Ateliers d’écriture créative, de fictions, animés par Francis Mizio

Catégorie : public (Page 1 of 12)

Texte de Zazie6454 – « Sancta Panna » *

Lorsque Saint-Pierre entra sans frapper dans Son bureau, il était au bord de l’implosion. Ses cheveux blancs hirsutes, les lunettes posées de guingois sur son nez qu’il avait proéminent, ses lèvres pincées suffisaient à montrer son impatience. Bien que Saint-Pierre soufflât comme un bœuf, Il leva à peine un sourcil de son journal et poursuivit sa lecture. De longues secondes passèrent durant lesquelles Saint-Pierre fit ostensiblement craquer ses phalanges ; il savait pertinemment que cela L’insupportait au plus haut point. Enfin, Il reposa son journal sur Son bureau blanc et dit d’une voix légèrement irritée :
« Eh bien mon vieil ami, que se passe-t-il ce matin qui semble tant vous agacer  ?
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Texte de Melle47 – « La Panne » *

Clémentine ferme les yeux, gonfle ses joues, soupire bruyamment. Elle laisse glisser son dos contre la paroi jusqu’à poser doucement ses fesses au sol. Elle ramène ses jambes contre elle, les serre, cache son nez dans ses genoux, se donne un moment. Elle se sent abandonnée, tout est si calme autour d’elle, il fait si sombre. Le souffle d’une respiration lente caresse à peine ses oreilles. Elle lève la tête, ouvre les yeux. Devant elle, l’autre lui sourit. Elle lui rend son sourire.
« Hey, je m’croyais seule ».
Nouvel échange de sourires timides. Continue reading

Texte de Khea – « Invitation » *

Il y a une éternité que je n’ai pas remis les pieds ici, et pourtant ce n’est pas encore assez. Je suis devant Ta maison. Le portail est là, à quelques mètres de moi, avec ses deux vantaux fermés. Aucune sculpture ne l’orne. Il est fait de planches de chêne et de clous. Dans ma mémoire d’enfant, il était colossal. Aujourd’hui, je le trouve austère et vieux. Je me rapproche de quelques pas. La porte dissimulée dans le vantail droit est ouverte.

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Texte de Melle47 – « Se prendre la tête… » *

Marius coupe le contact, fait le tour de la voiture, ouvre la portière et tend la main.
 » Allons-y Zoé, plus vite c’est fait…  »
Il se mort la langue…
« Ben, plus vite c’est fait. Enfin… plus vite c’est installé quoi…  »
Il hausse les épaules, sourit bêtement. Elle attrape la main tendue qui les aide, elle et son gros ventre à s’extirper du véhicule.
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Texte de Marine – « La dernière porte » *

J’ouvre les yeux difficilement. Je frissonne, l’air ambiant s’est rafraîchi depuis quelques jours. De là où je suis, j’aperçois un bout du ciel, parsemé de nuages du gris clair au gris foncé. Le bleu a disparu. La saison automnale s’annonce. Je ferme les yeux et se dessine alors sous mes paumières un paysage vallonné, avec ses forêts de feuillus aux couleurs d’or et de rouille aux nuances intenses. Je m’y promène, la plupart du temps en présence de mes fidèles compagnes, truffes au sol, reniflant la mousse, soulevant les feuilles déposées ici et là, s’arrêtant subitement au pied d’un arbre pour aboyer sur l’écureuil qui, imperturbable, poursuit son ascension… C’est comme si j’y étais, là, maintenant…
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Texte de Khea – « Retraite au jardin » *

Assise dans le vieux rocking chair en rotin, un coussin mœlleux sous la nuque, je les attends. Ils m’ont appelée la semaine dernière pour me prévenir de leur visite. Lundi en huit, le deux novembre, jour de la fête des Morts. J’étais persuadée être débarrassée d’eux, depuis l’épisode du jardin mis sens dessus dessous, au printemps dernier.
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Texte de Ketriken – « Tout ça pour ça »

16H30 : Toute la classe des CM2 s’est vidée aux bruits des chaises tirées sur le sol, des cartables trainés sur les tables avant d’être calés sous le bras, des godillots trop lourds et trop chauds en cette saison.
Hormis Pascal Borel, Denis Ouvrard, et Henry Maillard, tous les garçons accrochent rapidement et n’importe comment leurs blouses uniformément grises aux porte manteaux de l’entrée et s’ébrouent comme des jeunes chiots dans la cour. Certains jouent la prolongation pour une dernière partie de billes sous le préau, d’autres se bousculent sans ménagement, et quelques uns traversent la route pour aller jouer sur le parvis de l’église qui est juste en face de l’école de garçons. Tous savent qu’il est dangereux de traverser à cet endroit précis. École et église sont au cœur du bourg, juste dans le virage en épingle à cheveux. Elles se font face et semblent s’accorder pour absorber alternativement leurs lots d’enfants : école, catéchèse, messes, communions…. à croire que curés et instituteurs s’organisent secrètement pour ne laisser aucune place à la liberté de jouer, voire même la liberté de penser !
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Texte de Melle47 – « Devoir d’école » *

