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Ateliers d’écriture créative, de fictions, animés par Francis Mizio

Proposition d’écriture – décembre 2021

Désolé, pour la proposition d’écriture de ce mois-ci : cela commence sur du pas très gai et un peu pensum, mais il faut que j’explique de façon liminaire pourquoi cette proposition. Comme beaucoup, j’imagine, j’ai été affligé par la mort des 27 migrants il y a quelques jours dans la Manche, et pourtant je ne devrais plus l’être parce que de façon abominable nous y sommes habitués, mithridatisés, parce qu’on a tout fait pour pour que nous nous y habituions, parce qu’il y a eu des centaines de fois bien pire en Méditerranée (*). Habitués aussi parce que des bateaux humanitaires se sont faits refouler de nombreux ports méditerranéens, dont français, ou parce que des gens ont été condamnés pour un incroyable « délit de solidarité »… Parce que cela fait partie du quotidien sur des volumes bien plus importants que les 27 malheureux récents.  Parce qu’on a bu la coupe de notre honte jusqu’à la lie et au-delà. Pourquoi le drame de la Manche frappe-t-il si fort soudain ? Sans doute la loi de proximité (la Méditerranée, c’est plus loin, c’est grand,  il y a plein de pays autour, c’est indistinct, loin… Ce n’est pas complètement l’Europe. Sans doute parce qu’on fait tout ici pour qu’ils ne restent surtout pas. Sans doute en parle-t-on tant aussi parce qu’il s’agit de faire pression sur la Grande-Bretagne… Mais breeeef. Ça, c’est le déclencheur de mon envie de proposition d’écriture ; à chaque fois, il y en a un.

Un réfugié à la radio expliquait en, substance que par temps clair on voit les côtes britanniques à l’horizon, tant qu’on a l’impression de pouvoir les toucher du doigt. Il est donc forcément impensable de ne pas tenter la traversée.  (**) Cette phrase, pourtant simple et évidente, à propos de l’horizon palpable et donc plus que jamais et à jamais irrésistible, m’a frappé. Ces gens n’avaient pas ou plus d’horizon chez eux, sont partis avec tous les dangers pour un horizon lointain, et ont péri alors que l’horizon était juste à leur portée.

De fil en aiguille, je me suis mis à réfléchir sur la notion d’horizon qui oscille en permanence entre sens géographique et sens métaphorique, symbolique : moi-même petit-flls d’un immigré polonais de l’entre deux guerres, je suis né à Melun (77), soit à mi-chemin presque de l’horizon où mon grand-père voulait se rendre (il voulait aller s’installer au Canada, il a été refoulé à l’embarquement par une sorte de devinette – tirage au sort, et a donc fait sa vie en France après s’être engagé dans l’armée française quelques temps). Changeant d’horizon géographique, son nouvel horizon symbolique était devenu désormais l’intégration en France et y mener une vie du meilleur qu’il puisse. Pour ma part, des décennies après et sans aucun rapport avec l’histoire de mon grand-père, une nuit d’encre assis seul sur une plage d’une île (Hainan) au sud de la Chine, je regardais pour ma part passer à l’horizon de microscopiques mais innombrables lumières de cargos, et la simple vision de cet horizon qui m’est paru soudain infini et vertigineux m’a tellement chamboulé que lorsque je suis rentré en France, j’ai balayé tout ce que je vivais et faisais à l’époque pour prendre de nouvelles directions, pour me fixer de nouveaux objectifs ; bref connaître de nouveaux horizons tant géographiques que personnels et professionnels.
Je me disais donc que la notion d’horizon (géographique, métaphorique, symbolique, qui est devant, qui est derrière, ou partout en même temps) pouvait être un thème intéressant d’écriture. Lorsque j’étais gamin j’étais abreuvé de romans d’un certain Roger Frison-Roche, sans doute oublié aujourd’hui : romans d’aventures en montagne ou dans les déserts du Hoggar. Il y était sans cesse question d’horizons : soit d’oasis ou de ligne de crête des dunes, soit de montagne à passer d’où s’échapper pour retrouver l’horizon. Il était question d’horizon piège (le mirage dans le désert), comme d’horizon salvateur (le retour à la société). Plus tard, je me souviens adolescent avoir lu un des plus époustouflants romans de la SF mondiale, Le Monde Inverti, de Christopher Priest, qui narre une société vivant dans une arche gigantesque et qui, sur roues, avance sur des rails qu’une guilde démonte derrière elle pour les remonter devant, peinant à la poursuite d’un « point optimum » qui est à l’horizon, et dont la position est calculée en permanence par des sortes de prêtres (Première phrase, célèbre et culte dans la littérature SF  : « J’avais atteint l’âge de mille kilomètres »). L’horizon y est, et géographique et métaphorique.

