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Ateliers d’écriture créative, de fictions, animés par Francis Mizio

Category: Secotine

Texte de Sécotine – « Chasseur de rêves »

→ Rêve n.m. -1- Suite de phénomènes psychiques (d’images, en particulier) se produisant pendant le sommeil. -2- Construction de l’imagination à l’état de veille, destinée à échapper au réel, à satisfaire un désir.

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1901 (Juin) – Eugène et Félicie – par Sécotine

Juin 1901
Monsieur, 38 ans, propriétaire près de Toulouse, 70 000, épouserait demoiselle, veuve, apport 12 000 francs minimum, pouvant commander à servante, basse-cour, volaille, etc. Tolèrerait tache.
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Texte de Sécotine

Juin 1901
Monsieur, 38 ans, propriétaire près de Toulouse, 70 000, épouserait demoiselle, veuve, apport 12 000 francs minimum, pouvant commander à servante, basse-cour, volaille, etc. Tolèrerait tache.
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Texte de Sécotine – « Plop, pfuit, boum… Chut »

Ça a fait « plop ». Comme un bouchon de champagne qui saute. Mais un petit bouchon, style bouteille de playmobil. Un « plop » léger, presque joyeux, s’il n’avait pas été si incongru. Il venait de plonger dans le grand bassin, cette sensation merveilleuse de passer d’un monde à l’autre ; la fraîcheur, les sons assourdis et lointains, l’apesanteur de l’eau… Et « plop ».
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Texte de Sécotine *

« Allo bonjour M. Chavier, Elodie, de chez Schatelly & Crotrabuk, je vous appelle pour vous permettre de participer à notre grande tombola pour notre 25e anniversaire ! »

Cette fille me sidère… Sa voix enjouée, son enthousiasme communicatif, son bic 4 couleurs qui crépite sur son cahier-agenda multifonctions organisé comme un cockpit de navette spatiale, tout cela me dépasse.
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Texte de Sécotine – « L’éloge puissant du royaume radicalement élevé du petit cygne »

« Let’s go Big ! Allez ! »

Ce type a des bombes qui lui explosent dans le corps. Je ne vois pas d’autre explication. Ses poings volent dans les airs, il se bat contre le vent, il grimace, il parle avec les mains, il boxe. C’est puissant. J’ai la chair de poule rien qu’à le regarder danser au centre du cercle.

« C’est tellement ridicule, c’est pas de la danse ça… Non mais franchement. Il a des puces ou quoi ? »

Je soupire. Mon père, cet as de la sensibilité et du beau… Il n’était pas comme ça, avant.
Avant le camion.

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Texte de Sécotine

Au fond du tube de plexiglas, les ondes clastiennes s’agitent, filaments lumineux qui s’entrecroisent et s’élèvent le long des parois jusqu’à délivrer leur message sur l’écran de contrôle, par le biais d’un système complexe alliant l’électronique de pointe et les terminaisons pseudo-nerveuses de synthèse. Aussitôt les laborantins s’approchent, prêts à noter et transmettre ce message venu des limbes par le miracle de la science.

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Texte de Sécotine

Quand Maeva a demandé à Manon ce qu’elle avait pensé de Tristan, elle a juste répondu : « Non mais quel crétin ! » avant de changer de sujet. Vexée, Manon. Et déçue aussi. C’était lui, le beau gosse du lycée avec lequel Maeva pensait la caser ? Même pas en rêve. Parce qu’il a beau être super mignon, ça ne fait pas tout. Manon rêvait du prince charmant version 2.0, sans cheval blanc mais avec de la classe. Pas du swag, hein. De l’élégance. De la délicatesse. Et au lieu de ça, elle avait eu le droit à quoi ? A une pauvre vanne moisie sur son pull. Comme ça, d’entrée de jeu. Les trois mecs, Alexis le frère de Maeva, Tristan et un autre pote, étaient arrivés près de la fontaine où elles les attendaient et après deux bises maladroites, voilà le joli cœur qui lui balance d’un coup : « Wah trop classe ton pull ! Avec ça t’es sûre de gagner le concours du pull le plus moche de la région ! » Alors OK Manon n’était pas au top de la classe avec son vieux pull raccommodé brodé d’un écusson doré has been (elle en avait d’ailleurs voulu à Maeva de lui faire rencontrer THE Tristan à l’improviste alors qu’elle n’avait que ça sur le dos) mais zut quoi, comme méthode de drague, zéro le mec… Bon. Encore raté pour le prince charmant, quoi. Next !

