Ecrire en ligne

Ateliers d’écriture créative, de fictions, animés par Francis Mizio

Category: CatMars2015

Texte de Colette

Pas possible toute cette poussière qui s’accumule ! Partout ! Sur les étagères, particulièrement. Elle forme un petit duvet très fin, invisible quand il fait sombre et clignotant dès que la lumière se pose dessus ! Voilà ce que se dit Louison en rentrant du marché ce samedi midi. Les bras chargés, elle pose tous ses sacs à l’entrée, laisse tomber deux courgettes, prend une tomate, s’assois et croque dedans ! Mmm, ce petit goût délicieux, légèrement sucré, frais… qui rappelle l’été…

Revenons à nos moutons ! Louison est heureuse aujourd’hui particulièrement parce que ça sent le printemps ! Le soleil, ce vieux gredin qui lui a tant manqué cet hiver, est arrivé par surprise ce matin ! Il aurait pu prévenir quand même ! J’aurais passé le plumeau ! Bon ben maintenant qu’il est là, il n’y a plus qu’à ! Comme chaque année quand le grand dieu de la lumière et de chaleur revient, Louison a envie d’enfermer l’hiver dans une malle et de faire place nette au printemps ! Le problème, c’est qu’à chaque fois qu’elle se lance dans ce genre d’activité, elle y passe le week-end !

Allez allez ! Au boulot ! On déballe le matos ! Aspi, serpi, nouvelle éponge (petit plaisir intense quand elle ouvre le paquet ! On va te faire la fête ma grande ! Et là le hérisson sera content de venir se gratter le dos sur ton pelage frisé !). Parée pour la traque aux moutons !!!!

DrIiIiIiIing ! C’est le portable de Louison qui se réveille !

–  Allô ?

–  Saaaaaluuuuut ! Comment tu vas poulette ?! 
Petite voix tendre et coquine, malicieuse et sucrée… C’est Granouille, le double de Louison.

–  Salut ! Chouette de t’avoir au téléphone ! Bah écoute, rien de neuf… Semaine sympa au taff, 
week-end qui se profile sous le soleil et là j’allais attaquer ma « crise de ménagite » ! 
Et toi comment ça va ?

–  Un peu crevée, semaine chargée, plein de chicots à arracher ! 
« Ménagite »?! Tu veux dire « ménagite » comme à « Berlioz » ?!

–  Eh ouais ma grande ! Mister Sunshine est de retour alors je fonce ! Les jardinières sont sorties 
de la cave et attendent leurs pensées, j’ai sorti mes accessoires et enfilé ma tenue ! Il n’y a plus 
qu’à !

–  Sans blague ?! C’est un peu fou qu’on ait conservé cette tradition depuis tout ce temps… 
T’es équipée ? Tu veux dire que tu es en maillot de bain ?! Le 8 mars à midi chez toi ?!

–  Bikini même ! Tu crois quoi ?! Respect de la tradition oblige !

Ça ferait rire n’importe qui… Louison ça la fait rire aux larmes… Granouille, c’est la petite sœur de Louison. Aujourd’hui, elles vivent loin mais conservent la complicité qu’elles partagent depuis l’enfance. « Berlioz », c’est le nom qu’elles ont donné à la maison dans laquelle elles ont grandi, ensemble, avec leurs parents. A chaque printemps qui se présentait c’était le même rituel. Très vite, Granouille et Louison lui ont trouvé un nom : « la crise de ménagite » de maman. Parce que le soleil était là, on devait lui faire honneur ! Lui rendre hommage ! Notre offrande consistait à laver, récurer, aspirer, faire briller, faire peau neuve de Berlioz ! Petite précision de taille : la tenue imposée c’était le maillot de bain ! Pour être bien, pour ne pas salir de vêtements, pour pouvoir atteindre tous les recoins, pour … faire venir l’été ! Alors, les sœurs enfilaient « la » tenue et faisaient semblant de s’y mettre… Puis, elles s’éclipsaient tout doucement fuyant les pschitts et les chiffons ! Elles allaient se réfugier dans le jardin. Elles descendaient l’escalier sur la pointe des orteils (c’est encore moins bruyant que la pointe des pieds sur un escalier qui craque !), elles traversaient la buanderie, au passage prenaient quelques paires de gants en latex dans la réserve de papa (Papa aussi soignait les chicots!), deux grands seaux remplis d’eau froide et sentaient monter en elle une dose d’imagination incroyable (enfin à cette époque, elles ne savaient pas que leur imagination était vraiment incroyable ! Elles étaient en plein symbolisme là, elles étaient même méga fortes pour leurs âges !).

