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Ateliers d’écriture créative, de fictions, animés par Francis Mizio

Texte de Melle47 – « Totalement timbré » *

« Approche-toi, que je te serre dans mes bras. »
Elle m’écrase contre son torse et fourre son nez dans mes cheveux. Ses mains caressent tendrement mon dos.
« Tu embrasses ta maman pour moi, ma Cocotte. Et surtout, tu reviens me voir quand tu veux. »
Elle s’écarte, me lâche et m’enjoint de filer, une petite claque sur les fesses. Je la regarde ahurie. Jette un œil inquiet à droite puis à gauche. Croise de nouveau son regard. Elle a barré sa bouche de sa main tannée comme pour étouffer un cri. Personne ne semble avoir remarqué son geste. Nous pouffons sans mot dire puis elle agite ses bras pour me faire déguerpir au plus vite.
« Allez, disparais, disparais, tu déteins sur moi. Regarde ce que tu me fais faire, on va finir par se faire pincer. »
Je me retourne hilare et trottine vers la file d’attente, trainant ma valise derrière moi.
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Texte de Betty – « Les animaux en Absurdie » *

Que justice soit rendue ! L’évêque Martin et le juge François étaient tous deux persuadés avoir obligation de faire respecter ce précepte. L’Église et l’État se succédèrent donc au fil du temps et nous nous autoriserons ici à faire traverser les siècles à nos deux personnages, leur carrière débutant au XIIe pour s’achever au XVIIe. Cela leur laissa largement le temps de sévir, en attendant que de nos jours surgissent des plaintes bien différentes, mais dont le ridicule n’a rien à envier aux procès extravagants qui occupèrent leurs longues, très longues vies.
Voici quelques affaires qui incombèrent à l’homme d’Église et à l’homme de loi. Aussi insensées nous semblent-elles aujourd’hui, elles ne révoltèrent (ni heureusement n’amusèrent) personne, leur cruauté tout autant que leur ridicule échappant aux contemporains des deux hommes qui mirent tout leur cœur à faire d’eux ce que le peuple en attendait.
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Proposition d’écriture avril 2021

Sans doute ne vous a-t-il pas échappé que nous sommes soumis depuis quelques temps à des ordres, des décrets, des contraintes étranges, que l’on peut ressentir parfois (souvent ?) comme absurdes. Vous vous souvenez certainement de la dernière formule de l’attestation de sortie qui faisait deux pages et,  incompréhensible et labyrinthique, n’a pas tenu plus d’une journée… (Les conférences de presse de Jean Castex font d’ailleurs l’objet >>  de joyeux détournements).

À moi qui vit dans une région où un maire il y a quelques années a promulgué un arrêté interdisant aux castors locaux de lui pourrir les berges de sa rivière communale est venue l’envie devant toutes ces frénésies de contraintes tous azimuts de vous inciter à la désobéissance civile rigolarde, à la sédition fantaisiste, à  la transgression joyeuse… Ou de vous motiver à nous passer un message grave ou sérieux, si tel est votre choix, sur l’irrespect de la loi et de l’ordre, du règlement ou de la consigne… Bref, d’avoir votre point de vue de façon littéraire.  Comment ? : en vous proposant d’écrire donc sur la loi inepte, les règlements absurdes, les diktats idiots, l’autoritarisme insupportable… De telles avanies, on en a toutes et tous connues dans la vie, en entreprise, en famille même, parfois. On en subi toujours (et ce n’est pas terminé, je le crains). Et si créer c’est vivre, dit-on, outrepasser, ce n’est peut-être pas bien, mais c’est pas mal non plus.

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Texte de Mistouflone – *

C’est le dernier jour. J’essaie de ne pas trop penser à demain et de me concentrer sur les dernières heures. Je sais que son père arrivera en fin de matinée, vers 11h. On lui proposera de rester déjeuner avant de repartir, et il feindra de ne pas pouvoir. Il ne veut pas repartir trop tard pour avaler les kilomètres et être en forme pour la reprise. Il ne résistera pas longtemps et il acceptera de s’attabler. Ce sera la période de transition, elle passera de mes genoux à ceux d’Éliane, picorant dans nos assiettes et elle aura envie de montrer tous ses trésors à son père. Elle mangera en dessert le dernier petit suisse avec du sucre, que je lui fouetterai dans son bol bleu. Ils partiront juste après le café, dans lequel elle aura trempé un sucre pour faire un canard, en croyant qu’on ne l’a pas vue faire.
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Texte de Khea – « Été 1945 – Acy-en-Multien – Oise » *

Le car entre dans Acy-en-Multien par la vieille route de Meaux, en bas du village. Il tourne à droite pour monter la Grande Rue où son arrêt l’attend, en haut, le long de la place du marché, centre de cette bourgade. Le clocher de l’église sonne douze coups. Les portes du car s’ouvrent pour laisser descendre les passagers. Un jeune couple saute en bas de la marche, léger, presqu’aérien. Derrière eux, une dame entre deux âges, chargée d’un panier soigneusement recouvert d’un torchon immaculé blanc sur son bras, entame la descente lourdement en se tenant à la porte. Un homme descend à son tour. C’est le dernier passager. Le car ferme ses portes, se remet en route.
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Texte de Ketriken – « Une balle, une seule » *

