Ecrire en ligne

Ateliers d’écriture créative, de fictions, animés par Francis Mizio

Category: CatSept2017

Texte d’Emije

Elle stationne là, élégante avec pour message : Louez-moi : 06.23.17.19.53. Des passants s’arrêtent, l’observent. Un bleu céleste l’habille superbement. Elle a une classe folle. Une petite fille tire sur la chemise de son père pour le forcer à s’arrêter. Un gendarme s’exclame : hou la elle en jette !!! Les clients du café « le Bec à Vin » n’hésitent pas à traverser la route pour aller l’admirer. René, un pilier de comptoir bien imbibé, se lève, tente de se frayer un chemin qui se créée très naturellement au regard de l’odeur prégnante qu’il dégage et se met à crier : oh la salope !!! Il règne une douce cohue dans un intervalle temps qui n’a demandé qu’à s’arrêter l’espace d’un instant. Je me sens bien. Je n’ai qu’une envie, l’étirer encore un tout petit peu plus, juste histoire d’en profiter. La sirène des pompiers vient saborder ce doux moment dans lequel je me suis dissimulée. Retour à la réalité. Je me surprends à noter son numéro. Je ne sais pourquoi. Peut-être partira t’il à la poubelle, peut-être restera t’il au fond de mon sac des mois, voire des années. En tous les cas je sais qu’il est là.

Un homme d’une cinquantaine d’années que je vois au loin, look jeune et élégant, s’approche d’elle, s’y installe, mit le moteur en route et s’engage sur l’avenue. Il n’y a plus de cohue.

Je repris ma voiture que j’avais laissé au parking de cette délicieuse et charmante ville d’Uzès et retournai dans la chambre d’hôtes de Castillon où les propriétaires préparent l’apéro et le dîner du soir. J’ai décidé d’y passer 3 jours pour me ressourcer, visiter, lire, aller à mon rythme. En somme, me retrouver. Sandra, la maîtresse de maison me propose un petit goûter avec un sirop de menthe maison accompagné de petits biscuits à l’huile d’olive et à la fève Tonka.

Je prends le temps d’apprécier, de savourer, les papilles en émoi et moi consciente des petits bonheurs que je vis là.

Piquer une tête, me prélasser sur un transat en écoutant la musique provenant du pool-house. Autant de petites attentions qui viennent conforter mon envie d’aller de plus en plus vers les lieux, les gens, les situations qui me correspondent.

Le vent commence à se lever. J’ai un peu froid. Je décide de rentrer dans ma chambre pour me préparer à cette belle soirée. Ca me fait du bien de prendre soin de moi, de me crémer, de me pomponner. Je me suis oubliée en tant que femme ces dernières années. J’ai mis du temps à accepter.

Sandra et Yves, son mari ont préparé une jolie table. Tout est joliment pensé. Nous étions 5 à dîner mais un couvert de plus y est installé. Je n’y prête pas plus attention que ça. Sandra a préparé la vaisselle sur l’îlot central, une cuisine ouverte sur les gens entrain de dîner. Cuisine que je rêve un jour de réinstaller. Les hôtes de l’autre chambre sont là aussi présents, nous nous présentons, un couple venant d’une ville que j’aime tant, Marseille. Un ami est également convié, le 6ème couvert est élucidé.

Nous nous régalons de l’apéro sous la pergola, nous faisons connaissance. Puis nous nous installons autour de la jolie table, une grande planche de bois vieillie et cérusée qui a été de par son passé piétinée par du 43, 41 … outil de travail réinventé.

Sandra nous a joliment régalés en commençant par une tarte maison aux tomates du jardin, un risotto et piccata de veau revisités et une tarte aux figues avec filet de chocolat chaud, une idée qu’elle a voulu tenter et qui a bien fonctionné. Les verres de vin n’ont pas été en reste, ils ont bénéficié eux aussi d’une attention toute particulière.

Le temps passe au gré des échanges divers et variés, le genre de soirée que l’on aimerait réitérer tous les jours de l’année. C’est doux, bienveillant, drôle, inattendu parfois. Le 6ème couvert qui répond au prénom de Daryl vient tout droit du comté de Surrey à quelques encablures de Londres. Nous nous jetions çà et là des regards complices. Il parle très bien français et a ce je ne sais quoi qui fait le charme tout particulier des anglais. Je tente quelques phrases en anglais. Anglais qui m’avait lâché depuis de nombreuses années. Il me félicite. Les visages commencent à être fatigués, tirés, les femmes commencent à bailler, les hommes partent fumer leurs dernières cigarettes côté patio abrité. La soirée tire à sa fin. Il va être temps de nous quitter. Nous remercions Sandra et Yves de ce repas et de cette belle soirée. Je décide de raccompagner Daryl sur le pas de la porte. Il me tend discrètement son numéro de portable sur un morceau de papier et me passe la main dans le dos. Il vient poser sur ma joue un joli baiser tendre et prononcé. Je lève les yeux vers sa voiture, esquisse un sourire. Louez moi : 06.23.17.59.53 se tient juste devant moi.

