Alors que je cherchais en ce week-end de Toussaint une idée de proposition d’écriture, je découvre dans une angle de plafond au dessus d’une porte menant sur le jardin une sorte de nid de coccinelles qui, agglutinées, ont l’air d’avoir décidé de passer résolument l’hiver en colocation hibernatoire. De fil en aiguille (la Toussaint, Halloween, les citrouilles, les sorcières et autres trucs fantastiques + des coccinelles ; allez savoir comment fonctionnent les associations d’idées), je me souviens de cette superstition (dont l’origine est obscure) qui veut que si une coccinelle se pose sur vous, il faut compter les points qu’elle a sur le dos afin de déterminer le nombre de mois de bonheur et de chance à venir. Par ailleurs, la croyance la plus connue dit aussi que, toujours si la coccinelle se pose sur vous, il fera beau dimanche ! Il se passe que cet été j’ai eu plusieurs fois des coccinelles qui se sont posées sur moi, mais pour autant juillet a été pourri (mais bon).

Main de mon fils sur la plage de la Bernerie-en-Retz (44) le dimanche 3 juillet 2011, il y a plus de dix ans, lors d’un incroyable et très impressionnant afflux soudain d’essaims de coccinelles tel qu’il fallait fermer la bouche et se protéger les yeux, que nombre d’endroits du boulevard sur le front de mer étaient recouverts de dizaines de milliers d’individus (le phénomène se reproduit régulièrement). On notera que mon fils a été assuré d’un paquet de mois de bonheur et qu’il a dû faire beau le dimanche suivant.

En cherchant j’ai trouvé d’autres histoires qu’on raconte sur la coccinelle qui remonte à des périodes pas vraiment datées : un homme, accusé d’avoir assassiné son patron est condamné à la décapitation. Il proteste en vain et avec véhémence. Au moment où le bourreau va abattre sa hache, il remarque une coccinelle posée sur le cou du pauvre homme. Il la retire délicatement, reprend sa hache et s’apprête de nouveau à infliger la sentence lorsqu’il aperçoit la coccinelle de nouveau située sur le cou du condamné. Le roi, présent comme à chaque exécution, y voit un signe divin et décide de gracier l’homme. Quelques jours plus tard, le vrai meurtrier aurait été découvert.
Bon, on en concluera que le roi depuis sa fenêtre avait une bonne vue et que derrière le masque du bourreau se cachait un cœur tendre et qu’il avait des doigts fins et délicats.
Une autre version, datant de la même époque toujours aussi précisément inconnue explique que : les pucerons ravageaient les récoltes, ce qui allait engendrer une grande période de famine. Désespérés, les fermiers se mirent à prier la Sainte-Vierge. Par la suite, des nuées de coccinelles atterrirent et dévorèrent les pucerons, ce qui sauva les récoltes. Les fermiers virent en cet événement une intervention divine.
La version moderne pourrait dire que les pesticides portent bonheur, mais rien n’est encore prouvé à ce stade : les laboratoires, selon par qui ils sont rémunérés, se disputent à ce propos. Sinon, on vend maintenant des coccinelles par correspondance et on peut suivre le colis ; ce que ne proposait pas la Sainte Vierge. On avance.

Non, la proposition d’écriture de ce mois-ci ne portera pas sur les coccinelles, mais sur les superstitions (> des explications wikipédiennes simples ici sur leur origine liées aux religion, ou la psychiatrie), voire accessoirement et pourquoi pas sur ce qu’on appelle la pensée magique).
La fleur au fusil, je me suis dit : « Je vais leur mettre une liste importantes de superstitions », et j’ai commencé à en accumuler comme ci-dessous (mais je ne sais pas si tout est exact ; je n’ai vérifié que pour les fenêtres de sorcières du Vermont. Hop, je copie-colle et raccourcit  :

•  En Chine, le chiffre 4 porte malheur. Cette superstition porte même un nom : la tétraphobie, c’est-à-dire la peur du chiffre 4. Là-bas, le mot « quatre » se prononce comme le mot « mort ». En conséquence, beaucoup d’immeubles n’ont pas de 4e étage.
• En Espagne, le mardi est maudit. Un dicton dit en effet « En martes, ni te cases ni te embarques », c’est-à-dire en français « il ne faut ni se marier ni voyager le mardi ». Cela s’explique par le fait que martès est dérivé de mars, un mot qui a la même racine que le diable.
• En Finlande, longue vie aux araignées ! : tuer une araignée est la garantie d’un jour pluvieux le lendemain.
• En Uruguay, il faut garder ses rêves pour soi :  lorsque l’on fait un cauchemar, il ne faut surtout pas le raconter avant d’avoir déjeuner. Sinon, il se réalisera !
• En Inde, prenez garde de bien choisir le jour de votre rendez-vous chez le coiffeur : beaucoup d’Indiens pensent que cela porte malheur de se faire couper les cheveux le jeudi et le samedi (jours durant lesquels il ne faut d’ailleurs pas se les laver). Pour se couper les ongles, il faut éviter le mardi, le samedi et la nuit.
• Au Mexique, attention au balai : il peut porter malheur s’il passe malencontreusement sur vos pieds. Cela aurait pour effet d’éventuellement vous empêcher de vous marier. À l’inverse, si vous le cachez derrière la porte, il empêchera vos ennemis d’entrer chez vous.
• Aux États-Unis, prenez garde aux vilaines sorcières. L’Amérique du Nord a une longue tradition de chasse aux sorcières. Dans certains États, dont le Vermont situé tout près du Québec, les maisons ont encore des «fenêtres des sorcières» (witch window). Inclinées, celles-ci empêchent les sorcières chevauchant un balai en plein vol d’entrer dans les maisons.
• En Suède, attention aux plaques d’égout : marcher sur une plaque d’égout qui porte la lettre K apporte bonheur, amour et prospérité. Toutefois, marcher sur une plaque avec un A aura l’effet contraire en ne vous apportant que des misères.
• Au Sénégal, on ne parle pas de ses vacances : si vous parlez de vos futurs voyages de rêve avant de les avoir réalisées, ils ont toutes les chances de mal se dérouler.
• Au Japon, l’art de manier les baguettes retient l’attention : il  ne faut jamais planter ses baguettes à la verticale dans un bol de riz car c’est un présage de mort. Aussi, il ne faut jamais pointer quelqu’un avec ses baguettes. Cela attirerait la malchance sur la personne.
• Aux Pays-Bas, impossible de chanter à table : cela reviendrait à inviter Lucifer à se joindre à table avec vous. 
• En Bulgarie, les oiseaux sont vos amis : recevoir sur soi des déjections d’oiseaux est un signe de chance.
• En France, on pense que marcher dans une crotte de chien du pied gauche porte chance, même si ce n’est vraiment pas agréable. Du pied droit en revanche, ce n’est vraiment pas bon signe.
• En Égypte, attention aux ciseaux. Il ne faut jamais jouer avec une paire de ciseaux, les ouvrir et les fermer sans raison attire la malchance. Et les laisser ouvert aurait même le pouvoir d’attirer le mal et de rendre fou.