J’inspire un grand coup, gonfle les joues, retiens ma respiration. Ça y est, ça me reprend. J’ai chaud. Mon esprit s’affole, je perds les pédales, toute lucidité me quitte, c’est la panique.
Mes poumons lâchent enfin l’air retenu et mes épaules s’affaissent. Non mais sans blague. C’est quoi ce sujet ? Je jette un œil au prof qui s’est plongé dans son portable me laissant là, démunie devant ce devoir. Celui qui consiste à raconter un souvenir de vacances, je l’aurais fait de nombreuses fois, mais celui-là, franchement… Comme s’il avait senti mon regard désespéré, il lève la tête, croise mon regard et ajoute.
« Deux heures, mademoiselle Truchet… Deux heures… Mettez-vous donc au travail ».
Je regarde ma copie, regarde le tableau noir, peu inspirée, imaginant un instant qu’il s’efface comme par magie, pour laisser place à quelque chose, n’importe quoi, de plus exaltant.
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Texte de Melle47 – « Totalement timbré » *

« Approche-toi, que je te serre dans mes bras. »
Elle m’écrase contre son torse et fourre son nez dans mes cheveux. Ses mains caressent tendrement mon dos.
« Tu embrasses ta maman pour moi, ma Cocotte. Et surtout, tu reviens me voir quand tu veux. »
Elle s’écarte, me lâche et m’enjoint de filer, une petite claque sur les fesses. Je la regarde ahurie. Jette un œil inquiet à droite puis à gauche. Croise de nouveau son regard. Elle a barré sa bouche de sa main tannée comme pour étouffer un cri. Personne ne semble avoir remarqué son geste. Nous pouffons sans mot dire puis elle agite ses bras pour me faire déguerpir au plus vite.
« Allez, disparais, disparais, tu déteins sur moi. Regarde ce que tu me fais faire, on va finir par se faire pincer. »
Je me retourne hilare et trottine vers la file d’attente, trainant ma valise derrière moi.
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Texte de Betty – « Les animaux en Absurdie » *

Que justice soit rendue ! L’évêque Martin et le juge François étaient tous deux persuadés avoir obligation de faire respecter ce précepte. L’Église et l’État se succédèrent donc au fil du temps et nous nous autoriserons ici à faire traverser les siècles à nos deux personnages, leur carrière débutant au XIIe pour s’achever au XVIIe. Cela leur laissa largement le temps de sévir, en attendant que de nos jours surgissent des plaintes bien différentes, mais dont le ridicule n’a rien à envier aux procès extravagants qui occupèrent leurs longues, très longues vies.
Voici quelques affaires qui incombèrent à l’homme d’Église et à l’homme de loi. Aussi insensées nous semblent-elles aujourd’hui, elles ne révoltèrent (ni heureusement n’amusèrent) personne, leur cruauté tout autant que leur ridicule échappant aux contemporains des deux hommes qui mirent tout leur cœur à faire d’eux ce que le peuple en attendait.
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Texte de Mistouflone – *

C’est le dernier jour. J’essaie de ne pas trop penser à demain et de me concentrer sur les dernières heures. Je sais que son père arrivera en fin de matinée, vers 11h. On lui proposera de rester déjeuner avant de repartir, et il feindra de ne pas pouvoir. Il ne veut pas repartir trop tard pour avaler les kilomètres et être en forme pour la reprise. Il ne résistera pas longtemps et il acceptera de s’attabler. Ce sera la période de transition, elle passera de mes genoux à ceux d’Éliane, picorant dans nos assiettes et elle aura envie de montrer tous ses trésors à son père. Elle mangera en dessert le dernier petit suisse avec du sucre, que je lui fouetterai dans son bol bleu. Ils partiront juste après le café, dans lequel elle aura trempé un sucre pour faire un canard, en croyant qu’on ne l’a pas vue faire.
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Texte de Khea – « Été 1945 – Acy-en-Multien – Oise » *

Le car entre dans Acy-en-Multien par la vieille route de Meaux, en bas du village. Il tourne à droite pour monter la Grande Rue où son arrêt l’attend, en haut, le long de la place du marché, centre de cette bourgade. Le clocher de l’église sonne douze coups. Les portes du car s’ouvrent pour laisser descendre les passagers. Un jeune couple saute en bas de la marche, léger, presqu’aérien. Derrière eux, une dame entre deux âges, chargée d’un panier soigneusement recouvert d’un torchon immaculé blanc sur son bras, entame la descente lourdement en se tenant à la porte. Un homme descend à son tour. C’est le dernier passager. Le car ferme ses portes, se remet en route.
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