Un tendre manège commençait alors… [Si on inverse le é et le a dans manège, ça fait ménage… Louison s’en est aperçue après…] Louison et Granouille remplissaient une dizaine de gants d’eau. C’étaient leurs « poulardes ». Concrètement ce n’était que des gants en latex remplis d’eau, mais pour elles, ça ressemblait terriblement à des poulets ! Elles se plaisaient à les tâter, à les peser, à les faire sauter et à les vendre à des clients invisibles, tous plus cocasses les uns que les autres ! Ainsi, elles passaient leur dimanche de « ménagite », sous un soleil frais, en maillot de bain, dehors, dans leur jardin, à jouer …. « Aux vendeuses de poulardes », à rire…. A rire comme deux poilues….Pour rien… Juste parce qu’elles étaient heureuses d’être là, ensemble.

« TiIiIiIing », Louison est assise par terre, perdue dans ses souvenirs quand la sonnette de la porte la sort de ses pensées… C’est l’homme, il vient juste de rentrer de la jardinerie, il a besoin d’aide pour porter les pots de pensées jusqu’à l’appartement !

Elle descend à toute vitesse pour l’aider… en maillot de bain, un 8 mars à midi !

Par Colette

Lorsqu’elle écrit Colette n’a pas d’âge…
Les mots s’enfilent comme des perles sur un collier…
Les textes qu’elle écrit ne vivent que sur l’écran de son ordinateur ou sur les pages de ses carnets.
Aujourd’hui, elle décide de se lancer un défi,
Elle a envie,
Elle a peur,
Elle est impatiente,
Elle imagine,
Elle est heureuse d’écrire, là, maintenant, tout de suite ; de penser à ce qui l’attend…

Texte de Chiara

Se lever pour vérifier encore une fois, ou rester allongée, Rose hésitait entre ces deux options.

Elle se repassa alors mentalement le contenu de sa valise, comme on scanne les objets pour ne pas les oublier. Elle s’était dit que ça serait mieux de faire le tri elle-même et que ça serait toujours ça de fait pour la personne qui allait la trouver. Pour la même raison, voilà plusieurs jours que Rose s’était appliquée à un ménage en grand, du fond des tiroirs jusqu’aux cartons à chapeaux sous l’escalier, elle avait remué tout à la fois la poussière, les souvenirs et ses articulations. La vieille dame sortait de ce remue-ménage le cœur léger mais le corps meurtri, elle accusait le changement de lune, tout en sachant que la vraie raison était le poids des ans.

Rose était étendue sur son lit, dans son costume vert, elle avait accroché sa broche à la poitrine et elle attendait. Elle se doutait que cette fois, l’attente serait longue mais elle était sereine, son choix était fait. Depuis petite, elle avait eu l’habitude d’attendre, et désormais il lui semblait parfois que le temps s’arrêtait, que les saisons se mélangeaient. Elle trouvait que c’était le bon moment à l’arrivée du printemps, que les gens seraient tristes moins longtemps, le soleil réchauffant les chagrins.

Ce fut un bruit sourd à la porte qui la tira de ses rêves. Est-ce qu’on entend encore quand on est mort ? Rose sortait peu à peu du brouillard de sa nuit, elle percevait plus nettement l’éclat qui l’appelait « Mme Rose, Mme Rose » mais cette voix lui était inconnue. Rose n’avait pas voulu prendre quelque chose pour accélérer son départ, elle croyait sa volonté suffisante mais c’était sans compter sur les autres…

Hortense n’avait pas eu de chance, aucune fée ne s’était jamais penchée sur son berceau ou perchée au creux de son épaule, malgré cela, elle était d’un naturel optimiste, d’une humeur joviale, à voir le verre à moitié plein. Heureusement d’ailleurs car, tout était à moitié plein chez elle, à commencer par le frigo et les placards. Hortense aimait bien ranger ses provisions, elle agençait les boîtes de conserve par taille et par couleur, ce qui donnait d’étranges colocations d’étagères entre des ananas et du maïs, des oignons et du sucre roux. Chez elle, tout était toujours nickel et pour cause, son chez elle se résumait en une chambre de bonne, avec toilettes sur le palier.

Hortense paraissait tellement loin maintenant, seuls les tuyaux qui lui apportaient oxygène et nourriture la reliaient encore à ce monde. Rose ne savait pas comment faire pour l’aider, elle avait l’impression d’être un funambule qui va s’élancer au-dessous d’un précipice. Elle se remémora alors les histoires anciennes de ces êtres surnaturels dotés de force incroyable et elle alla voir si elle trouvait des récits classiques. Il y avait peu d’ouvrages dans le coin bibliothèque et aucun n’était adéquat. Telle Ariane qui tisse son fil, Rose cherchait à broder une cape de protection autour d’Hortense, elle se dit alors qu’elle ferait rempart en disant les mots de sa vie, en commentant les lumières du printemps, les pépiements des oisillons fraichement sortis de leur coquille.