Mais bref, je blablate et vous ne voyez pas le bout de ce tunnel, pourtant l’horizon est quelque chose qui vous aussi vous anime (sortir enfin de cette longue proposition d’écriture par exemple), et j’espère, va vous inspirer : on a chacun sa terre promise, ses idées d’avenir, ses objectifs,  On a aussi connu d’autres horizons. On peut en être aussi bien en être revenu dans tous les sens du terme. On peut aimer pour tout horizon qu’un horizon proche, que cet arbre dans la cour auprès duquel on vit heureux (version Brassens ou après mésaventures et désillusions version Cabrel, ; tous deux quand même dans une approche tradi et discutable « finalement fallait pas bouger pas de chez toi, Coco » ), mais cela ne signifie par pour autant que l’horizon fut, soit, ou sera bouché. À chacun le sien. On peut avoir été aussi privé d’horizon, ni même ne jamais en avoir eu (la formule : « mon passé est détestable, mon présent est sans intérêt, heureusement je n’ai pas d’avenir »). Mais heureusement on peut s’en inventer. On peut s’en fixer. On peut en offrir. Ça s’appelle l’espoir, ou l’ambition, les lendemains qu’on suppose scintillants. Il peut arriver que les horizons perdus mènent à des utopies. Il peut arriver que l’horizon soit quelqu’un, ou quelque chose. Il peut arriver que l’horizon ne soit qu’un instant. On peut vivre dans un pays où le ciel c’était l’horizon (et les hommes des mineurs de fond, etc.), parce qu’il est vrai que mine de rien le ciel, n’empêche, ça compte pour l’horizon (Avec un ciel si bas / Qu’un canal s’est perdu /  Avec un ciel si bas / Qu’il fait l’humilité… Ambiance…) parfois même on ne le voit plus car il se  fond littéralement avec la mer — et c’est ce qui arrive aux migrants malheureux.

Alors, voilà : l’horizon. Que cela vous évoque-t-il  et quels horizons allez-vous faire vivre à vos personnages ? Quels sont les horizons à atteindre, ceux à fuir, ceux dont il faut rêver ? Les petits, les grands, les lointains, les tous proches… ? Ceux en lesquels il faut croire, ou ceux dont il faut se défier… ? Celui qu’on a vu ? Celui qu’on ne voit vraiment pas ? Ceux auxquels on ne pense pas, qu’on ne sait pas, parce qu’on ne s’est jamais retourné ? Celui qu’on atteindra jamais car il avance  en même temps que soi… ?

Enfin, l’horizon, quoi, ce truc, là ici, ou tout là-bas, mais sur lequel nos yeux sont rivés ?

(Notez que cette proposition d’écriture est la dernière à l’horizon 2022).


(*) D’après Amnesty International : entre janvier 2014 et septembre 2018, 28 555 migrants sont morts ou disparus en Méditerranée alors qu’ils tentaient d’atteindre les côtes de l’Europe dont 1300 enfants.
(**) D’autant que tout est cyniquement fait en permanence pour leur rendre la vie impossible sur les côtes françaises, qu’ils ont déjà vécu mille maux et pas des moindres, et encourus mille déjà périls avant d’échouer à Calais où on leur complique l’accès à l’eau, et où la police leur lacère leur tente régulièrement la nuit. Alors forcément, l’horizon : le but, le salut, la destination d’arrivée sont si prêts que rien ne les arrêtera.

Vidéo : cc – Coverr. Photos : cc – Pixabay.