Par Emije

Texte d’Ariane – sept. 2017

« Virage à droite, 180° toute, pédale de l’embrayage à fond, vroum, passage de la 6ème vitesse, hop le nid de poule, heureusement que les amortisseurs sont en bon état, attention à l’obstacle, freinage d’urgence criiii, faudra penser à remettre du liquide de frein » et bim, c’est la collision frontale contre la plinthe de la cuisine !!! La majorette gît sur le flanc droit et elle sourit en se moquant d’elle-même. Elle sait bien que ce qui se passe dans la tête de son petit garçon doit plutôt ressembler à ça : « voum, voum, tutt !, voum, boum, bababoum ! ».

Son fils s’est découvert une passion pour les voitures. Il peut y jouer pendant des heures. Elle a pourtant tout fait pour combattre les stéréotypes de genre : il a une boite à outils et une machine à laver, des cubes et des perles, des voitures et des poupées,… Mais rien à faire. Elle serait presque à se demander, elle, la féministe convaincue, si la passion pour les engins à roues ne serait pas inscrite dans les gênes. En tout cas, son fils l’a attrapée, tel un voituro-virus. Pire que le papillomavirus, pas de vaccin possible. Cause génétique : testostérone, seul traitement possible : frustration. Le pire dans cette histoire, ironise-t-elle, c’est que cela lui laisse tout le temps nécessaire pour préparer le repas. Et là voilà en train d’enfourner une tarte aux pommes en attendant le retour du père de famille. Tellement cliché.

« Coucou, c’est moi! ». Un gros câlin pour l’un, un smack rapide pour l’autre. Ils ont atteint le moment où le petit être chamboule la chronologie, plaçant le parent avant le conjoint. Elle se demande ce que penserait la version d’elle adolescente de sa vie actuelle et elle soupire pour chasser cette idée, comme on le ferait avec une mouche entêtante. Mais comme cette mouche est décidément très têtue, la chasser ne suffit pas. Elle choisit l’image de l’autruche la tête dans le sable, espérant plus d’efficacité mais cela ne fonctionne pas non plus.

C’est un peu plus tard ce soir-là, une fois le Monstrounet couché, qu’elle prit sa décision. Ils étaient assis sur le canapé et, tout en faisant semblant de suivre Walking Dead, elle dressa mentalement la liste des démarches à entreprendre.

Elle commença par écumer « leboncoin ». Les annonces ne manquaient pas mais il y avait toujours quelque chose qui n’allait pas : quand ce n’était pas l’état ni l’aménagement, c’était l’historique ou l’entretien. Ou alors le coût, bien sûr. Au bout d’un mois, elle réussit enfin à en trouver un qui ferait l’affaire. Elle prit rendez-vous avec son banquier et s’arrangea pour disposer de liquidités suffisantes. Elle posa un RTT pour aller le chercher dans le Jura et bien sûr, n’en souffla pas un mot à son mari. Puis, elle réserva une entreprise suffisamment efficace pour s’occuper de tout en une journée et choisit un lundi. Elle contacta une agence immobilière, loua un box. Elle s’entraîna à imiter la signature de son mari et trouva même des conseils dans un tutto youtube. Enfin, elle prépara les recommandés : impôts, EDF, crèche, employeur n°1, employeur n°2, pôle emploi. Elle expédia le tout un vendredi. Et attendit. Trois jours.

Le lundi, elle prit son fils sous le bras, donna ses consignes aux déménageurs, vérifia la pression des pneus de son tout nouveau camping-car, acheta une boussole (juste parce qu’elle aimait le symbole) et une bouteille de champagne. Elle prit soin d’ignorer les 37 messages vocaux, SMS, mails envoyés par son mari. Les premiers messages ressemblaient à « C’est trop bizarre, tu sais ce qu’il se passe ? », les derniers étaient plutôt du registre du : « Putain mais qu’est-ce qui t’as pris!?! Réponds-moi, merde !!! ». Elle croisa les doigts pour que ça passe et non ne casse. La démission forcée était un peu extrême, elle en avait conscience. Elle se surprit même à avoir envie de prier mais refréna vite ses ardeurs religieuses : faudrait pas exagérer quand même !

Quand il rentra le soir, son conjoint excédé trouva un appartement vide et son fils en train de jouer avec une nouvelle majorette : un camping-car bariolé. « On part au Cambodge, chéri ! » et le fameux « pop ! » du bouchon qui vole. Il fut traversé par l’envie de lui éclater la bouteille sur la tête.

