La proposition d’écriture pour ce premier atelier de novembre est particulière. D’abord, elle est matrimoniale, puisqu’il s’agit, comme vous allez le découvrir ci-dessous, de répondre à des petites annonces. Ensuite, elle est, comme les bans publiés en avance, connue depuis plusieurs jours par les intéressé(e)s cobayes ; lesquels pour le rendu de leur texte le 9 novembre auront donc exceptionnellement disposé d’une semaine d’écriture supplémentaire. Ensuite, en fonction des résultats de cet atelier bien différent de l’ordinaire, comme je l’expliquais >  ici, je vais probablement l’instaurer en atelier permanent dans le projet de construire au fil du temps un ouvrage collectif.

Voici donc qu’elle a été la proposition d’écriture pour ce premier atelier de novembre :
Il se passe que je suis propriétaire d’un recueil de centaines d’annonces matrimoniales, courant de 1885 à 1989. Il y a des annonces classiques, d’autres insolites, d’autres incroyables, d’autres affreuses ou cyniques, d’autres tendres, d’autres farfelues… Certaines très courtes, d’autres longues et détaillées.
J’ai donc proposé aux huit participants  :

• De choisir s’il voulaient écrire à partir d’une annonce passée par un homme ou par une femme (à savoir que les plus anciennes annonces pour les femmes étaient passées par les familles. La première annonce passée par une femme elle-même remontant à août 1898).

Puis,

• De choisir de quelle année serait cette annonce.

Ensuite, chaque participant(e) a le choix pour traiter son annonce :

• Soit écrire en incarnant le personnage qui répond à l’annonce (âge, situation, époque) : écrire une lettre, en somme, adressée au « journal qui transmettra ». Sachant que toute lettre, si elle est bien élaborée, en révèle beaucoup sur la personne.

• Soit de raconter la rencontre entre les deux personnes à la suite de l’annonce, ou de raconter un moment de leur vie ensemble après s’être unis : bref, écrire une nouvelle.

• Soit de raconter un moment de la vie de la personne qui a passé l’annonce, ou de la personne qui y répond  : bref, écrire une nouvelle.

Pour les participants de l’atelier cela suppose donc et au moins d’incarner le personnage, de se projeter à l’époque choisie et d’en montrer au moins un signe (écho de l’actualité, objet, mode vestimentaire, code social…).

En fonction de leurs demandes (homme/femme ; année de l’annonce), les participants ont donc reçu chacun(e) leur proposition d’écriture personnelle  :

Mélanie / Septembre 1984 = « Poète, peintre, musicien en puissance, ex-licencié parachutisme, Français, chrétien, 38 ans, sans fortune, aidera à grandir celle la seule de 30-40 ans (aristocrate européenne) que son Amour grandira. Hâte-toi de me connaître. Je suis Espace et Temps et Devenir. »

Trados / Juillet 1922 = « Vicomte français, 25 ans, bien généralement, sans fortune, parents Russie sans nouvelles depuis 1916, recherche orpheline ou autre 18-24 ans, ayant forte situation. photo. »

Ktou18 / Février 1913 = « Excellent garçon, 25 ans, bien, famille honorable, espérance 16 000 francs, épouserait demoiselle avec tache ou veuve fortunée. »

[Des explications pour resituer ci-dessus :
« Bien » : c’est un bien immobilier ou foncier.
« Espérances » : un héritage attendu.
« Une tache » : un enfant sans père (cf : « fille-mère » ;  enfant dit « naturel ») ou au moins… une virginité déjà envolée. La tache étant alors un « déshonneur familial ».]

Khéa  / Juin 1951 = « Impulsive, loyale, très câline, sportive, instruction secondaire, dactylo, 22, 1m60 épouserait, seconderait de préférence colonial, intelligent et bon ».

ZU / Novembre 1898 (il y a juste 120 ans !) = « Célibataire rentier, 38 ans désire connaître célibataire, même âge, ayant rentes, pour vivre ensemble, frais communs. On ne s’ennuiera pas. Ecrire Léo, 10 avenue Victoria, Biarritz. »

Ariane  / Août 1948 = « Colonies. Divorcé 40 ans, 1,68m belle situation, avoir, physiquement bien, doux, sérieux, sobre, cherche compagne 26-40, sans enfant, aisée, idées larges, désireuse de rejoindre colonie proche, excellente santé, éducation, femme d’intérieur, soignée, réservée, intelligente, gaie, douce, caressante, affectueuse, 1,68 m environ, forte, potelée, peau satinée rose, jolie, bien faite, féminine, religion nationalité sans importance,. Vulgaire, autoritaire, commère s’abstenir. »

Sécotine / Juin 1901 : « Monsieur, 38 ans, propriétaire près de Toulouse, 70 000, épouserait demoiselle, veuve, apport 12 000 francs minimum, pouvant commander à servante, basse-cour, volaille, etc. Tolérerait tache. »
> « Une tache » : un enfant sans père (cf : « fille-mère » ;  enfant dit « naturel ») ou au moins… une virginité déjà envolée. La tache étant alors un « déshonneur familial ».

Melle47 / Août 1898  (première annonce publiée par une femme) = « Veuve, 85 000 francs, bien sous tous rapports, 50 ans (fils 12), désire mariage homme distingué, aisé, généreux. Pas d’intermédiaire. Écrire pour le 6, Mme Henery, poste restante, Chaville (Seine-et-Oise). »

L’idée de ce type de proposition d’écriture (que j’ai inventée, et déjà utilisée maintes fois en atelier « présentiel » un peu partout), semble séduire. En fonction du résultat de cet atelier (mais je n’ai ni doute, ni crainte… vues les plumes qui sévissent ici  ; je m’attends même à des textes bluffants), je vais le laisser ouvert de façon permanente, et à la carte… Il suffira de me demander une annonce pour s’intégrer dans le projet (via une modeste cotisation, car cela va me donner du boulot supplémentaire 🙂 )…
Tout cela au final permettra de réaliser un vaste ouvrage collectif de fiction dont le moindre des mérites sera de refaire vivre des gens, des passions, des peines, des drames, des espoirs, de bien belles choses en imagination… (Ouvrage que je tenterai de faire éditer ; j’ai ma petite idée). De plus, je pense que -du moins à ma connaissance-  un tel projet n’a pour l’heure pas connu de précédent.


Si vous ne voyez pas ci-dessus la vidéo d’un jeune couple en train de jouer (source : cc – Pexels video), alors vous voyez des mariés en baskets (NGDPhotoworks – cc – Pixabay). En dessous, c’est une photographie de mariage prise en France en 1931 (source : cc- Shorpy), et, dans le texte, une image de Robyn Russel qui s’est amusée à photographier un couple en mode mariage vintage 70ties.