Rose mesura alors qu’elle venait d’inverser les rôles entre Hortense, son auxiliaire de vie et elle-même, et peut-être s’offrait-elle là, une possibilité d’avoir du rab sur la vie, le luxe de quelques moments de plus. Partie vite de chez elle, elle avait emmené sa valise et l’avait posé à côté du sac à mains en cuir bleu d’Hortense. Quand l’équipe médicale lui demanda si la jeune femme avait de la famille, Rose se résolut d’une main tremblante à faire glisser la fermeture du sac. Elle vit pêle-mêle un paquet de mouchoirs, des bonbons pour la gorge, un trousseau de clés avec un porte-clés en forme du Cameroun, un vieux porte-monnaie, un plan de métro parisien usé, des tickets usagés, une carte postale froissée d’être trimballée là.

A quoi se résume une vie de tous les jours ? A quoi ça tient la vie, chaque jour ? A un souffle, une brise légère ?

Hortense, la musique dans les oreilles, engagée dans les clous et le scooter de livraison de sushis qui surgit.

Lumières intenses, cris, douleur, moiteur, silence, froid, nuit. Nuit lourde sans respiration, sans répit, la vie se tait, se retient, fil ténu qui consolide dans l’ombre avant d’oser se montrer.

Hortense est une lionne, blessée mais combative, elle va récupérer fil après fil, elle va tricoter à nouveau les tissus de sa vie et montrer qu’elle est toujours là.

Quelques semaines après ces signes encourageants, Rose passait les portes du centre de rééducation « Les Epis dorés », ce qui la fit sourire car elle aurait réservé ce nom à une maison de retraite, elle portait une robe bleue et un bouquet d’hortensias assortis pour la jeune femme qui occupait ses pensées et ses après-midis.

Ouvrir les yeux pourrait suffire, Hortense le savait mais ne voulait pas le faire. Pas tout de suite, d’abord écouter, s’habituer aux voix, aux sonneries, aux bips, aux contacts sur sa peau pour les soins, la toilette, l’alimentation…

Hortense avait mis du temps à reconnaître la voix ténue de Rose mais elle savait désormais que la vieille dame des lundis et mercredis matins venait lui rendre visite à elle. Elle lui parlait du printemps, des primevères qui poussaient dans les parcs, de sa jeunesse en Sicile, de la brise légère qui sentait bon le citron.

Par Chiara

Plume à l’encre toute fraîche, la tête dans les étoiles et les pieds sur terre, j’aime jongler avec les mots pour les faire résonner plus haut.

Texte de Groux

Sophie venait de flasher sur ce sac dans la vitrine. Un joli sac de toile, coloré, parfait pour l’été.

Un peu de légèreté parmi ses soucis. Elle se croirait un peu en vacances en le portant. Avec des lunettes de soleil et attablée au soleil, à la terrasse d’un café, l’illusion serait parfaite.

Après avoir fait son achat, elle décida de mettre à exécution son illusion de vacances. Elle trouva un petit café sur la place. S’y attabla et enfila ses lunettes de soleil.

Elle put enfin calmer son esprit en ébullition depuis que Thomas avait appelé.

Thomas, l’amour de son adolescence, 20 ans qu’ils étaient ensemble. Oh, elle sentait bien que la passion n’était plus vraiment là, que de nombreuses habitudes avaient pris place dans leur quotidien.

Pas encore d’enfants, Thomas ne se sentait pas prêt. Elle, elle commençait à se sentir vieille. Sujet tabou, sujet de discorde.

Il rentrait de plus en plus tard le soir, passait moins de temps avec elle. Puis s’était mis à la couvrir de cadeaux. Elle n’arrivait plus à le suivre, était fatiguée de ses changements d’humeur.

Et là, cet appel. Une voix surexcitée. Elle savait déjà ce qu’il allait dire, en était lassée d’avance.

Elle but son café, il était froid. Les vacances avaient décidemment un goût amer.

Il parlait tellement vite qu’elle ne comprenait pas. Il avait enfin trouvé sa voie, allait tout plaquer voulait ouvrir un gite à l’étranger en proposant de la nourriture française. Et pour cela, il leur fallait faire un gros crédit, racheter une vieille maison à retaper. C’était formidable, elle cuisinerait, il ferait le jardin. Retour aux sources et exotisme.

Elle secoua la tête. Encore un nouveau projet, une nouvelle lubie.