« Virage à droite, 180° toute, pédale de l’embrayage à fond, vroum, passage de la 6ème vitesse, hop le nid de poule, heureusement que les amortisseurs sont en bon état, attention à l’obstacle, freinage d’urgence criiii, faudra penser à remettre du liquide de frein ! ». La route sera longue mais peu importe la destination, le chemin sera beau, il le savait.

Par Ariane

Texte de Groux

La porte du garage s’ouvre enfin. Le soleil m’aveugle, je sens une douce chaleur me recouvrir. Apres ces longs mois d’hiver passés sous une bâche au garage, me voilà prête enfin à sortir. J’entends des pas s’approcher, j’entends des voix venir de tous côtés. Je ne comprends pas trop ce qu’elles disent.

On me découvre et quelqu’un s’assoit à la place conducteur. Je sens qu’on tente de démarrer mon moteur. Je me mets à tousser, c’est que j’ai accumulé de la poussière. On retourne encore une fois la clé dans mon démarreur, ça me chatouille et me fait tousser de plus belle.

Enfin, mon moteur se met en route. Ca tressaute, ça vibre. Une forte odeur d’essence emplit le bâtiment. On me sort doucement dans la cour pavée. J’aperçois des seaux d’eau, de la lessive, des éponges. Je m’attendais plutôt à voir des sacs, des dossiers, des uniformes. Curieux.

On me frotte, on m’astique, on me fait briller. Je ne comprends pas trop pourquoi on se donne autant de mal pour moi. Au fond, peu importe que je sois sale ou propre, pour ce que je dois faire, il faudrait plutôt vérifier mon moteur, mes niveaux et la pression de mes pneus.

Je suis un peu désorientée, je n’entends aucun bruit aux alentours, ce n’est pas normal. Pas d’explosion, pas de moteurs d’avions. Rien. Seulement le gazouillis des oiseaux et le vent dans les arbres. Et le rire de ces hommes. Comment peuvent-ils rire autant dans ce contexte ? D’ailleurs si je les regarde bien, ils ont une drôle de tenue. Trop décontractée à mon goût. J’ai envie de les klaxonner pour les presser un peu.

Je sens soudain qu’on m’attache des rubans, des kikis. Je reconnais que c’est du tulle aux démangeaisons que cela procure. Je me rappelle de la dame d’un colonel qui portait une jupe avec du tulle, j’avais trouvé le trajet affreusement long. Je ne comprends pas pourquoi on m’en attache, je n’ai pas de temps à perdre avec ces fanfreluches. Et puis, rien de tel pour se faire repérer. J’ai beau être discrète, si je suis apprêtée comme pour aller danser, c’est sûr que l’on va me voir.

Je manque à tous mes devoirs, je ne me suis pas présentée. Traction Avant noire, de 1936. J’effectue de nombreuses missions dans cette guerre qui fait rage. Je transporte des colonels, des commandants. Des papiers importants qui, j’espère, nous permettront de gagner la guerre ! Je mets un point d’honneur à ne jamais tomber en panne ! Il ne faudrait pas que je sois le grain de sable qui fasse tout capoter !

J’en ai parcouru des kilomètres, j’ai un peu rayé ma carrosserie lorsqu’on me garait sous des buissons afin de me cacher des ennemis. J’ai quelque fois tremblé lorsqu’une bombe ne tombait pas loin de moi. Mais j’ai vaillamment sillonné la France, et ai rempli du mieux que j’ai pu ma mission. Je ne compte plus les jours où j’ai roulé, parfois en haletant lorsque l’essence commençait à manquer.

Puis un jour, on m’a enfermée dans ce hangar. Je me suis dit que la menace devait être terrible pour que l’on me cache aussi bien. On m’a recouverte d’une bâche et la porte s’est refermée. J’ai attendu, patiemment. Je crois que, d’ennui, je me suis endormie quelques jours.

Et voilà que l’on me ressort ! Je suis bien reposée, prête à reprendre là où je m’étais arrêtée. Mais je sens bien que quelque chose cloche. Rien n’est comme avant.

Ils devraient se méfier, tout ce calme, ce trop grand calme, est louche.

Je sens que quelqu’un d’autre monte et me conduit au centre d’un petit village. Il est coquet, sans aucune dégradation d’explosions. Je ne pensais pas qu’il restait des villages épargnés.

On me gare à côté d’autres voitures, toutes apprêtées de rubans. Je n’ai jamais vu ce genre de voitures, on dirait qu’elles sortent du futur.

Timidement, je demande à ma voisine ce que nous faisons là.

« Et bien, nous attendons la cérémonie ! Puis nous emmènerons tous les invités au domaine pour la réception. C’est ta première fois ? »

Je ne comprends pas. Cérémonie ? Réception ?

« En quelle année sommes-nous ? » J’ai comme un doute en demandant cela à ma voisine.

Soudain, je vois un couple s’avancer vers nous sous une pluie de pétales tandis que j’entends sa réponse étonnées : « 1975 ».