Et en fait j’ai renoncé à vous faire des listes débordé par l’abondance de superstitions ou de croyances liées à la vie quotidienne, le mariage, la fécondité, la richesse, la mort, la chance et la malchance, le malheur et le bonheur, ayant des origines religieuses ou historiques, paysannes, d’origines mythologiques ou littéraires, ou qui ont généré des expressions populaires ou des dictons… C’est absolument innombrable selon chaque pays. Beaucoup, néanmoins, sont récurrentes (sans doute parce que d’origine religieuse). Du coup, je vous ai fait une petite sélection de liens si vous cherchez l’inspiration :

Sur le site Topito qui passe son temps à faire des listes :

 des françaises
des étrangères
des insolites (souvent rurales ou familiales)
des superstitions liées aux animaux
des objets à ne pas offrir

Sur d’autres sites :
des superstitions et coutumes grecques
des superstitions polonaises (qui ressemblent à des nôtres, mais le coup du miroir brisé viendrait de Pologne même si d’autres disent que c’est Romain et expliquent comment conjurer le sort)
Angleterre, Corée, Portugal, Japon, Finlande, Russie, etc. et d’autres étrangères ici et aussi ici

Une foule de fictions est possible (c’est l’exemple des coccinelles, du bourreau, de la Sainte Vierge et des paysans) : que la superstition se réalise ou non, qu’elle cause des comportements inattendus, ou qu’elle n’existe pas bien sûr, mais « c’est un peu bizarre quand même, non ? » (air entendu), qu’elle soit au cœur ou éloignée de l’action ou qu’elle détermine celle-ci… (*)

Enfin, comme vous ne désirez peut-être pas passer du temps à lire des listes (une croyance dit que cela pourrait faire perdre du temps) peut-être que vous pourriez aussi vous inspirer :

de simplement une expression ou un dicton issus d’une superstition (ex : toucher du bois ; se lever du pied gauche, croiser les doigts, « araignée du matin, chagrin… » etc.)…
de vos propres et personnelles superstitions, pensées magiques, objets porte-bonheur, expériences…
des superstitions ou croyances propres à votre famille (*), à votre région
des superstitions auxquelles vous avez jadis cru, pensant que c’est scientifique…
de superstitions inconnues auxquelles vous avez pu être confronté(e), ou que vous avez pu observer.

Bon… J’espère que ce sujet vous portera du bonheur, du moins d’écriture. En tout cas, vous connaissez la blague usée : ne soyez pas superstitieux(se), ça porte malheur.


(*) Car il y a l’aspect sorcellerie, vaudou, jeteur de sort et obscurantisme aussi si on s’éloigne un peu du sujet. J’ai lu récemment dans Le Monde Diplomatique un article sur la notion de vérité, les fake news, etc. et l’usage du réel manipulé. Ils y racontaient entre autres comment en Afrique la croyance qu’une personne pouvaient faire diminuer le sexe d’un homme par un simple frôlement dans la rue avait mené à quelques dizaines de lynchages…

(**) Ah l’histoire (qui vient de chez Françoise Dolto, je crois — à propos de la transmission familiale) : dans une famille, il était notoire que pour réussir la cuisson d’un gigot il fallait absolument couper une des extrémités de quelques centimètres. C’est ce qu’une mère enseigna à sa fille. Mais sa fille lui demanda pourquoi : il n’y avait pas de raison objective et elle y voyait une croyance. La mère ignorait l’explication — « c’est comme ça. C’est meilleur ». Mais la fille insista. La mère répondit encore et encore qu’elle ne savait pas, qu’elle tenait cela en fait de sa propre mère. Finalement elles vont demander à la grand-mère pourquoi il faut couper absolument quelques centimètres du gigot. Et celle-ci répond : « je n’avais pas de plat assez grand ».

Photo et vidéo bandeau : CC – pexels video et Pixabay.