Elle ne les comptait plus à présent. Chaque année, Thomas voulait se lancer dans quelque chose de nouveau, lui certifiait que cette fois ci serait la bonne. Ils déménageaient, il se lançait à corps perdu, elle le suivait au début puis rapidement s’ennuyait dans ces nouvelles villes où elle ne connaissait personne. Puis Thomas devenait distant, renfermé, s’apercevant que ce projet n’était pas forcément une si bonne idée. Puis une nouvelle idée lui venait et il redevenait amoureux comme au premier jour. Et cela recommençait.

Elle voulut payer sa consommation. Se dit qu’il faudrait qu’elle transvase l’ancien sac dans le nouveau. Ouvrit l’ancien et soupira en voyant la tâche qui l’attendait.

Elle sortit déjà son portefeuille. Il débordait de cartes, de tickets, de post-it lui rappelant les restaurants qu’elle voulait tester. Mais ils n’avaient jamais le temps de tous les faire. Poubelle.

Des vieux crayons de maquillage, un rouge à lèvre, un peigne aux dents cassées. Poubelle. Un paquet de mouchoirs. Nouveau sac. Des mouchoirs usagés à force de pleurer à cause de Thomas. Poubelle. Un joli miroir à fleurs. Nouveau sac. Une paire de collants filés. Poubelle. Son téléphone. Nouveau sac. Une photo de Thomas et elle à leurs débuts.

Depuis combien de temps n’avaient-ils pas fait de photos ? N’avait-elle pas rit aux éclats comme sur cette photo ? Elle se regarda dans son miroir, se compara. Des rides soucieuses lui étaient apparues. Ses yeux ne brillaient plus. Poubelle, cette photo était un mensonge.

Un vaporisateur de parfum. Nouveau sac. Une crème pour les mains. Nouveau sac. Senteur abricot ? Finalement poubelle. Thomas adorait, elle détestait.

Un carnet. A l’intérieur des dessins griffonnés, les courses à faire, une liste de tout ce qu’elle voulait faire, ainsi qu’une liste de ce qu’elle rêvait. Puis des esquisses de lettres. Tout ce qu’elle voulait dire à Thomas mais qui n’arrivait pas à sortir. Poubelle, elle ne lui enverrait jamais.

Enfin, au fond de son sac, une marguerite séchée. Celle qu’il tenait dans ses mains la première fois qu’il lui avait dit je t’aime. Poubelle. Elle aimait bien les marguerites.

Elle se leva, abandonna son vieux sac et son contenu dans une poubelle. Le nouveau était bien trop gros pour ce qu’elle y avait mis. Elle sourit, elle aurait bien le temps de le remplir.

Elle passa devant une fleuriste. De magnifiques bouquets de marguerite étaient présentés. Elle entra.

Elle sortit, un bouquet de tulipes à la main.

Son téléphone sonna, Thomas… Elle raccrocha le sourire aux lèvres.

Par Groux

Texte d’Ariane

« On me décrit toujours comme un mec fiable. Non pas que je sois du genre chiant ou routinier, ah ça non! Je suis plutôt extraverti et j’aime bien provoquer. La routine, très peu pour moi. J’aime bien les changements. C’est juste que… ben, dans ma vie, j’ai pas vraiment eu besoin d’en avoir. Mes parents aimaient leur métier, j’ai bien fait de choisir le même : il me plait et je le fais bien. Je suis dans la même boite depuis 20 ans. Mon boss m’apprécie et j’ai même obtenu une augmentation l’année dernière. On n’en change quand même pas juste pour le plaisir, non ? Pas fou, le mec… J’ai rencontré ma femme au lycée. Et oui, ça se passe bien, ça vous fout les nerfs, hein ?! Non, jamais séparés, jamais fauté. Oui, on s’aime toujours. Comme au premier jour ? Encore plus ! Au premier jour, c’était acné et appareil dentaire, que je vous explique !

Et non, je n’ai jamais quitté la France et alors ? Y’a tout ce qu’il faut ici, pourquoi j’irais voir ailleurs la couleur de l’herbe? Je sais bien qu’elle sera verte aussi et probablement pas davantage. Entendons-nous bien, j’aime bien le concept du voyage : manger des fruits exotiques, être bronzé en hiver, se vanter auprès de ses collègues… Mais bon, je suis pas du genre aventurier, faut reconnaître. Ça, c’est à cause de mon asthme et de mes allergies. Pas évident de partir à l’autre bout du monde, j’aimerais vous y voir ! On peut pas dire que je sois un trouillard, au contraire, je suis un fonceur, tout le monde vous le dira. Les araignées, les ascenseurs, le vide, parler en public, je gère ! C’est simple : je n’ai peur de rien ! Enfin presque… L’avion, brrr… C’est vraiment pas ma tasse de thé, voilà tout ! Mais ça n’empêche pas d’être heureux, vous savez! Mon père dit toujours : « le jour où j’aurais visité toutes les régions de France, on pourra discuter passeport »!