Alors je comprends. Je n’ai pas dormi que quelques mois. La guerre est finie. Je ne sais même pas qui l’a gagnée. Et je comprends que je n’ai plus mon utilité militaire. Que plus jamais je ne conduirai de missions importantes où l’on joue l’avenir du monde.

Au lieu de cela, je transporterai le bonheur et l’amour. C’est peut être, finalement, une jolie retraite…

Par Groux

Texte de Patchwork

Et voilà, ça ne sera que le quatrième de toute façon…. Le quatrième … en quatre ans ! On est en mars … c’était attendu !

Enfin pour être  franche, j’espérais cette année y couper… Ben non ! elle aura attendu le 29…. Presque la date limite mais elle n’aura pas dérogé à son rituel…

Elles m’avaient prévenu pourtant les autres … mais on  n’y croit pas : «  Pas moi non, pas moi ; moi je suis autre, moi je ferai mieux ou tout au moins avec moi, elle fera mieux, elle prendra soin, elle aura acquis une certaine sagesse … Bon, il serait tant que je mette un bémol à mon arrogance … parce quatre fois en quatre ans !   Alors qu’est-ce que j’ai cette fois-ci… Attendons un peu : elle va voir.   Ok, déjà , rien de corporel pour…… l’humanoïde qu’elle est et qu’il est lui ..mais nous ben nous on a encore pris : lui là devant qui était normal,  hein il demandait rien,  il transportait ses cocas tranquillou, il avait presque fini sa journée à 17h (oui, ici on termine à 17 h…)   ben lui il a l’arrière un peu touché,  un peu vu que c’est un mastodonte et que c’est pas moi toute petite et fragile qui pourrait lui avoir fait grand mal… Et moi   j’en suis pour « ses frais » ! Au moins quatre semaines d’immobilisation entre la visite à l’expert, le passage chez le mécano, la convalescence et la rééducation chez le tôlier et la dernière visite de contrôle chez l’expert vu qu’il voudra me revoir …A elle les taxis et les attentes aux heures de pointe… Lève-toi plus tôt ma grande ! Je manque de bienveillance, vous trouvez … Elle, elle en a de la bienveillance pour moi ? Elle avait qu’à faire attention… d’autant plus qu’elle le sait : « Méfie-toi de mars.. » Je ne sais pas ce qu’elle fête ou ne fête pas d’ailleurs mais c’est du coup notre mois fatidique !   Elle a des excuses, vous dites ? Oui elle en a toujours :  là, elle avait oublié qu’elle avait un rendez-vous … un rendez-vous,    non non ce n’est pas ce que vous croyez , pas un plan-c.., un 5 à 7 (ça existe encore ce truc ? ) , non, elle c’est toujours un rendez-vous boulot :  faut vous dire qu’elle est une femme libérée donc pas libre du tout : boulot, boulot, gosses à élever seule vu que son mec est parti ou qu’elle l’a fait partir c’est selon les points de vue ;    tout le monde voit midi à sa porte hein ! donc rendez-vous boulot, gamins, heures sup à faire pour arrondir les fins de mois…   Et voilà là elle a arrondi sa fin de mois parce qu’à mon sens c’est elle qui sera déclarée en tort … comme trois fois sur quatre d’ailleurs … donc reprenons, nous disions qu’elle allait un peu vite et le mec devant au dernier moment sans prévenir, il a tourné à droite et il est arrivé ce à quoi il fallait s’attendre….

Quand même pourquoi qu’elle fait ça ? Elle n’ ressemble pas à son père   lui alors qu’est-ce qu’il soignait notre gente ! Aux petits soins : jamais une égratignure, on était bichonnées, lustrées, lavées et relavées, parfumées, pas une égratignure, pas un feu qui manque ou tant soit peu même défaillant, les chromes étincelants …. Ah ! On peut rêver ! On peut …Mais qu’est-ce qui se passe ? Aie , mon arrière , j’ai mon coffre tout enfoncé et le pare choc par terre … mais c’est qu’il m’est rentré dedans le type…il m’a pas vu qu’il dit … Un aveugle après une écervelée…! C’est mon jour !

Par Patchwork

Texte de Schiele

Il suffira de fermer les yeux.

De penser à l’après, à cette trajectoire du destin déviée par ma seule volonté.

Heureusement je n’ai jamais été une grande romantique.

La vie s’est chargée de m’endurcir et de m’apprendre à ne pas trop rêver.

Pourtant j’ai décidé d’infléchir l’inéluctable .

J’ai beau aimer la littérature, ce n’est pas elle qui me sauvera de la misère ambiante.

Business is business. Même en Roumanie on connait cette expression. Elle me va bien.

