Ateliers d’écriture créative, de fictions, animés par Francis Mizio

Catégorie : public (Page 1 of 11)

Texte de Ketriken – « Tout ça pour ça »

16H30 : Toute la classe des CM2 s’est vidée aux bruits des chaises tirées sur le sol, des cartables trainés sur les tables avant d’être calés sous le bras, des godillots trop lourds et trop chauds en cette saison.
Hormis Pascal Borel, Denis Ouvrard, et Henry Maillard, tous les garçons accrochent rapidement et n’importe comment leurs blouses uniformément grises aux porte manteaux de l’entrée et s’ébrouent comme des jeunes chiots dans la cour. Certains jouent la prolongation pour une dernière partie de billes sous le préau, d’autres se bousculent sans ménagement, et quelques uns traversent la route pour aller jouer sur le parvis de l’église qui est juste en face de l’école de garçons. Tous savent qu’il est dangereux de traverser à cet endroit précis. École et église sont au cœur du bourg, juste dans le virage en épingle à cheveux. Elles se font face et semblent s’accorder pour absorber alternativement leurs lots d’enfants : école, catéchèse, messes, communions…. à croire que curés et instituteurs s’organisent secrètement pour ne laisser aucune place à la liberté de jouer, voire même la liberté de penser !
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Texte de Melle47 – « Devoir d’école » *

J’inspire un grand coup, gonfle les joues, retiens ma respiration. Ça y est, ça me reprend. J’ai chaud. Mon esprit s’affole, je perds les pédales, toute lucidité me quitte, c’est la panique.
Mes poumons lâchent enfin l’air retenu et mes épaules s’affaissent. Non mais sans blague. C’est quoi ce sujet ? Je jette un œil au prof qui s’est plongé dans son portable me laissant là, démunie devant ce devoir. Celui qui consiste à raconter un souvenir de vacances, je l’aurais fait de nombreuses fois, mais celui-là, franchement… Comme s’il avait senti mon regard désespéré, il lève la tête, croise mon regard et ajoute.
« Deux heures, mademoiselle Truchet… Deux heures… Mettez-vous donc au travail ».
Je regarde ma copie, regarde le tableau noir, peu inspirée, imaginant un instant qu’il s’efface comme par magie, pour laisser place à quelque chose, n’importe quoi, de plus exaltant.
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Texte de Melle47 – « Totalement timbré » *

« Approche-toi, que je te serre dans mes bras. »
Elle m’écrase contre son torse et fourre son nez dans mes cheveux. Ses mains caressent tendrement mon dos.
« Tu embrasses ta maman pour moi, ma Cocotte. Et surtout, tu reviens me voir quand tu veux. »
Elle s’écarte, me lâche et m’enjoint de filer, une petite claque sur les fesses. Je la regarde ahurie. Jette un œil inquiet à droite puis à gauche. Croise de nouveau son regard. Elle a barré sa bouche de sa main tannée comme pour étouffer un cri. Personne ne semble avoir remarqué son geste. Nous pouffons sans mot dire puis elle agite ses bras pour me faire déguerpir au plus vite.
« Allez, disparais, disparais, tu déteins sur moi. Regarde ce que tu me fais faire, on va finir par se faire pincer. »
Je me retourne hilare et trottine vers la file d’attente, trainant ma valise derrière moi.
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Texte de Betty – « Les animaux en Absurdie » *

Que justice soit rendue ! L’évêque Martin et le juge François étaient tous deux persuadés avoir obligation de faire respecter ce précepte. L’Église et l’État se succédèrent donc au fil du temps et nous nous autoriserons ici à faire traverser les siècles à nos deux personnages, leur carrière débutant au XIIe pour s’achever au XVIIe. Cela leur laissa largement le temps de sévir, en attendant que de nos jours surgissent des plaintes bien différentes, mais dont le ridicule n’a rien à envier aux procès extravagants qui occupèrent leurs longues, très longues vies.
Voici quelques affaires qui incombèrent à l’homme d’Église et à l’homme de loi. Aussi insensées nous semblent-elles aujourd’hui, elles ne révoltèrent (ni heureusement n’amusèrent) personne, leur cruauté tout autant que leur ridicule échappant aux contemporains des deux hommes qui mirent tout leur cœur à faire d’eux ce que le peuple en attendait.
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Texte de Mistouflone – *

C’est le dernier jour. J’essaie de ne pas trop penser à demain et de me concentrer sur les dernières heures. Je sais que son père arrivera en fin de matinée, vers 11h. On lui proposera de rester déjeuner avant de repartir, et il feindra de ne pas pouvoir. Il ne veut pas repartir trop tard pour avaler les kilomètres et être en forme pour la reprise. Il ne résistera pas longtemps et il acceptera de s’attabler. Ce sera la période de transition, elle passera de mes genoux à ceux d’Éliane, picorant dans nos assiettes et elle aura envie de montrer tous ses trésors à son père. Elle mangera en dessert le dernier petit suisse avec du sucre, que je lui fouetterai dans son bol bleu. Ils partiront juste après le café, dans lequel elle aura trempé un sucre pour faire un canard, en croyant qu’on ne l’a pas vue faire.
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Texte de Khea – « Été 1945 – Acy-en-Multien – Oise » *

