Après avoir poussé la porte de chez moi en ce jour de rentrée, après avoir vérifié que mon aquarium tropical ne s’était pas transformé en bouillabaisse immonde, que mes plantes vertes ne s’étaient pas auto-compostées, j’ai commencé, comme chaque veille d’atelier d’écriture, à me ronger les ongles jusqu’aux épaules en me disant « bon sang, quel sujet vais-je bien pouvoir trouver ce mois-ci ? ». J’étais au bord du collapse lorsque je suis tombé sur un article de Courrier international (> il est ici) relatant un ouvrage d’un historien espagnol qui propose au travers de 22 portes célèbres de découvrir les époques, les mœurs et les cultures qui se cachent derrière. Je me suis dit que que c’était une sacrée bonne idée d’ouvrage… et soudain la lumière a franchi mon seuil : je tenais là un sujet d’écriture riche de possibilités. Vous l’avez compris : la proposition d’écriture de ce mois-ci est la porte. La porte qu’on soit devant ou derrière, proche ou éloigné… est bourrée de fictions.


Je m’explique avec une liste d’exemples :

Il y a les portes fermées qu’on enfonce (« Tenez bon, j’arrive ! » ou « Police ! »… mais portes qu’on enfonce ouvertes, aussi parfois) ; les portes qu’on force (« au voleur ! » ou « bonjour, j’ai la cuisine aménagée de vos rêves ») ; les portes qui claquent au bureau, à la maison, en vaudeville (« c’est quoi cette note d’hôtel dans la poche de ta veste ? ») ; les portes qu’on prend ou qu’on propose lorsqu’on sort de ses gonds (« puisqu’il n’y a que des imbéciles ici, je ne resterai pas un instant de plus dans ce gouvernement »« puisque vous ne parvenez jamais à entrer à l’heure au bureau, sortez, et ne revenez plus ») ; les portes qu’il ne faut jamais ouvrir, on vous l’avait bien dit pourtant, dans la cave de ce vieux manoir loué étonnamment peu cher sur Le Bon Coin ; les portes qui permettent de voyager plus vite, plus loin, vers l’infini et au-delà (« capitaine Kirk, nous allons passer en hyperespace, branchez le plasmo-modulateur grégaire bivalvé ») ; les portes qui se ferment devant vous (« non, non, tu ne reviens pas et d’ailleurs tes fringues sont sur le trottoir », ou « nous vous souhaitons bonne chance dans vos recherches et gardons votre CV. Nous ne manquerons pas de… ») ; les portes qui s’ouvrent (« je n’espérais plus te revoir, ni mes 50 000 € » ou « Ça alors ! Dugenou ! Si je m’attendais ! », ou « Entrez, il y a de la soupe et du feu », ou « Je vais vous donner votre chance ») ; les portes cochères et les gloussements (et peut-être ensuite, hélas, les portes qui se referment 9 mois plus tard devant « la fille-mère », dans les romans populaires et les chansons réalistes) ; la porte cochère et la dernière allumette restante ; les portes blindées de la peur ou de la fortune cachée ; les portes monumentales, de bois, de fer qui en savent long ; les portes qui nous protègent du feu ou de l’inconnu (ou des raviolis. > Écoutez cette courte histoire de raviolis et d’œil de bœuf, en podcast) ; les portes coulissantes des administrations et des commerces que l’on franchit et qui signifient qu’on va certainement perdre du temps ou de l’argent ; les portes de la ville (y être, y parvenir, les franchir, être repoussé aux) ; les portes de l’Enfer (« J’ai mis devant toi une porte ouverte que personne ne peut fermer » Apocalypse III,8) ; celle du Paradis (à gagner) ; celles de la gloire (très courues) ; les « portes que l’on ferme » (quand, policier, on élimine toutes les hypothèses, une à une, lors d’une enquête) ;  les portes sous lesquelles on met la clé… Et puis tous ces gens derrière, devant, qu’on n’attend pas, qu’on attend trop, qu’on ne connaît pas, qu’on connait de trop. Il y en a même qui ne passent pas les portes (« Certains qui sont de taille modeste, se baissent aux portes de peur de se heurter », Jean de la Bruyère, Les Caractères)… Et j’en passe, et des portes et des meilleures : des dérobées, des portes où  on écoute,  sous lesquelles on glisse des lettres, des portes sous lesquelles on regarde… Ou au travers de la serrure.
On le voit, la porte ouverte ou fermée comme dirait Musset nous ouvre bien des possibilités. Qu’allez-vous trouver derrière ? Qu’allez vous nous écrire, maintenant que vous êtes sur le seuil ?

Bonus cinéma et chansons :

Blow Up d‘Arte a eu la même idée de thématique ai-je découvert, avec « La porte au cinéma » :

Un combo porte fermée – défoncée – ouverte :

Ouvrez lui enfin la porte (mais méfiez-vous c’est sans doute un baratineur cet Italien) :

Enfin, on trouve de ces vieilles portes branlantes quand on fouille le sujet :