J’y pense depuis mes 15 ans. Après cet après midi où on avait pu regarder le DVD piraté de proposition indécente. Macha, quelle idéaliste, c’est pour ça qu’elle est mon amie, avait juré que jamais elle ne pourrait faire ça. Que l’amour, le vrai, supporte la pauvreté. Que son corps était trop précieux. Qu’elle avait une dignité et un honneur hors de prix.

Je n’ai jamais mangé de ce pain.

Maman me dit que j’ai toujours été terre à terre, même petite je ne m’embarrassais pas d’affect.

Mais malgré ma ténacité, comment espérer devenir plus et mieux qu’elle? Qui pourrait m’ouvrir les portes de grandes écoles? Comment rentrer dans le cercle des privilégiés dont les seuls soucis ne sont pas de remplir le frigo mais de choisir la bonne tenue pour la prochaine réception.

Pas mes bouquins en tous cas.

Je l’assume, je rêve de vie facile, de beau, de brillant. Pas de Lada et de potées quotidiennes.

Alors je prends ce droit sur mon corps.

Merci les réseaux sociaux, les enchères n’ont pas cessé d’augmenter depuis que j’ai mis l’annonce de ma virginité en ligne.

Je suis presque curieuse de savoir qui me la prendra. Enfin qui je vais délester d’un paquets de billets?

J’aurais mal. La belle affaire, même avec un Roméo désiré et choisi, je souffrirais.

Pourquoi sacraliser autant ce passage? Combien de filles l’ont fait ivre avec le premier profiteur qui passait par là et n’en gardent aucun souvenir. Combien ont offert ça à un beau parleur qui, une fois le plaisir obtenu, ne leur a plus jamais accordé aucune considération. Autant rentabiliser!

*****

Ma Cristina, mon bébé.

Elle n’a pas voulu me dire quand se passerait la transaction mais Macha n’a pas pu tenir sa langue. Je ne peux nommer ce qu’elle est en train de faire autrement que « transaction », sinon je laisserai un tourbillon sombre retourner mes tripes de maman. Et je lâcherais des larmes amères. Celles de notre impuissance à lui offrir l’espoir d’une plus jolie vie. Du constat désabusé que mêmes des études et un métier respectable ne nous sauvent pas des fins de mois à l’arraché, dans notre pays désolé. Peut être aurions nous du fuir mes arbres tant aimés de Marisel ? peut être aurions nous du tout recommencer, là où les rêves se réalisent.

De cela nous n’avons rien risqué, j’ai continué à enseigner avec ferveur Rousseau, Descartes et Pascal. Sans jamais envisager que son opiniâtreté et son pragmatisme lui ferait monnayer sa pureté une fois devenue majeure.

Elle n’a jamais été comme ses cousines, habillant leurs poupées, jouant à la dinette , minaudant et pleurnichant à la moindre contrariété. Non elle voulait toujours apprendre, comprendre, combattre. Ses colères noires face à l’injustice.

Je tente de chasser ces images où elle subit les assauts d’un type qui peut tout acheter.

Elle a pourtant tenté de me rassurer, inlassablement. Nous aurons une belle maison. Nous irons découvrir la France que je n’ai jamais connue autrement que dans mes ouvrages . J’ai si peur qu’elle ne le fasse d’abord que pour nous, ses piètres parents. Je voyais bien qu’elle avait honte de ses vêtements parfois rapiécés. Qu’elle refusait que je la dépose devant le lycée à cause de ma voiture hors d’âge. Je pensais que ça passerait, que ça se tasserait. Elle est bien trop fougueuse pour la médiocrité ma Cristina.

*****

On m’avait pourtant prévenu. Les fantasmes c’est toujours plus jouissif en rêve. Et ça retombe aussi sec quand on passe la seconde.

L’envie était pourtant trop forte : enchérir, surveiller la côte, la voir monter jour après jour. Penser se faire arracher sous le nez ma petite roumaine tant convoitée pour finir par l’emporter sur la dernière ligné droite. Ca m’a donné plus de plaisir que ce coït sans âme. Une vraie feuille morte. Ca m’a bien excité 5 minutes de tripoter son petit cul ferme et de la perforer en tirant sur sa crinière blonde mais il est loin le feu d’artifice que j’avais cru me payer. Elle ne s’est même pas donné la peine de simuler, pire qu’une escort de bas étage. Au final, je prends dix fois plus mon pied quand j’appuie sur le champignon de ma Porsche…