Il s’organise mentalement pour s’isoler du capharnaüm ambiant. Il fait progressivement abstraction des lumières artificielles et des bruits, des odeurs et des couleurs et du mouvement continu de la foule. Il fait aussi abstraction de ses préoccupations ou obligations, veut oublier sa culture de tabac à confier à la SEITA, son tracteur qui tousse un peu, voire un peu trop, la météo peu clémente aux cultures et les arrosages presque continus, et son chien, son pauvre vieux chien couché dans la grange sans grand espoir qu’il se relève dans les heures à venir. Il se centre sur lui-même, seulement lui et rien d’autre, et enclenche le processus de concentration nécessaire à ce qui doit arriver dans la minute à venir.
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Texte de Tom – « Yuri » *

« Il faut toujours viser la lune, car même en cas d’échec, on atterrit dans les étoiles. »
Oscar Wilde

Hanna Bauer, avec la lenteur qu’imposait le poids de ses nombreuses années sur ses vieilles articulations, pénétra dans le sombre bureau de son immense demeure californienne, une modeste pièce sentant le renfermé et la poussière endormie et qui ne servait guère depuis que son mari jouissait d’une retraite bien méritée. Assis devant la grande bibliothèque, Ethan Bauer, son troisième petit-fils — le plus jeune enfant de sa benjamine —, regardait avec attention les livres à sa portée. Il parlait déjà fort bien pour son âge, mais ne savait pas encore lire. Ethan agrippa l’ouvrage qui lui semblait le plus beau – un énorme livre à la couverture rouge et noir — et le tendit à sa grand-mère, en lui demandant de lui raconter l’histoire qu’il contenait.

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Proposition d’écriture – mars 2021

Allez, on va travailler encore une fois sur la photographie, mais promis… c’est la dernière fois car je pense qu’après on aura fait ici définitivement le tour de la question. Certaines d’entre vous (les anciennes de l’atelier) ont peut-être participé à l’atelier > écrire à partir d’une photo imaginaire ou personnelle, de votre choix ; c’était la photo elle-même comme sujet ou objet, mais aussi comme gimmick apparaissant dans pratiquement tous les romans), ou à l’atelier sur les personnages imaginaires > nouvelles inspirées par des portraits générés par une intelligence artificielle : cette fois, afin de clore ce champ-là (à mon avis), on va se prendre la photographie comme « des bribes d’intimité qui fonctionnent comme des fictions littéraires ». C’est Sylvain Morand conservateur du musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg, qui en 2008 a définit très justement cela ainsi dans le catalogue de l’exposition  « Instants anonymes » au musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg (qui s’est déroulée du 4 avril au 14 septembre 2008 – il y a 12 ans, oui). Cette exposition magnifique présentait des centaines de photographies prises par des anonymes : photos de famille, de couple, de vacances, de tout et de rien, de vie… d’une banalité a priori totale, issues entre autres du fonds immense d’une collectionneuse, Anne-Marie Garat.
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Texte de Ktou14 – « Mes quatre saisons »

La porte-fenêtre donnant sur la terrasse est ouverte afin de recueillir un improbable courant d’air. Ces canicules qui arrivent de plus en plus tôt dans l’année sont épuisantes et celle-ci ne fait pas exception.
Pourtant, des grondements lointains sur Paris et les éclairs qui zèbrent le ciel laissent espérer que crève cet abcès de chaleur.
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Texte de Zazie6454 – « On dirait le Sud » *

Été 1971 – Mon frère et moi attendions Papa de pied ferme depuis une demi-heure, postés dans la cour, chacun voulant avoir le privilège de l’apercevoir le premier. Plus petite en taille et en âge, je trichais en passant ma tête entre les barreaux tandis que Jean-Marc regardait au loin par-dessus la porte. Maman nous parlait de la fenêtre de la chambre du 1er étage, nous mettant en garde contre le soleil, et nous rappelant que même s’il fait chaud, il fait bon, la vie coule comme une chanson, nous devions garder casquette et chapeau de paille sur nos têtes et non par terre.
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Texte de Khea – « L’ami Ricoré » *

C’est une vraie fournaise. On a pourtant baissé les stores, laissé les portes et fenêtres ouvertes de chaque bureau pour tenter de créer un courant d’air. Initiative improductive, la canicule de ce mois de juillet est sans pitié. Chaleur, sudation. Quelques chanceux se sont équipés d’un mini-ventilateur de table, Calor est devenu leur meilleur ami.

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Texte de Betty – « Météo » *

Je venais de commencer l’ascension de la dune. Un vent tiède s’était levé et hurlait maintenant à mes oreilles. Des bribes de souvenirs et de visions fugaces m’assaillaient : des cheveux blonds, des doigts entrelacés, les mains de Thomas posées sur mes épaules, les pressant avec douceur, la brume se levant et nous encerclant comme pour mieux nous isoler du reste du monde … C’était il y a longtemps, quand les étés étaient plus frais !
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