts. Un cheveu noir alors qu’il n’y a que des blonds à la maison et que la femme de ménage est rousse. Thomas était sur le canapé, entremêlant le cheveu entre ses doigts, le passant sous son nez, le regard dans le vide et un petit sourire rêveur aux lèvres. C’est ici, à cet instant que tout a commencé. Depuis, elle s’était mise à voir des cheveux noirs partout : dans la douche, dans la chambre d’amis, dans la voiture, jusque dans leur lit! Alors forcément, elle s’était mise à psychoter : Thomas était pendu à son téléphone jour et nuit, tournait l’écran quand elle s’approchait, se réjouissait quand elle partait en déplacement, s’achetait de nouveaux caleçons… Elle n’était plus tout jeune, ses seins commençaient à découvrir la pesanteur, son ventre était marqué par trois grossesses et leurs nuits par trois bambins plein d’énergie. Il était loin le temps des repas en tête à tête, des nuits romantiques et des découvertes sexuelles. Ça faisait longtemps que faire l’amour était devenu une corvée hebdomadaire supplémentaire. Position horizontale, on abrège notre devoir conjugal et on gagne le droit de dormir. Le désir avait laissé place aux habitudes. Mais de là à la tromper, quand même… Alors, elle s’était convaincue qu’elle imaginait des choses et qu’il y avait une explication rationnelle à ces putains de cheveux noirs. Et sa vie avait continué, faisant taire la petite voix dans sa tête.

    Pêche
    Aujourd’hui, Violaine a mis sa plus belle robe et chante sous la douche. Il faudrait être idiot pour ne pas deviner le programme de sa journée. Alors, quand elle a enfilé ses escarpins, j’ai cru que mon cuir allait s’arrêter de battre. Heureusement, elle sait que ses escarpins lui font des ampoules terribles et elle m’a quand même embarquée… dans son sac à main ! Moi, son porte-bonheur, sa compagne préférée, me voilà reléguée au rang de vulgaire roue de secours ! Je suis verte comme c’est pas permis, plus verte même que ne l’est mon compagnon Converse !
    Autant dire que ça me restait en travers de la semelle. Il était hors de question que je passe ma soirée avec un porte-clés et une boîte de Tampax. Alors, quand Violaine a laissé tomber son sac sans ménagement sur le sol, j’ai pris mes jambes à mon talon et je me suis faufilée à l’extérieur.
    Mais aucun Vert-bouteille à l’horizon ! Seulement un long couloir et des manteaux. Des manteaux de 44, aucun doute et des manteaux de femme, taille 38-40. Mais… Ce ne sont pas ceux de Violaine, j’en suis sure. Mince alors, que se passe-t-il ici ?!

    Anne
    Ce jour était à marquer d’une pierre blanche. Son boss l’avait laissée partir plus tôt : « C’est vendredi, il fait chaud, rentrez chez vous ». Les enfants étaient en vacances chez leurs grands-parents, l’occasion était idéale. Elle allait faire un saut chez Etam puis elle passerait chez le traiteur du quartier. Un dîner aux chandelles, de nouveaux sous-vêtements, le message serait clair. Elle allait enfin écouter les conseils des magazines féminins dont les couvertures la harcelaient depuis des mois : « Pimentez votre vie sexuelle », « Comment sortir de la routine ? », « Innovez au lit pour le bien de votre couple ! ».

    Thomas
    Le plaisir montait, c’était grandiose. Encore mieux que la dernière fois, ce qui paraissait pourtant impossible. J’allais jouir et gémir d’extase en même temps qu’elle. Heureusement qu’on n’avait pas de voisins car on aurait reçu une plainte du syndic. Une maison avec un petit jardin, un peu à l’écart de la route, le pied pour prendre son pied. Ce que j’aimais faire l’amour avec elle. J’étais insatiable. On n’entendait pas de voitures, seulement les cigales. D’ailleurs, c’est bizarre, on dirait qu’une voiture s’approche. Putain, ce que c’est bon. Je deviens parano, on a encore deux bonnes heures devant nous. Ca monte, ça vient, ça y est, je vais… « Merde !!! Rhabille-toi ! Putain mais qu’est-ce qu’elle fout là ? Vite !! Ton sac, la porte de derrière, merde, merde ! ».

    Pêche
    C’est ici, à cet instant que tout s’est terminé. J’ai vu passer un coup de vent brun : ses escarpins à la main, son sac dans l’autre, Violaine partait en courant. Elle ne s’est même pas rendue compte que son sac s’était allégé de la prunelle de ses yeux ! Je suis restée les nœuds ballants, à essayer de vociférer pour qu’elle m’entende, en vain. Elle m’avait abandonnée. Sans même s’en apercevoir. Sans un au-revoir. J’étais détruite. Moi qui pensais encore être bon pied, bon œillet, comme je me plaisais à le dire, j’étais arrivée à la dernière étape de ma vie : la déchetterie. Et je n’avais rien vu venir.

  30. Gaëlle Pingault

    5 août 2016 at 8 h 54 min

    Je trouve que ça va tout à fait dans le bon sens, Ariane! Petit détail quand même parce que j’ai éclaté de rire: « Aujourd’hui, Violaine a mis sa plus belle robe et chante sous la douche », y’a un ch’ti problème de chronologie, je pense (Je l’ai imaginée en train de se doucher toute habillée, c’était fun, mais je ne pense pas que c’était ça que tu voulais évoquer comme image 😉 )

  31. Ah oui en effet, merci Gaëlle, bien vu ;-)!

  32. Gaëlle Pingault

    10 août 2016 at 16 h 11 min

    Bonbonbon, il est très chouette, au finish, ton texte, Ariane, pour quelqu’un qui imaginait que tout était dit dès la première étape de l’atelier… 😉 . Mais j’ai un petit regret quand même, je trouve ta fin un peu convenue, un peu « plan plan », tout le monde se remet, vit heureux, et tout et tout, ça me semble manquer un poil de relief par rapport à la tonalité de ton texte. J’aime en revanche beaucoup le côté un peu mégalo de Pêche sur la fin, et ça me semblerait une piste possible, accentuer ça. Et puis il m’est aussi venu l’idée que l’on ne savait rien des chaussures d’Anne, et je me disais que ça serait aussi une piste possible pour boucler plus originalement le texte… A réfléchir.

  33. J’aime le passage d’un personnage à un autre, le rythme différent et l’énergie que ça donne au texte. J’adore les pensées de Pêche ! La fin fait effectivement peut être trop happy end mais casse justement le côté moche de l’infidélité. En tout cas, j’ai eu beaucoup de plaisir à te lire !!!

  34. Ah sacrée Pêche ! Elle la ramène toujours à elle ! Sacrée personnalité cette paire de chaussures ! Moi j’aime bien les happy end 😉

  35. Moi aussi fan de Pêche ! Et du rythme et de l humour de ce texte

  36. Je ne suis pas très contente de ma fin mais je n’aurai malheureusement pas le temps de reprendre mon texte cette semaine (c’est déjà galère de trouver du temps pour commenter ;-)). Ravie que Pêche vous ait plu en tout cas et j’aime bien l’idée de Gaëlle de partir sur les chaussures d’Anne… Je me dis maintenant que j’aurais pu raconter toute l’histoire qu’avec des chaussures en narrateurs ;-)! Argh, quel dommage que je n’ai pas de temps !

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