Envisagez toujours -dans cet atelier du moins- votre travail comme celui d’écriture d’une nouvelle de fiction

Une petite précision, une insistance, me paraît nécessaire à la suite d’un petit quiproquo intervenu lors du deuxième atelier de septembre 2018 ; quiproquo né pour bonne partie de ma faute. Mais l’anecdote fait modèle.

En effet, la proposition d’écriture de septembre 2 portait sur les « marronniers » (ces choses qui apparaissent régulièrement, presque à date fixe, comme des habitudes, des rituels), et je m’attendais à des textes de fiction mettant en scène des personnages en proie à des pratiques sociales, sociétales ou familiales absurdes, ou contents d’en faire partie, si elles étaient dispensatrices de bien être, de bonheur… Je m’attendais à toutes sortes de comédies basées sur la répétition (qui est au cœur des procédés humoristiques), ou de textes axés sur la détestation (l’exaspération…).
Enfin, je m’attendais à des fictions, mais certes pas à ce que l’atelier a produit à près de 50% : des textes que j’appelerais comme le font des ateliers spécialisés, d’ « Écriture de soi » (1). Souvenirs personnels, évocations familiales, quêtes ou problématiques intimes… qui peuvent être décousus dans leur restitution, et qui s’ils sont construits ainsi parce que c’est leur forme adaptée, parlent, tout de même, essentiellement à leur auteur(e).  Or, je ne suis pas compétent pour traiter ces textes en atelier : je ne sais qu’en dire. Au mieux mes suggestions et conseils tourneraient en boucle : sur le vocabulaire, la tournure de phrases… Comment en effet juger l’expression intime de quelqu’un, la commenter ? Je ne sais pas faire (2). Et même mieux : cela ne m’intéresse pas, car sans doute, cela ne me regarde pas. Chacun son truc ; moi c’est la narration pure et dure d’histoires ou de moments qui font récit : c’est pourquoi cet atelier est axé essentiellement sur la volonté de construction de fictions, de nouvelles.
Cette précision pour dire que si vous employez des souvenirs personnels, des expériences, du vécu personnel, ne l’utilisez pas -en tout cas dans cet atelier- dans la perspective où il doit rester écrit en conservant son intégrité. Cet atelier est un atelier d’écriture de fictions : vos matériaux, même si venus de l’intime (mais il n’y a que vous à le savoir) visent à y être transformés, manipulés, organisés, transcendés pour en faire l’essence de personnages de fiction, pour en faire la structure de récits fictionnels. Il vous faut dépasser « le stade du miroir ». Chaque auteur écrit certes à partir de lui-même, de sa vision, de sa perception du monde. Le job, en fiction, est dépasser ces aspects, de les brouiller, les masquer ; soit de transcender la réalité pour en faire un récit qui serait plus universel, porteur, au mieux, d’un propos.
En somme, si « l’écriture de soi » est quelque chose qui vous tente davantage, si construire des fictions et des personnages ne vous intéresse pas, alors cet atelier, désolé, n’est pas fait pour vous… car il ne sera absolument pas adapté 🙁

Francis

(1) D’autant que j’ai eu le tort d’écrire dans la proposition : « On va faire différemment (si vous le souhaitez) car ici on va essayer autant que possible de ne pas tomber dans la facilité : on ne va donc pas traiter d’un marronnier collectif spécifiquement, mais toutefois conserver l’idée de marronnier, de préférence très personnel. A savoir, écrire (sur ce que vous voulez) sur quelque chose qui revient chaque année à vous-même, ou à vos personnages ». Forcément, j’ai ouvert la porte sans en prendre conscience.

(2) Lors de l’atelier d’octobre, mes commentaires alors que je n’ai pas aperçu le quiproquo installé, ont donc tapé à côté. En critiquant les textes les plus « écriture de soi », d’un point de vue « écriture de fiction »… j’ai donc porté atteinte aux souvenirs, à des choses chères aux auteur(e)s… et j’ai sans doute un peu blessé les gens en voulant triturer des souvenirs au prétexte… de les améliorer. Mais de fait, nous n’examinions pas le même objet. Cette histoire entre écriture de soi/écriture de fiction ne peut pas se résoudre : d’ailleurs une participante m’a dit en substance qu’elle savait que son texte était bancal, mais qu’elle le préférait (voulait, sans doute, même) qu’il reste tel qu’écrit. Un atelier d’écriture de soi à mon avis n’a pas besoin de commentaires… ni même d’animateur dans l’absolu… (mais pas de polémique 🙂 )


Photo by Noah Buscher on Unsplash