Bref, je reprends. Je suis un mec fiable, sensible, le genre de mec qui attire les confidences. Vous voyez ? Et c’est vrai qu’avec moi, les secrets sont bien gardés. Petit, je voulais en faire mon métier. « Gardien de secrets », ça sonne mieux que « Gardien de prison », vous ne trouvez pas ? Alors, si vous saviez, j’en ai entendu, des vertes et des pas mures ! Et puis, dans mon boulot, j’en vois de toutes les couleurs… Mais celle-là, si je m’y attendais ! Pourtant, j’aime bien les surprises. La fête d’anniversaire pour le passage des décennies, le cadeau alors qu’on avait dit « pas de cadeau » ; les bonnes surprises, quoi. Pas trop surprenantes quand même… A mon âge, faut se méfier de la crise cardiaque. Vous vous moquez mais vous verrez, passée la moitié de sa vie, on voit les choses différemment !

Donc, le mois dernier, repas hebdomadaire chez mes beaux-parents. J’avais apporté des fleurs, comme toutes les semaines. Et comme tous les dimanches, ma belle-mère a fait semblant d’être surprise. Elle aussi, elle aime les fausses-surprises. Elle avait fait du poisson et les enfants faisaient semblant d’aimer. Moi, je chipotais pas, on a commencé le repas à 14h, vous vous rendez compte ?! Chez nous, les repas, c’est 12h15 et 19h15. Et après le dîner : les dents, une histoire et au lit. C’est pour les enfants. Vous comprenez, ils ont besoin de cadre, ça les rassure.

Bref, nous voilà donc attablés et v’là que ma femme nous sort, comme ça, comme un cheveu sur la bouillabaisse de sa mère, qu’on lui a proposé une mutation, qu’on va s’installer à La Réunion! Non mais La Réunion, quelle idée ! Ce genre d’endroit paradisiaque, c’est fait pour les vacances, pas pour y vivre ! Ma femme a quand même fini par remarquer que j’étais en train de m’étrangler (forcément, ça reste en travers de la gorge un truc pareil !) et a essayé de se raccrocher aux branches. Soi-disant, elle m’en aurait parlé, pendant France-Irlande. Paraitrait que je lui aurais dit : « Oui. Si tu veux. Bonne idée ». Je la soupçonne d’avoir fait exprès, la triche, ça toujours été son rayon ! Et moi, devant les beaux-parents, je pouvais pas perdre la face ! Et puis, les enfants, vous savez ce que c’est : vous leur dites « soleil, plages, dauphins, ananas » et ils n’ont plus que ça en tête !

La suite, c’est un peu flou… M’est avis que les médocs du Dr Vintan y sont pour quelque chose ! Une semaine que j’ai plus les idées en place ! Y’a eu l’envoi de mes CV, l’appartement en location, les affaires de ski chez les beaux-parents, les cartons dans le conteneur etc… Et voilà comment je me retrouve ici, dans ce satané avion, bon gré, mal gré ! Enfin, surtout malgré moi ! »

Par Ariane

Bonjour à tous ! 
Après 10 ans sans prendre la plume, je me lance dans une nouvelle aventure !

Texte de Justine

Vacances de printemps

Fait assez rare, la famille est au grand complet.

La semaine a été planifiée et organisée des mois auparavant afin que chacun puisse se rendre disponible.

Petit déjeuner gargantuesque: jus, pots de confiture maison, viennoiseries, pain frais, thé, café…

Malgré l’heure matinale, les conversations vont bon train : emploi du temps de la journée, menus, courses, équipes à constituer pour effectuer les différentes taches…

Les enfants, encore en pyjamas, courent dans le jardin en fleurs malgré la rosée matinale.

« Je vais faire un tour », dit-il en se levant brusquement.

Tous les regards se dirigent vers lui. Personne ne dit rien mais chacun se demande ce qu’il va faire de si bon matin.

Les rires se font moins tonitruants, les cuillères cessent de cogner contre les bols et chacun part vaquer à son occupation. Seuls les petits continuent de s’égailler dans le jardin sans se soucier des tensions tout à coup palpables.

L’appétit coupé, elle se lève à son tour,

Lorsqu’elle est énervée ou anxieuse, elle aime faire le ménage, ça l’apaise. Et puis, une maison habitée par tant de personnes, c’est vite sale. Alors, elle ouvre en grand toutes les fenêtres, inspire une bouffée d’air iodé, empoigne le balai à deux mains et s’y accroche comme elle peut. Le rythme, plutôt lent au départ, s’accélère très rapidement. Deux temps : aller, retour, aller, retour… Elle guide son partenaire avec tout son corps ; ses mains mais aussi ses bras, son buste, ses jambes.