« Non mais quel crétin ! » Tristan se serait collé des baffes. Les filles venaient de partir, et avec elles toute son assurance. Alexis lui avait tellement mis la pression aussi, à lui parler de Manon, apparemment une sorte de mix entre Chloë Grace Moretz et Emma Watson, rien que ça. Forcément, quand il s’est retrouvé en face d’elle sur la place du village avec les deux crétins qui ricanaient derrière lui, il a craqué. S’il avait fait son lover, sûr que les autres l’auraient chambré après au lycée. Il a vu cette fille assise sur le rebord de la fontaine à côté de Maeva, jolie, avec un p’tit air mutin terrible qui contrastait à fond avec son regard sérieux, et il s’est trouvé con. Il a buggé. Fallait qu’il dise un truc. Vite. Et c’est sorti tout seul. Le coup du 1er prix du pull moche. Mais quel naze… Il a vu dans le regard de Manon à quel point il venait de loser sévère. Il n’a pas fallu plus de 5 minutes aux filles pour trouver une excuse et partir. Et maintenant, quoi ? Il n’allait quand même pas lui balancer une demande facebook après ça. Et demander son numéro à Maeva par le biais de son frère, pas moyen. Trop la honte. Trop peur du râteau surtout. Alors qu’elle lui plait vraiment, en plus, cette fille. Faut vraiment qu’il trouve un truc, là…

Dimanche à l’occasion de la brocante de l’école Jacques Prévert gérée par l’association des parents d’élèves, le comité des fêtes de Lapérole-sur-Cousance a organisé un « concours régional du pull moche » qui a été remporté par Mme Genevieve Fauchet avec un pull qu’elle a tricoté en 1964.

Tristan a mis sa grand-mère dans le coup. Il avait eu le sarcasme idiot, certes. Mais il y avait peut-être moyen d’arranger le coup, et de faire de la raillerie un clin d’œil.   Mamilie faisait partie du comité des fêtes du village, et son sens de l’humour décapant ne pouvait qu’adhérer à cette proposition de concours de pull moche. Pour faire la promo de l’évènement, Tristan a sorti le grand jeu : affiches, tracts, contact de la radio associative… Le stagiaire journaliste avait trouvé ça drôle, il lui avait proposé une petite interview. Tristan en avait fait des tonnes en mode funky-sympa, relatant l’histoire du « pull moche croisé sur une jolie fille » à l’origine du projet. Il n’y avait plus qu’à ameuter tous les copains sur les réseaux sociaux, en jouant la carte du fun et du buzz. Facile. Le message avait circulé de portable en portable plus vite que Flash Gordon. Et, bien sûr, Tristan avait vérifié que Alexis et Maeva diffusaient bien le lien de l’interview sur leurs pages respectives. Manon le verrait forcément. Restait à espérer qu’elle lui laisserait une chance.

Le jour du concours, l’ambiance était familiale et festive. Tristan s’était pris au jeu de l’organisation. Il papillonnait dans la salle des fêtes en prenant en photo tous les concurrents, s’extasiant des couleurs flashy et des motifs ridicules, félicitant les propriétaires des pulls les plus surprenants. L’appareil photo vissé à l’œil, il mitraillait et s’amusait comme un fou.

Dans le viseur, il a d’abord reconnu l’écusson doré. Il est remonté lentement le long des mailles distendues jusqu’au col. Et encore au-dessus, le sourire de Manon. Bim. Son 1er prix…

Par Sécotine

Texte de Sécotine

Bon. La porte est fermée. Et moi je suis du mauvais côté. Enfermée dehors.

Merde.

Saloperies de clés. A moins d’un mètre de moi. La petite table de l’entrée. De l’autre côté de la porte. Fermée.

Re-merde.

Pas moyen de joindre Steph pour qu’il rentre plus tôt. Evidemment. Saloperie de téléphone qui n’a plus de batterie.

Re-re-merde.

Listing n°1 – Je suis dehors. Plus de bus. Steph injoignable. Mille choses à faire.

Conclusion : ça craint.

Re-re-re-merde.

