« Bonne année… »
Ma chère Jeanne,
Toute une année vient encore de s’écouler sans que nous n’ayons eu le plaisir de nous confronter réellement. Comme cela me manque. Conversations toujours enjouées. Controverses parfois orageuses. L’état de notre vie. Confidences, espoirs, attentes, déceptions… Comment puis-je imaginer qu’une simple lettre constat puisse remplacer cet inestimable échange. Ce qu’il apporte. Il faudrait trouver plus souvent, l’opportunité, le courage de ces discussions qui permettent d’ajuster un comportement. Faire progresser l’existence. Peut-être, 2020 verra-t-elle cette bonne résolution s’accomplir enfin… Quoiqu’il en soit, voilà à quoi a ressemblé celle écoulée. Tu me diras, je t’en prie, ce que tu penses du chemin parcouru. Ne mâche pas tes mots. Pas de complaisance…
Je me souviens, celle d’avant, s’était terminée de façon si minable, qu’imaginer tout chambouler en grand, avec des changements violents et énergiques n’était certainement pas la meilleure chose à faire. Je suis au moins sûre que là, tu ne me contrediras pas. Mon année a donc débuté tout en douceur. Une fois les fêtes passées, la première résolution – enfin, la seule possible – :  tirer un trait sur le passé. Pas de regrets. Pas d’amertume. Seulement un constat de départ terriblement incertain. Ça m’a fait frissonner. Mais, convenons-en, pouvoir changer de cap, voire de vie, soyons fous, n’est pas donné à tout le monde. Rester positive. Absolument… Tu ricanes, je le vois d’ici … Attends de voir un peu. Déjà, au boulot, ce n’était plutôt pas trop mal. Faire en sorte que ça le reste…
Fin janvier, je me fixais l’objectif, super simple, de me sortir de ma spirale boulimique. L’exercice fût ardu. J’aime ce mot. Il est aussi pentu que le sommet de la plus haute des montagnes. L’infranchissable. Bref, reprendre le dessus. Cela équivalait, pour moi, à cesser de me jeter sur la nourriture pour me consoler de tout et de rien. Et comme il ne suffit pas de le dire et de le répéter pour y parvenir, je me suis fixé des étapes. Une date butoir avec un résultat encourageant à obtenir.
Fin de première étape : fin du premier trimestre. Ça me semblait être une distance suffisante pour résister à entrer dans la première boulangerie croisée dès que je mettais le pied dehors. Crois-moi, ou plutôt regarde autour de toi, le piège est terrible. Il s’en ouvre à tous les coins de rues. À croire que les Parisiens ne mangent plus que des pâtisseries maisons. Trop tentant… Et non, je te vois venir, pour y parvenir, l’objectif n’était pas de m’enfermer chez moi.
Fin mars, je constatais que l’objectif délicat était plus ou moins atteint. Un peu d’indulgence, s’il te plait, avec « l’à peu près ». Il en est d’autres qui, le premier janvier, affirment qu’ils vont arrêter de fumer et qui tirent toujours sur leurs clopes le premier janvier qui suit.
Deuxième étape : deuxième trimestre. Je décidai d’ajouter à mon freinage boulimique un peu de sport. Oui, marre-toi, un peu comme un poisson d’avril. Eh bien non. Pas du tout. Évidemment, tu me connais bien, je n’ai pas choisi de me mettre au tennis, ni au golf d’ailleurs. Je me suis simplement inscrite dans un groupe de marche. Objectif double, marcher, et puis aussi, me faire des amis. Un truc très compliqué quand on a mon âge, et qu’on est grassouillette. Eh bien, figure-toi, ça a marché. Incroyable. Ils m’ont encouragé  et même parfois vraiment supporté. Louise et Nicolas surtout. Ils m’ont encouragé, se sont adaptés à mon pas lent et râleur du début. Il m’a poussé. Elle m’a tiré, jusqu’à me donner des ailes. Moi, mon amitié. Imagine toi…
Tout cela nous a mené aux vacances d’été avec la promesse de se retrouver en septembre. Je te l’accorde, j’ai eu de la chance. Mais, se faisant, je me suis dit que si ces personnes me manifestaient cette gentillesse, c’était sans doute mérité. Je te vois sourire mais un brin de bienveillance envers moi-même, avoue, c’est plutôt nouveau.
Pour l’été ? Détente. Détente et re-détente. Travail, mais aussi vacances, soleil et la simple poursuite de ces deux objectifs : manger sain, marcher, même seule.
Eh bien, essaye seulement d’imaginer dans quel état d’esprit j’ai abordé septembre. Visualise une jeune fille joliment bronzée, quelques kilos en trop mais souriante et pleine de peps. Tu la vois ? C’est moi.
Troisième étape… Poursuivre tranquillement jusqu’aux fêtes de Noël. Considérer que le plus dur était fait. Que le véritable plan était là. Mettre tout noir sur blanc… et suivre à la lettre.
Je t’embrasse ma Jeanne. J’admire cette belle ténacité. Tu verras, maintenant, tout ira mieux…

Jeanne


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