Les miettes de pain au chocolat volent, les jouets épars des enfants sont poussés violemment dans les coins, les chaises sont tirées et replacées brutalement.

Ses cheveux sont en bataille, ses joues sont cramoisies, ses mains glissent sur le manche à balai tant elle s’y agrippe.

Mais le rythme continue à s’accélérer.

La porte d’entrée claque.

Instantanément elle se fige, toujours cramponnée à son balai. Son cœur survolté accélère encore dans sa poitrine. Elle ne respire plus. Elle espère qu’elle se trompe ; peut être est-il juste parti faire un tour de vélo ? Elle saura rapidement : elle peut mesurer son taux d’alcoolémie au nombre de mots qu’il prononce à la minute. L’équation est assez simple, impossible de se tromper.

Il a le sourire aux lèvres, les yeux légèrement brillants. Il se dirige vers ses petits enfants avec lesquels il se met à courir et à rigoler. Déjà plus de trois mots, en trente secondes à peine. Les petits sont ravis mais elle, n’est pas dupe.

Encore en apnée, le balai à la main en soutien, elle s’avance vers lui. Elle s’arrête, le regarde fixement.

« Tu as bu »

« Non »

« Si tu as bu. Je le sais. Je le sens. Ca se voit »

Toujours ce même discours, répété inlassablement.

Elle n’ajoute rien de plus. Elle ravale sa colère et reprend son duo macabre dans un rythme toujours plus effréné : aller, retour, aller, retour, jusqu’à épuisement.

Elle lance violemment son balai. Elle a besoin d’air. Elle sort de la maison, court sur le chemin de terre qui la sépare de la plage, retire un à un ses vêtements trempés de sueur et se jette à l’eau.

Malgré l’extrême fraicheur de celle-ci, son corps se détend. Elle respire, enfin.

Aujourd’hui encore elle ne dira rien, ni demain d’ailleurs; cette semaine a été si attendue et si bien organisée. Elle ne peut pas se permettre de faire de vagues et de tout gâcher.

Tablée du soir. Les enfants sont couchés. Les verres s’entrechoquent, les voix s’élèvent, plus ou moins fortes. Les visages sont rougis par le soleil et l’air marin. On rigole, on se taquine, on parle de la journée, de la chance que l’on a eue avec la météo, des prouesses du plus petit, de la balade au cap de la Chèvre, de la beauté des bruyères et des ajoncs en fleurs.

Sa langue se déliera, un jour.

 Par Justine

Texte de Oldtimersolognot

C’est dit, je m’y mets.

Pas que ça m’enchante plus que ça, mais voilà, de temps en temps, il faut s’y coller, c’est comme faire les courses, la bouffe ou respecter les limitations de vitesse. Un genre de toile de fond, le motif d’un décors que l’on n’a pas vraiment choisi. Mais attention: comme disait mon grand-père, faut pas confondre vitesse et précipitation. Un moment de réflexion est indispensable à la qualité du résultat final. Il ne faudrait pas non plus que j’oublie le courrier du jour (comprendre: du jour d’hier, qui était un jour comme les autres, sauf que c’était hier). En particulier, j’ouvre une missive arborant fièrement les armes de l’administration.

M!…

Il appert qu’un agent du service des impôts me réclame le montant intégral, j’aurais déjà dû payer, la date limite était le… Veuillez agréer et tout et tout.

Dans l’urgence, je trie fébrilement tout ce que j’ai sur le sujet, tout ce qui peut attester de mon sérieux dans la participation à l’effort collectif. Dans mon bureau, il y a un clic-clac, qui se pare de piles de documents, une par année, je ne veux rien laisser au hasard. Au passage, je retrouve la recette du poulet au piment d’oiseau, dans les certificats et autres de 2013. C’est un signe des dieux : je ne vais pas tarder à en préparer un. Quand j’ai fini, le tas 2014 comporte, ouf, ce qu’il faut pour contester le pli diffamant. Avant d’aller au bureau local des impôts, j’en profite pour mettre chacun des jolis tas de papier dans une chemise de couleur différente, un gros marqueur contribue à libeller l’année, pour l’éternité, ou au moins jusqu’au prochain déménagement.

En me rendant au lieu sacré, je passe devant mes hortensias. Trop de bourgeons, trop tôt, ils ont dû mal supporter le dernier gel. On verra plus tard.

Une accorte gentille dame me reçoit avec la condescendance qui sied dans un village de campagne. En deux temps trois mouvements, elle compulse, acquiesce, me présente les excuses du service, ça doit être une erreur de l’informatique. J’adore, j’ai passé plus de la moitié de ma vie professionnelle dans l’informatique.