Proposition d’écriture – Novembre 2021

Alors que je cherchais en ce week-end de Toussaint une idée de proposition d’écriture, je découvre dans une angle de plafond au dessus d’une porte menant sur le jardin une sorte de nid de coccinelles qui, agglutinées, ont l’air d’avoir décidé de passer résolument l’hiver en colocation hibernatoire. De fil en aiguille (la Toussaint, Halloween, les citrouilles, les sorcières et autres trucs fantastiques + des coccinelles ; allez savoir comment fonctionnent les associations d’idées), je me souviens de cette superstition (dont l’origine est obscure) qui veut que si une coccinelle se pose sur vous, il faut compter les points qu’elle a sur le dos afin de déterminer le nombre de mois de bonheur et de chance à venir. Par ailleurs, la croyance la plus connue dit aussi que, toujours si la coccinelle se pose sur vous, il fera beau dimanche ! Il se passe que cet été j’ai eu plusieurs fois des coccinelles qui se sont posées sur moi, mais pour autant juillet a été pourri (mais bon). Continue reading

Texte de Zazie6454 – « Sancta Panna » *

Lorsque Saint-Pierre entra sans frapper dans Son bureau, il était au bord de l’implosion. Ses cheveux blancs hirsutes, les lunettes posées de guingois sur son nez qu’il avait proéminent, ses lèvres pincées suffisaient à montrer son impatience. Bien que Saint-Pierre soufflât comme un bœuf, Il leva à peine un sourcil de son journal et poursuivit sa lecture. De longues secondes passèrent durant lesquelles Saint-Pierre fit ostensiblement craquer ses phalanges ; il savait pertinemment que cela L’insupportait au plus haut point. Enfin, Il reposa son journal sur Son bureau blanc et dit d’une voix légèrement irritée :
« Eh bien mon vieil ami, que se passe-t-il ce matin qui semble tant vous agacer  ?
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Texte de Melle47 – « La Panne » *

Clémentine ferme les yeux, gonfle ses joues, soupire bruyamment. Elle laisse glisser son dos contre la paroi jusqu’à poser doucement ses fesses au sol. Elle ramène ses jambes contre elle, les serre, cache son nez dans ses genoux, se donne un moment. Elle se sent abandonnée, tout est si calme autour d’elle, il fait si sombre. Le souffle d’une respiration lente caresse à peine ses oreilles. Elle lève la tête, ouvre les yeux. Devant elle, l’autre lui sourit. Elle lui rend son sourire.
« Hey, je m’croyais seule ».
Nouvel échange de sourires timides. Continue reading

Proposition d’écriture – octobre 2021

La photo ci-dessus, ambiance film d’angoisse et de zombies, a été prise mercredi dernier 22 septembre 2021 à 18h16 au Aburi Crafts Village, un village réputé d’artisans ghanéens près d’Accra la capitale ; village mitoyen d’un habitat très pauvre et délabré : tissus, vêtements, statuettes, et mille choses belles ou hideuses, artistiques ou merdasseries navrantes pour touristes…  La nuit venait de tomber brutalement sur le pays, et nous, en panne de batterie depuis quelques minutes à cause d’une voiture trop peu récente d’un copain du cousin du mec qui connait un gars qui a une bagnole à louer pour trois fois rien (ce qui là-bas correspond à 7 fois 3 fois rien). Nous étions au  bord de la route, avec ma compagne et ma fille et nous nous demandions comment nous allions nous sortir de cette situation. Il n’y avait pas de couverture téléphonique à cet endroit, pas de GPS ni d’internet sur nos smartphones (mais comment ont fait Mungo Park, Stanley et Livingstone ?). Peu de circulation sur la route. Je ne parle pas la langue locale (et très mal l’anglais, que s’en est pathétique), On a du mal à comprendre l’anglais avec l’accent africain, même quand ils ne portent pas de masques. J’ignorais si la notion de garage et de garagiste existe même à cet endroit… Et soudain dans la brume et la fumée apparurent ces silhouettes. J’ai pris aussitôt une photo pour qu’on la retrouve sur les restes de mon corps de touriste en panne dévoré par des walking deads. De nos jours il faut tout documenter en temps réel.
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Texte de Khea – « Invitation » *

Il y a une éternité que je n’ai pas remis les pieds ici, et pourtant ce n’est pas encore assez. Je suis devant Ta maison. Le portail est là, à quelques mètres de moi, avec ses deux vantaux fermés. Aucune sculpture ne l’orne. Il est fait de planches de chêne et de clous. Dans ma mémoire d’enfant, il était colossal. Aujourd’hui, je le trouve austère et vieux. Je me rapproche de quelques pas. La porte dissimulée dans le vantail droit est ouverte.

