Ateliers d’écriture créative, de fictions, animés par Francis Mizio

Catégorie : Catmars2021

Texte de Mistouflone – *

C’est le dernier jour. J’essaie de ne pas trop penser à demain et de me concentrer sur les dernières heures. Je sais que son père arrivera en fin de matinée, vers 11h. On lui proposera de rester déjeuner avant de repartir, et il feindra de ne pas pouvoir. Il ne veut pas repartir trop tard pour avaler les kilomètres et être en forme pour la reprise. Il ne résistera pas longtemps et il acceptera de s’attabler. Ce sera la période de transition, elle passera de mes genoux à ceux d’Éliane, picorant dans nos assiettes et elle aura envie de montrer tous ses trésors à son père. Elle mangera en dessert le dernier petit suisse avec du sucre, que je lui fouetterai dans son bol bleu. Ils partiront juste après le café, dans lequel elle aura trempé un sucre pour faire un canard, en croyant qu’on ne l’a pas vue faire.
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Texte de Khea – « Été 1945 – Acy-en-Multien – Oise » *

Le car entre dans Acy-en-Multien par la vieille route de Meaux, en bas du village. Il tourne à droite pour monter la Grande Rue où son arrêt l’attend, en haut, le long de la place du marché, centre de cette bourgade. Le clocher de l’église sonne douze coups. Les portes du car s’ouvrent pour laisser descendre les passagers. Un jeune couple saute en bas de la marche, léger, presqu’aérien. Derrière eux, une dame entre deux âges, chargée d’un panier soigneusement recouvert d’un torchon immaculé blanc sur son bras, entame la descente lourdement en se tenant à la porte. Un homme descend à son tour. C’est le dernier passager. Le car ferme ses portes, se remet en route.
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Texte de Ketriken – « Une balle, une seule » *

Il s’organise mentalement pour s’isoler du capharnaüm ambiant. Il fait progressivement abstraction des lumières artificielles et des bruits, des odeurs et des couleurs et du mouvement continu de la foule. Il fait aussi abstraction de ses préoccupations ou obligations, veut oublier sa culture de tabac à confier à la SEITA, son tracteur qui tousse un peu, voire un peu trop, la météo peu clémente aux cultures et les arrosages presque continus, et son chien, son pauvre vieux chien couché dans la grange sans grand espoir qu’il se relève dans les heures à venir. Il se centre sur lui-même, seulement lui et rien d’autre, et enclenche le processus de concentration nécessaire à ce qui doit arriver dans la minute à venir.
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Texte de Tom – « Yuri » *

« Il faut toujours viser la lune, car même en cas d’échec, on atterrit dans les étoiles. »
Oscar Wilde

Hanna Bauer, avec la lenteur qu’imposait le poids de ses nombreuses années sur ses vieilles articulations, pénétra dans le sombre bureau de son immense demeure californienne, une modeste pièce sentant le renfermé et la poussière endormie et qui ne servait guère depuis que son mari jouissait d’une retraite bien méritée. Assis devant la grande bibliothèque, Ethan Bauer, son troisième petit-fils — le plus jeune enfant de sa benjamine —, regardait avec attention les livres à sa portée. Il parlait déjà fort bien pour son âge, mais ne savait pas encore lire. Ethan agrippa l’ouvrage qui lui semblait le plus beau – un énorme livre à la couverture rouge et noir — et le tendit à sa grand-mère, en lui demandant de lui raconter l’histoire qu’il contenait.

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Proposition d’écriture – mars 2021

Allez, on va travailler encore une fois sur la photographie, mais promis… c’est la dernière fois car je pense qu’après on aura fait ici définitivement le tour de la question. Certaines d’entre vous (les anciennes de l’atelier) ont peut-être participé à l’atelier > écrire à partir d’une photo imaginaire ou personnelle, de votre choix ; c’était la photo elle-même comme sujet ou objet, mais aussi comme gimmick apparaissant dans pratiquement tous les romans), ou à l’atelier sur les personnages imaginaires > nouvelles inspirées par des portraits générés par une intelligence artificielle : cette fois, afin de clore ce champ-là (à mon avis), on va se prendre la photographie comme « des bribes d’intimité qui fonctionnent comme des fictions littéraires ». C’est Sylvain Morand conservateur du musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg, qui en 2008 a définit très justement cela ainsi dans le catalogue de l’exposition  « Instants anonymes » au musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg (qui s’est déroulée du 4 avril au 14 septembre 2008 – il y a 12 ans, oui). Cette exposition magnifique présentait des centaines de photographies prises par des anonymes : photos de famille, de couple, de vacances, de tout et de rien, de vie… d’une banalité a priori totale, issues entre autres du fonds immense d’une collectionneuse, Anne-Marie Garat.
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