En rentrant, je repasse devant mes hortensias. J’avais vu juste : un bon tiers des bourgeons est déjà tout noir. J’aurais dû laisser le voile d’hivernage deux semaines de plus. Je prends note pour l’an prochain.

Bon. Cette fois plus rien ne s’oppose à mon enthousiasme : je m’y mets. J’évite de passer devant mon hortensia affligé, avec ses brindilles estropiées qui pointent comme des doigts accusateurs.

Non, c’est vrai, je ne suis pas le genre à procrastiner au moindre prétexte. Ni à faire intervenir la théorie de monsieur Sigmund à propos des actes manqués. Mais j’en profite pour relire quelques passages de Cinq leçons sur la psychanalyse, j’avais acheté ce truc chez un bouquiniste, quand j’hésitais entre une carrière dans la chose scientifique et le macramé.

Aïe. Dans mon ardeur matinale, j’ai laissé la porte du frigo ouverte, ça ruisselle de partout. Je passe le reste de la journée à nettoyer, vider, porter à la poubelle (un détour à chaque fois…), et réapprovisionner l’indispensable. Je suis crevé. Pour aujourd’hui c’est cuit, alors demain, c’est dit, je m’y mets.

J’ai mal dormi, poursuivi par un horticulteur armé d’une Kalash et d’un inspecteur des impôts en bas résille et uniforme de la gestapo. Mon café, double dose, me ronge l’estomac d’une acidité à réveiller un sénateur. Le téléphone. C’est Alice, elle a perdu un truc, en fait plusieurs, la liste est un inventaire à la Prévert, elle compte sur moi, toi qui gardes tout ! Je promets de regarder, fissa. Deux heures après, je suis en mesure de voler au secours de la veuve, de l’orpheline, et de la chèvre de monsieur Seguin. Mais en échange, je me fais inviter pour une blanquette de veau à l’ancienne, c’est sa spécialité (à Alice, pas à la chèvre !).

Je vais au courrier, je discute avec le voisin. Il a l’air gêné, danse d’une jambe sur l’autre, puis n’y tient plus :

– Votre hortensia, vous avez vu ?

Je fais mine de découvrir. Il passe le restant de la matinée à m’expliquer comment faire pour sauver ce qui peut l’être et me donne des conseils à valoir pour les siècles à venir. Je pense que je vais mettre un nain de jardin à la place, ils sont en solde, en ce moment.

Tout ça pour dire, j’avais décidé de nettoyer mon ordinateur, d’archiver ce qu’il faut et d’effacer le reste. Je sens confusément que je ferai ça plus tard. Et puis c’est bizarre, cette impression que j’ai d’avoir passé mon temps à ranger et faire le ménage !

Par OldTimerSolognot 

J’ai découvert l’écriture il y a maintenant un peu moins de deux ans. L’addiction est venue assez vite. Trop tard pour reculer : un vrai coup de pot !

Texte de Nonoar

Nettoyage de printemps !

 

Les premiers beaux jours sont là, les rayons du soleil frappent aux vitres pour rentrer dans la maison, au dehors les gens se réveillent, sortent enfin de chez eux après un très long hiver, la vie va pouvoir enfin reprendre dans le village.

Le temps est venu pour Claude de faire un peu de ménage, dépoussiérer les pièces et ensuite laver chaque pièce à grande eau, faire quelques machines et d’étendre le linge pour qu’il prenne enfin l’air du dehors !

Claude prend une pause entre chaque machine, lui vient à l’idée de s’occuper de la bibliothèque, il y a si longtemps qu’il doit s’en occuper, trier les livres, donner ceux qui ne l’intéresse plus à la brocante, ou à la bibliothèque communale.

Dernière machine, étendre les draps de lit au fil suspendu dans le jardin qui est en manque de couleur avec cette sortie d’hiver, mais l’idée de quelle plante y semer ne lui vient pas, dans sa tête il y a trop de questions autour de son travail, de sa vie, pourtant le jardin en couleur serai plus gai.

Quelques cartons sont dispersés sur le parquet devant la masse de livre, s’entassent sur les étagères des encyclopédies, des livres de science-fiction, une collection complète d’Anatole Le Braz, quelques livres de cours datant de ses années de fac, des atlas géographique, des livres racontant l’histoire des pays d’Amérique du Sud, des voitures et le jardinage.

Après un tri sélectif dont une grande part de cours voltige dans le fond des cartons avec une facilité déconcertante, un gros camélia rose sur le dos d’un livre attire son attention ce dernier semble ne pas avoir été souvent utilisé, Claude le prend pour le poser sur la table du bureau et y voit sur la première de couverture un Rudbeckia Marmelade qui remplit toute la page.

