Ateliers d’écriture créative, de fictions, animés par Francis Mizio

Catégorie : Khea (Page 1 of 3)

Texte de Khea – « Été 1945 – Acy-en-Multien – Oise » *

Le car entre dans Acy-en-Multien par la vieille route de Meaux, en bas du village. Il tourne à droite pour monter la Grande Rue où son arrêt l’attend, en haut, le long de la place du marché, centre de cette bourgade. Le clocher de l’église sonne douze coups. Les portes du car s’ouvrent pour laisser descendre les passagers. Un jeune couple saute en bas de la marche, léger, presqu’aérien. Derrière eux, une dame entre deux âges, chargée d’un panier soigneusement recouvert d’un torchon immaculé blanc sur son bras, entame la descente lourdement en se tenant à la porte. Un homme descend à son tour. C’est le dernier passager. Le car ferme ses portes, se remet en route.
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Texte de Khea – « L’ami Ricoré » *

C’est une vraie fournaise. On a pourtant baissé les stores, laissé les portes et fenêtres ouvertes de chaque bureau pour tenter de créer un courant d’air. Initiative improductive, la canicule de ce mois de juillet est sans pitié. Chaleur, sudation. Quelques chanceux se sont équipés d’un mini-ventilateur de table, Calor est devenu leur meilleur ami.

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Texte de Khea – « Quelle barbe ! » *

Des talons martèlent le parvis de l’église Saint Étienne. Ils battent la cadence, tels des roulements de tambour, annonciateurs de troupes en marche venant livrer bataille. Ils sont au diapason avec le tonnerre grondant, ses éclairs déterminés à illuminer le ciel plombé de Beauvais, en ce début de matinée.
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Texte de Khéa – « La bonne parole » *

Journée de grève, une rame de métro sur trois. J’attends depuis dix bonnes minutes sur le quai de la station Place d’Italie, la première de la ligne 5, direction Bobigny Pablo Picasso. Mon portable indique 18 h 06, l’heure de pointe. Les usagers s’accumulent au fur et à mesure sur ce quai ; kaleïdoscope d’expressions d’agacement, de résignation, d’impatience.
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Texte de Khéa – « Prends garde à toi » *

Il n’y a pas un bruit dans la cuisine, il est encore tôt. Ils sont assis face à face, chacun à sa place d’un côté de la table. Elle le regarde sans mépris, sans pitié non plus. Pauvre de lui, il a joué, il a perdu. Ce n’est pas faute de l’avoir prévenu à plusieurs reprises pourtant. Mais ça fait longtemps qu’il ne tient plus compte de ses conseils très avisés. Il n’aurait pas dû les ignorer, c’était pour son bien. Tant pis. Lui, a les yeux écarquillés, la bouche bée, les mots condamnés à être bloqués dans la gorge sous le choc d’un étonnement violent.
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1898 (Mars) – Léonce – par Khéa

Paris, mars 1898
L’après-midi avait cédé sa place au début de soirée, Léonce quittait son lieu de travail, le siège social de la Société Générale au 54 rue de Provence dans le 9e arrondissement. Arrondissement qu’il avait vu évoluer en quartier d’affaires avec l’implantation des grandes banques, des compagnies ferroviaires, des grands magasins qui faisaient le bonheur de ces dames, au détriment de celui du portefeuille de leur mari et, ou, amant. La réunion enfumée, houleuse sur les crédits à court terme pour les industriels et négociants qui avait clos cette journée lui avait donné la nausée. L’air était doux, le printemps prenait ses aises, rentrer à pied lui ferait le plus grand bien. Il n’habitait qu’à quelques centaines de mètres, un appartement confortable au 1 rue Bleue, d’un immeuble bourgeois.
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Tiote – Texte de Khéa *

La nuit était encore là pour quelques heures mais ma mère et moi étions déjà debout, habillées, coiffées. Nous partions pour la première fois en grandes vacances d’été, une surprise que ma mère avait gardée secrète jusqu’à hier soir. Elle m’avait dit de mettre dans mon cartable, mes poupées et mon chien Pif pour ne pas les oublier. L’appartement était propre, bien rangé comme il ne l’avait jamais été. Ma valise et celle de ma mère nous attendaient près de la porte d’entrée.
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1973 (Mars) – « Anne-Solange et Philippe », par Khea

Entre les barres d’immeubles de la ZUP de Wattignies, ville de la banlieue lilloise, une silhouette presse le pas, retranchée derrière un parapluie à rayures. Un bien maigre rempart de tissu imperméabilisé contre ces giboulées de mars cinglantes, déversées par un ciel de plomb et violemment encouragées par le vent qui se déchaîne pour désarmer cette frêle silhouette de sa défense dérisoire maintenue très fort par ses deux mains. Résister encore le temps de franchir les quelques mètres qui la séparent de son immeuble.

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