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Texte de Melle47 – « Se prendre la tête… » *

Marius coupe le contact, fait le tour de la voiture, ouvre la portière et tend la main.
 » Allons-y Zoé, plus vite c’est fait…  »
Il se mort la langue…
« Ben, plus vite c’est fait. Enfin… plus vite c’est installé quoi…  »
Il hausse les épaules, sourit bêtement. Elle attrape la main tendue qui les aide, elle et son gros ventre à s’extirper du véhicule.
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Texte de Marine – « La dernière porte » *

J’ouvre les yeux difficilement. Je frissonne, l’air ambiant s’est rafraîchi depuis quelques jours. De là où je suis, j’aperçois un bout du ciel, parsemé de nuages du gris clair au gris foncé. Le bleu a disparu. La saison automnale s’annonce. Je ferme les yeux et se dessine alors sous mes paumières un paysage vallonné, avec ses forêts de feuillus aux couleurs d’or et de rouille aux nuances intenses. Je m’y promène, la plupart du temps en présence de mes fidèles compagnes, truffes au sol, reniflant la mousse, soulevant les feuilles déposées ici et là, s’arrêtant subitement au pied d’un arbre pour aboyer sur l’écureuil qui, imperturbable, poursuit son ascension… C’est comme si j’y étais, là, maintenant…
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Proposition d’écriture – septembre 2021

Après avoir poussé la porte de chez moi en ce jour de rentrée, après avoir vérifié que mon aquarium tropical ne s’était pas transformé en bouillabaisse immonde, que mes plantes vertes ne s’étaient pas auto-compostées, j’ai commencé, comme chaque veille d’atelier d’écriture, à me ronger les ongles jusqu’aux épaules en me disant « bon sang, quel sujet vais-je bien pouvoir trouver ce mois-ci ? ». J’étais au bord du collapse lorsque je suis tombé sur un article de Courrier international (> il est ici) relatant un ouvrage d’un historien espagnol qui propose au travers de 22 portes célèbres de découvrir les époques, les mœurs et les cultures qui se cachent derrière. Je me suis dit que que c’était une sacrée bonne idée d’ouvrage… et soudain la lumière a franchi mon seuil : je tenais là un sujet d’écriture riche de possibilités. Vous l’avez compris : la proposition d’écriture de ce mois-ci est la porte. La porte qu’on soit devant ou derrière, proche ou éloigné… est bourrée de fictions.

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Texte de Khea – « Retraite au jardin » *

Assise dans le vieux rocking chair en rotin, un coussin mœlleux sous la nuque, je les attends. Ils m’ont appelée la semaine dernière pour me prévenir de leur visite. Lundi en huit, le deux novembre, jour de la fête des Morts. J’étais persuadée être débarrassée d’eux, depuis l’épisode du jardin mis sens dessus dessous, au printemps dernier.
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Proposition d’écriture – Juin 2021

Vous avez remarqué qu’en ce moment, on a l’impression que l’époque nous incite à dire tout le temps : « C’est le bouquet », soit, c’est le pire, l’apothéose dans un sens ironique et négatif — et pourtant normalement le bouquet du feu d’artifice est le plus beau moment du spectacle.
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Texte de Ketriken – « Tout ça pour ça »

16H30 : Toute la classe des CM2 s’est vidée aux bruits des chaises tirées sur le sol, des cartables trainés sur les tables avant d’être calés sous le bras, des godillots trop lourds et trop chauds en cette saison.
Hormis Pascal Borel, Denis Ouvrard, et Henry Maillard, tous les garçons accrochent rapidement et n’importe comment leurs blouses uniformément grises aux porte manteaux de l’entrée et s’ébrouent comme des jeunes chiots dans la cour. Certains jouent la prolongation pour une dernière partie de billes sous le préau, d’autres se bousculent sans ménagement, et quelques uns traversent la route pour aller jouer sur le parvis de l’église qui est juste en face de l’école de garçons. Tous savent qu’il est dangereux de traverser à cet endroit précis. École et église sont au cœur du bourg, juste dans le virage en épingle à cheveux. Elles se font face et semblent s’accorder pour absorber alternativement leurs lots d’enfants : école, catéchèse, messes, communions…. à croire que curés et instituteurs s’organisent secrètement pour ne laisser aucune place à la liberté de jouer, voire même la liberté de penser !
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