Les couleurs de cette plante l’attire tellement que Claude s’empresse de rechercher cette fleur à travers le livre qui compte une centaine de page, le tout dans l’ordre alphabétique pour finalement arrêter sa recherche sur ce Rudbeckia, qui semble bien parfait, la fiche caractéristique renseigne que c’est une plante annuelle, à semer sous abri au mois de mars pour une belle floraison de juin à septembre.

Ça tombe bien !, il sera toujours temps demain d’aller apporter les livres au recyclage, de garder précieusement le livre de plantes annuelles sur les étagères et d’aller chercher quelques semis d’annuelle dans une jardinerie/graineterie choisie au hasard dans le bottin afin que le jardin prenne vie, comme l’ensemble de la maison. 

 

Par Nonoar

Texte de Mourad

C’est fou comme tout ce qui nous entoure peut avoir une influence sur nous. Dame Nature et le climat. Encore une preuve que la Femme a le pouvoir…

Regardez comme les couleurs, la luminosité, le temps peut avoir une incidence sur chacun. Le moral au fil des saisons. Je crois n’avoir jamais vu un sourire sous un parapluie !

L’automne. Les couleurs vives de l’été se ternissent, les feuilles tombent… On aime se balader, mais on sait que ce sont les dernières douceurs. Les couches de vêtements se superposent. On se prépare à s’enfermer, avec une légère nostalgie de l’été. On baisse la tête en marchant, nos pieds bousculent les feuilles mortes.

Puis le froid s’installe. Comme certains rosiers qui changent de couleur au fil des saisons, le teint devient plus pâle. Les journées sont raccourcies. Le temps semble se figer, laissant place aux souvenirs de l’été. Ils sont loin les apéros en terrasse. Ils laissent place aux vins chauds sous les bonnets. On double les pulls, on enfile des gants, étouffant les sensations tactiles. On repense aux beaux jours, enfermé, à l’affût de la chaleur. C’est comme si les souvenirs infusaient dans l’eau chaude de nos tasses. On les inhale… On est nostalgique l’hiver ! On attend, on espère les rayons de soleil. Il est bon lorsqu’il revient. Et les jours s’allongent…

Il est alors temps de s’alléger de ce que l’on a entassé, ruminé. Se parer à revivre, comme une sortie d’hibernation.

Un véritable ménage de printemps ! Essorer l’éponge avant de la passer, faire le tri de ce qui alourdi, encombre. C’est comme ouvrir les fenêtres pour renouveler l’air s’humecter les lèvres avant de prendre la parole après un long silence.

L’été est à nouveau là. Un nouveau cycle. On s’expose. Le corps fait aussi sa photosynthèse, on se recharge en vitamine D. Tel les fleurs, on s’éclot à ce qui nous entoure, à la Vie.

Par Mourad

Proposition 03/2015

Bonsoir, 

Voilà, comme prévu, nous sommes dimanche soir et l’atelier prend fin. Les commentaires ont été clos sur l’ensemble des textes, mais vous gardez bien entendu la possibilité de les consulter. 

Merci à tous pour votre participation à cet atelier foisonnant! Le dynamisme des échanges, tout au long de la semaine, fut un réel plaisir à lire et à suivre! 

Pour ceux qui le souhaitent, le prochain atelier commencera le vendredi 3 avril, et les inscriptions sont d’ores et déjà ouvertes. 

Bonne fin de soirée et bonne continuation à vous tous!

 

Gaëlle

***

Je ne sais pas chez vous, mais ici, le ciel a des allures de printemps, vraiment. Le genre qui donne envie d’ouvrir grand les portes, de dépoussiérer la maison, de balayer dehors les poussières de l’hiver, de faire les vitres, et toute cette sorte de choses.

(Pour les vitres, je vous l’accorde, c’est un peu exagéré, non, on n’a pas « envie » de faire les vitres, disons juste qu’on aimerait qu’elles se fassent toutes seules, ahem)

Bref, je vous propose ce mois-ci de décliner à votre guise l’expression bien connue des foules : « Nettoyage de printemps ».

Prenez-là au pied de la lettre, ou de manière figurée, comme vous le souhaitez. Faites du ménage dans la maison de votre personnage, dans sa vie, dans sa famille, dans une vieille malle enfermée au grenier, dans son sac à main : c’est vous qui voyez. Balayez dans un salon, devant votre porte, d’un revers de main… selon votre humeur.

Je vous propose par ailleurs d’introduire dans votre texte une fleur de votre choix (c’est le printemps, on a dit !). Libre à vous d’en faire un élément parfaitement secondaire, ou principal ; un leitmotiv ou un arrière-plan.

Bonne écriture à tous !

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