Le car entre dans Acy-en-Multien par la vieille route de Meaux, en bas du village. Il tourne à droite pour monter la Grande Rue où son arrêt l’attend, en haut, le long de la place du marché, centre de cette bourgade. Le clocher de l’église sonne douze coups. Les portes du car s’ouvrent pour laisser descendre les passagers. Un jeune couple saute en bas de la marche, léger, presqu’aérien. Derrière eux, une dame entre deux âges, chargée d’un panier soigneusement recouvert d’un torchon immaculé blanc sur son bras, entame la descente lourdement en se tenant à la porte. Un homme descend à son tour. C’est le dernier passager. Le car ferme ses portes, se remet en route.
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Texte de Ketriken – « Une balle, une seule » *

Il s’organise mentalement pour s’isoler du capharnaüm ambiant. Il fait progressivement abstraction des lumières artificielles et des bruits, des odeurs et des couleurs et du mouvement continu de la foule. Il fait aussi abstraction de ses préoccupations ou obligations, veut oublier sa culture de tabac à confier à la SEITA, son tracteur qui tousse un peu, voire un peu trop, la météo peu clémente aux cultures et les arrosages presque continus, et son chien, son pauvre vieux chien couché dans la grange sans grand espoir qu’il se relève dans les heures à venir. Il se centre sur lui-même, seulement lui et rien d’autre, et enclenche le processus de concentration nécessaire à ce qui doit arriver dans la minute à venir.
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Texte de Tom – « Yuri » *

« Il faut toujours viser la lune, car même en cas d’échec, on atterrit dans les étoiles. »
Oscar Wilde

Hanna Bauer, avec la lenteur qu’imposait le poids de ses nombreuses années sur ses vieilles articulations, pénétra dans le sombre bureau de son immense demeure californienne, une modeste pièce sentant le renfermé et la poussière endormie et qui ne servait guère depuis que son mari jouissait d’une retraite bien méritée. Assis devant la grande bibliothèque, Ethan Bauer, son troisième petit-fils — le plus jeune enfant de sa benjamine —, regardait avec attention les livres à sa portée. Il parlait déjà fort bien pour son âge, mais ne savait pas encore lire. Ethan agrippa l’ouvrage qui lui semblait le plus beau – un énorme livre à la couverture rouge et noir — et le tendit à sa grand-mère, en lui demandant de lui raconter l’histoire qu’il contenait.

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Texte de Zazie6454 – « On dirait le Sud » *

Été 1971 – Mon frère et moi attendions Papa de pied ferme depuis une demi-heure, postés dans la cour, chacun voulant avoir le privilège de l’apercevoir le premier. Plus petite en taille et en âge, je trichais en passant ma tête entre les barreaux tandis que Jean-Marc regardait au loin par-dessus la porte. Maman nous parlait de la fenêtre de la chambre du 1er étage, nous mettant en garde contre le soleil, et nous rappelant que même s’il fait chaud, il fait bon, la vie coule comme une chanson, nous devions garder casquette et chapeau de paille sur nos têtes et non par terre.
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Texte de Khea – « L’ami Ricoré » *

C’est une vraie fournaise. On a pourtant baissé les stores, laissé les portes et fenêtres ouvertes de chaque bureau pour tenter de créer un courant d’air. Initiative improductive, la canicule de ce mois de juillet est sans pitié. Chaleur, sudation. Quelques chanceux se sont équipés d’un mini-ventilateur de table, Calor est devenu leur meilleur ami.

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Texte de Betty – « Météo » *

Je venais de commencer l’ascension de la dune. Un vent tiède s’était levé et hurlait maintenant à mes oreilles. Des bribes de souvenirs et de visions fugaces m’assaillaient : des cheveux blonds, des doigts entrelacés, les mains de Thomas posées sur mes épaules, les pressant avec douceur, la brume se levant et nous encerclant comme pour mieux nous isoler du reste du monde … C’était il y a longtemps, quand les étés étaient plus frais !
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Texte de Melle47 – « Au beau fixe… »

Mes yeux se sont fermés. Je m’imprègne de cet instant fugace de bonheur fragile. Un frisson de bonheur intense m’étreint. Je suis seule, calme et tranquille, posée tout là-haut sur la dune comme sur le toit du monde. Je tortille mes fesses pour me caler un peu mieux dans le sable. Apprécie sa texture compacte qui épouse mes rondeurs. Plonge mes mains de chaque côté dans la masse. La malaxe. La triture. Je souffle un grand coup et ma posture droite se voûte. Mon dos part en point d’interrogation. Mes épaules se relâchent vers l’avant. Ma tête bascule en arrière pour mieux offrir mon nez au soleil chaleureux. J’entends ma mère : « Mais comment te tiens-tu ma fille ? Redresse-toi. Tiens-toi droite ». À cette pensée, mon esprit sursaute, ouvre timidement un œil dans lequel plonge un soleil aveuglant. Je cligne. Larmoie. Pose sur mon nez les lunettes de soleil qui étaient posées sur mon crâne. Ajuste ma vision d’une main collée au front. Non, rien à droite, rien à gauche. Elle n’est pas là. Tant mieux. À cette seule constatation, mon dos se vrille davantage, mes poumons râlent de plus belle. Décidément, qu’il fait bon être là… Une brise légère frôle mon visage. Mes cheveux libérés caressent mes épaules nues. Je souris. Me détends. Me gargarise du moment.
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