Par Schiele

Texte de Ann

« Putain, fait chier, merde ! ». Se faire passer un savon par la chef alors que toute son équipe était sur le feu depuis une semaine ! Ok, l’enquête piétinait , s’embourbait même, prenait un tournant foireux. Et ce temps ! Comme si la pluie incessante depuis mardi essayait de leur faire rentrer dans la tête un quelconque indice égaré, de force, encore. La situation était à l’image de cette disparition : pétrifiée, brumeuse, glaçante.  La Mini verte avait été retrouvée à des kilomètres d’ici, intacte mais trempée, toutes portes ouvertes, feux en position allumée, batterie à plat, bas de caisse boueux, enfoncée dans un chemin forestier. Rien que ça…ça fleurait pas bon, comme aurait dit son aïeule.  Non, tout ça vous embaumait les narines d’une drôle de petite odeur tenace, un peu rance. Les averses successives avaient effacé depuis longtemps toute trace alentour. Cette partie de la forêt était à moitié abandonnée et revenue à l’état sauvage depuis longtemps, bois putréfié, lierre envahissant, couche de feuilles grouillante d’insectes au sol. Tout ce qu’il aimait !  La battue dans les bois n’avait rien donné, les chiens ne sentaient rien ou sentaient trop, avec cette putain de tempête déchaînée. Pas moyen. Même les éléments étaient contre eux ! Mais que foutait-elle là, la bagnole ? Elle devait apporter quelques trucs à bouffer à sa grand-mère patraque à des lieues d’ici avait dit sa mère. La vieille habitait la première maison du lieu dit de Moulin Vieux qui dépendait de la ville, à l’orée de la forêt : on l’avait trouvée vide, des cendres dans la cheminée, lit  ouvert et draps mis à mal. Les sacs à provisions posés dans la cuisine, l’imper rouge de la fille posé sur une chaise. Pas de grand-mère non plus. Étaient-elles reparties ensuite ? Sans l’imper ? Peu probable, ou pas de leur plein gré. Les autres avaient fini par embarquer la caisse pour la désosser, la fouiller sous toutes les coutures. Ils avaient envahi la baraque aussi, minutieusement cherché. Il leur faisait confiance pour ça. Et puis Jacques l’avait appelé, avait gueulé de s’être fait poussé au cul, tout était urgent pour tout le monde… puis lui avait sorti le truc: la pluie avait délavé la vieille Austin. A part quelques mots écrits sur une feuille arrachée, dans la boîte à gant, peu probable qu’on y trouve quoi que ce soit de valable, quelques empreintes, à voir ; pour la maison, confirmation pour la serrure intacte de la porte, ils cherchaient sur les draps…Tout un poème. Et aussi, ces petits bouts de papier déchirés, comme mâchouillés, éparpillés aux quatre coins de la maison. Ça avait demandé quelques efforts pour reconstituer le tout  mais ils avaient réussi:

« Et ce n’est pas chose étrange,

S’il en est tant qu’Il mange.

Ne sont pas de la même sorte :

sans fiel et

privés, complaisants

Suivent les jeunes dem

Jusque dans les maiso»

Il manquait un bout . C’était quoi c’te merde ! Un connard en mal d’inspiration ? Jacques lui avait envoyé le texte en même temps qu’il lisait. « Tape-le dans google, tu vas te marrer », avait-il dit. Hein ? ça foutait les poils, c’est con. Il avait rameuté un bout de l’équipe. Quelques coups de fils plus tard, quelques heures d’attente en plus. Silence lourdingue après le debrief. Ils l’avaient regardé partir à l’abattoir vers son bureau, le pied traînant, le dos un peu plus voûté, éprouvant tous un soulagement coupable d’être à leur place. Un goût métallique dans la bouche, il était allé frappé chez la patronne lui donner les trouvailles de Jacques, lui dire qu’ils s’étaient démenés à interroger les services archive des grande villes du Comté sur les disparitions non-élucidées de jeunes filles ces dernières années. Les données arrivaient les unes après les autres. Une, deux, trois, neuf… Pour chaque affaire, quelques mots du texte reconstitué à Moulin Vieux. Nom de… Nom de… Il avait juste remplacé un mot. Et cette fois, le texte quasi en entier ici. Il voulait qu’on le trouve, mais pas trop vite, ça s’étalait sur plusieurs années. Il faisait durer. Et puis, ça s’accélérait brutalement. Fallait que ça tombe sur eux ! Mais concrètement, on avait quoi ? Des indices, une piste, un suspect ? Personne n’avait rien vu, on interrogeait les proches, les voisins. La chef avait hurlé : « vous me voyez dire au Préfet qui on cherche inspecteur ? » Et elle l’avait fichu dehors à coups de menaces pas reluisantes pour sa carrière « si on ne lui apportait pas fissa des avancées plus digestes à se mettre sous la dent ! » Très drôle !

Par Ann

Texte de Yves-Marin

Mécanique, Céleste.

Je ne sais pas de quoi rêvent les voitures, je ne sais pas si quelqu’un le sait, ni si quelqu’un s’est jamais posé la question. Je ne le sais pas parce je ne les connais pas bien. Nous sommes tellement nombreuses. Nous sommes à ce point vouées à la vitesse qu’il ne semble pas que le songe puisse faire partie de nos vies. Nous roulons notre bosse sur cette Terre en tous sens, à toute heure, par tous les temps. C’est « roule ou crève ». Je crois d’ailleurs que la Terre qui nous porte s’en fiche. Elle devrait pourtant nous comprendre, elle qui poursuit sa course inéluctable autour de l’astre, elle qui tourne sur elle-même comme une imperturbable folle, sans un moment pour se reposer, sans jamais un moment pour souffler. C’est à croire qu’elle a été condamnée à un supplice sans fin. Se demande-t-elle parfois à quoi ça rime, tout ça, sa révolution et sa rotation qui durent depuis des centaines de millions d’années et qui continueront jusqu’à la fin des temps ? Enfin, jusqu’à la mort de notre soleil, dans quelques milliards d’années tout de même.

Nous sommes très nombreuses, presque aussi nombreuses que les hommes ; plus nombreuses qu’on ne le croit si l’on ajoute toutes celles, vieillies, fatiguées, arrivées en bout de course, qu’un sort implacable a condamnées au rebut, « mises à la casse », comme disent nos propriétaires. Je les vois ces cavaliers du bitume : hier encore si fiers de nos couleurs éclatantes, aujourd’hui si indifférents devant nos tôles branlantes. Je me demande si, au fond d’eux-mêmes, ils ne ressentent pas un peu de honte. Ils nous utilisent, ils usent de nous, ils abusent de nos forces ; ils se servent de nous pour leurs petites vanités (j’ai la plus belle, la plus longue, la plus grosse, la plus haute, la plus puissante, vous voyez ce que je veux dire …) et puis ils nous jettent quand une autre, plus jeune, mieux roulée déboule sur le marché.

J’en croise, il est vrai, tous les jours. Il m’arrive de les observer, quand j’en ai le temps, pendant les embouteillages surtout. Je vois bien, au petit matin, qu’elles ont de la peine à s’échauffer et à se libérer de la froide torpeur de la nuit et, le soir, je remarque les paupières qui tombent, j’entends les moteurs qui crachotent, les jointures qui grincent. J’aimerais en arrêter quelques-unes, les appeler par leur petit nom – Giulietta, Twingo, RX 220 –, leur proposer une pause au bord de la route, et prendre le temps d’échanger vrombissements, ronflements, feulements. J’ai l’impression qu’elles aimeraient se confier, discrètement, prendre conseil auprès de leurs sœurs, parler de leurs difficultés ou de leurs espérances. Mais, que voulez-vous ? Nous filons, nous filons, toujours en avant, toujours en retard, nous cavalons avec nos maîtres toujours pressés d’arriver quelque part. Ils aimeraient arriver avant d’être partis. Plus j’y pense, plus je me dis que nous servons à assouvir le désir qu’ont les hommes d’aller en avant du temps, d’en précéder la course, d’en annuler la trajectoire. Nous servons à nourrir leurs fantasmes. Ils aimeraient tant n’avoir à traverser ni le temps ni l’espace, se déplacer dans l’instant et se sentir libérés de la lourdeur de leur corps. Mine de rien, nous sommes des véhicules métaphysiques. Oui, je sais, « métaphysique », ça fait pédant. C’est la faute à mon propriétaire. C’est un savant. Il m’a prénommée Céleste, un peu parce qu’il m’a choisie bleu ciel mais surtout parce qu’il s’intéresse à la mécanique. Je l’ai entendu dire que selon certaines théories très avancées le corps d’un humain est une sorte de mécanique de précision et, plus encore, que le poste de commande, le cerveau, est lui-même une machine perfectionnée, la plus accomplie de l’Univers. Il est capable de construire d’autres machines qui bientôt feront tout mieux que lui : compter (je ne suis pas surprise), conduire une voiture (allons donc !), penser, désirer, créer (d’autres machines ?).

C’est drôle quand on y pense : une petite machinée très compliquée logée dans une machine plus grande et le tout installé, bien au chaud, entre mes flancs. Un emboîtement de machines en mouvement. Et tout ça tourne en rond autour du soleil. Personne ne sait pourquoi.

Céleste.

Par Yves-Marin

Texte de Mélanie

De son ancienne vie, elle n’avait pu garder que sa vieille bagnole, qui avait été jugée sans valeur par le syndic de faillite, lors de la saisie de tous ses biens il y avait de cela déjà un mois.

Cette vieille Audi 1998, elle n’avait aucun charme ni intérêt pour le commun des mortels, mais elle représentait désormais tout pour Louna.

Elle, dont l’estime s’était construite par l’acquisition continue d’objets luxueux, trouvait désormais refuge dans ce ramassis de tôle rouillée, à la couleur vert bouteille douteuse. Autant dire qu’elle avait raté sa vie, et de façon monumentale.

La banquette arrière de son nouveau domicile, recouverte d’une courtepointe jaunie, lui servait désormais de couchette.

Le coffre, utilisé auparavant pour entreposer ses nouvelles trouvailles lors de séances de magasinage, n’en était désormais plus un au trésor. Louna y avait entreposé le contenu de la grande bibliothèque qu’elle possédait jadis dans son studio grandiose (le syndic n’ayant pas saisi le contenu de ce meuble d’époque, le considérant sans valeur marchande). Recueils classiques, bouquins informatifs et romans historiques l’encombraient désormais à ras-bord. Louna avait possédé chacun de ces ouvrages mais n’en avait lu aucun.

Sans savoir pourquoi cependant, elle avait décidé de les garder, tous ces livres. Peut-être pourraient-ils lui être utiles un jour… Peut-être pourraient-ils la faire briller à nouveau, en masquant le caractère superficiel de son savoir, par leur simple possession. Peut-être lui serviraient-ils à attiser un feu, à l’arrivée des jours glaciaux, la chaufferette de son véhicule étant capricieuse ces dernières années.

La banquette passager s’était quant à elle métamorphosée en garde-manger. Conserves de poisson, craquelins, sachets de noix et autres denrées non périssables y étaient empilés dans de grosses boîtes format bon marché.

La majorité des heures de sa vie se déroulait donc dans un habitacle de 2 mètres carrés, depuis quatre semaines déjà. Au moins une fois par jour, Louna sortait du véhicule, garé dans le stationnement d’un supermarché, pour se dégourdir et pour aller assouvir certains besoins de base dans les toilettes publiques.

Le reste du temps, elle rêvassait en observant les clients déambuler avec leurs paniers débordant de toutes sortes d’objets hétéroclites.

Celle-ci avait choisi ce stationnement parce qu’il était permis aux voyageurs se déplaçant en mobile home d’y demeurer quelques nuits. Elle se considérait aussi comme une voyageuse désormais, à la simple différence qu’elle était actuellement en naufrage dans ce lieu.

Ce soir là, après avoir ingurgité une conserve de thon aneth et ail sur le siège conducteur, en syntonisant une chaîne de musique populaire à la radio, elle tenta de trouver sommeil emmitouflée dans sa courtepointe. Comme à l’habitude, le sommeil ne vint pas. En se retournant, pour adopter une position plus confortable, elle sentit la fermeture-éclair de son pull se coincer dans une portion déchirée de la banquette.

Cette déchirure dans la banquette, résultat d’un incident anodin survenu il y avait de cela une quinzaine d’années, avait changé le cours de son existence.

C’est à ce moment qu’elle se remit à songer à lui de plus belle, sa voiture étant un objet de réminiscence puissant ces derniers jours, le seul objet désormais présent dans sa vie la reliant à son passé.

Pour éviter une montée soudaine d’anxiété, elle y plongea la main dans ce bout de tissu écartelé et l’éventra de plus belle dans un geste brusque et libérateur. Dans la noirceur, elle tâta le matériel synthétique composant la banquette et fit l’inventaire des petits objets s’y étant glissés au fil des années : chewing-gum durci (qu’elle déballa et porta à sa bouche impulsivement), pièce de monnaie, trombone et grains fins d’une substance quelconque non identifiable. Cet exercice eu sur elle un effet calmant et c’est l’esprit un peu plus léger qu’elle s’endormit, le chewing-gum au palais.

 par Mélanie

Proposition 09/2017

Bonsoir, 

Voilà, comme prévu, nous sommes dimanche soir et l’atelier prend fin. Les commentaires ont été clos sur l’ensemble des textes, mais vous gardez bien entendu la possibilité de les consulter. 

Merci pour votre participation à cet atelier !

Le prochain atelier aura lieu en octobre (lancement le vendredi 6 au soir).

Bonne fin de soirée et bonne continuation à vous tous!

Gaëlle

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Bonjour à tous,

Je suis heureuse de vous retrouver sur ecrire-en-ligne en ce mois de septembre. J’espère que l’été fut bon, et que vous revenez avec plein d’envies créatives et de riches idées !

Pour redémarrer en douceur (ou pas… !), je vous propose ce mois-ci de construire votre texte autour d’une voiture.

Vieux tacot ou bolide ultra moderne, premier plan ou élément secondaire du texte : peu importe. Faites-en un personnage à part entière, doté de parole, ou un pur objet de décor, comme bon vous semblera. Rajoutez-lui un conducteur/une conductrice, insolite ou pas, voire plusieurs ; ou dotez-là d’un pilote automatique ; ou retirez-lui son moteur (ça arrive) ; ou autre chose encore… Faites lui faire un long périple ou remisez-là dans une vieille grange ; truffez-la de gadgets façon James Bond, faites la voler, ou promenez-la plus classiquement sur des petites routes tranquilles… Vous avez le choix !

Bref, inventez « votre » histoire de voiture, à votre guise, laissez les images et les mots déambuler autour du véhicule que vous imaginerez, et embarquez-nous avec vous dans ce voyage !

Bonne écriture à tous !

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