J’ouvre un oeil : y’a pas moyen de dormir tranquille ici. L’humaine d’à côté a décidé de gâcher ma cinquième sieste de la journée, une de mes préférées… Elle est fatigante celle-là. Elle prend son sac, elle le repose, elle le reprend, elle fouille dedans, le pose à nouveau… Rien qu’à la regarder, j’ai envie de piquer un roupillon.

Pfiou… Les humains…

Petite victoire ! Le portillon du jardin est ouvert. Je peux attendre sur la terrasse. Tiens, en profiter pour m’occuper du jardin. Toujours ça de fait. Vais pas rester là à ne rien faire.

Merde. La porte du cabanon est fermée. Genre on va nous piquer un sécateur ? Steph et sa parano… Saloperies d’habitudes d’urbain ! Au moins, les chaises de jardin ne sont pas cadenassées. Super. Une chaise, mon agenda, un stylo. Si seulement j’avais pensé à recharger mon portable au bureau ! Là, à part faire la liste des trucs à faire… Et sans pouvoir rien faire justement. Saloperie de tête de linote !

Listing n°2 – Trucs à faire : 1000. Trucs à faire ne nécessitant ni internet ni téléphone, ni accès au cabanon ou à la maison : 0.

Conclusion : ça craint.

Merde. Merde, merde, et re-merde !

« Tiens, c’est pas la nouvelle voisine, là ? Qu’est-ce qu’elle fait à tourner comme ça dans son jardin ? Et que je te déplace la chaise, et que je me relève, et que je te retourne mon sac part terre… Je vais te dire, elle me fait de la peine cette petite. Regarde ça. Elle est toute palote, la mignonne. A mon avis, elle se repose pas assez. Elle doit pas savoir comment faire. »

  1. Rester zen. Y’a qu’à penser à des trucs cools, tiens, ça va me passer le temps de manière agréable.

Les vacances, c’est bien ça, les vacances.

Faudrait qu’on se décide à réserver pour cet été. Je suis sûre que Steph va encore me dire de choisir toute seule ce qui me ferait plaisir. Et c’est moi qui vais me taper tout le boulot d’organisation. Comme d’habitude.

Tout ça pour payer la peau des fesses une semaine de location hors de prix pour aller faire la crèpe sur la plage et se retrouver rouge écarlate. La mer, quelle saloperie.

Oh et puis merde, j’en ai marre tiens. J’vais dormir, ça fera passer le temps plus vite, et ce soir je serai en forme plus longtemps pour m’occuper de tout ça.

Ras-le-bol de ces réunions qui finissent toujours à pas d’heure ! Je vais encore rentrer en retard. J’espère qu’Agnès ne va pas faire la tronche… Déjà qu’en ce moment elle est tout le temps à cran… Faudrait qu’on se prenne un moment tous les deux. Même juste un week-end, tiens. Sans rien à faire. Juste se reposer, au calme. Ca nous ferait du bien. Ca lui ferait du bien.

Il est joli cet arbre, tiens. J’avais jamais remarqué qu’il faisait des petites fleurs roses. Faudrait que je demande à la voisine ce que c’est, comme arbre, elle doit savoir ça, elle. Elle est tout le temps là le soir, assise sur son banc face à son jardin avec sa tasse de thé.

Elle a mis un système d’arrosage automatique. C’est assez hypnotique ce truc. Pcht, pcht, pcht et tourne. Pcht pcht pcht et tourne. Je ferme les yeux, ça fait un joli bruit, régulier, comme des pulsations. Avec les chants d’oiseaux, c’est parfait. J’avais pas remarqué qu’on les entendait si bien ici. Et le vent qui souffle dans les branches. Il ne manque plus que… Hey, salut toi ! Qu’est-ce que tu fais là, mon minet ? Tu viens d’où ? T’as l’air tout doux… Tu veux une place sur mes genoux ?

– Oh bonsoir Madame… Madame ?

– Appelez-moi Simone mon petit. J’ai fait du thé, je vous en ai préparé une tasse. Tenez. Y’a rien de mieux qu’une bonne boisson chaude au calme dans son jardin. Ah ! Fripouille est avec vous ! C’t’un gentil chat, il est câlin, mais faites attention il perd ses poils !
– Merci … Simone. Moi c’est Agnès.

Simone lui sourit et lui tend la tasse de thé par dessus la haie, avant de retourner s’installer sur son banc.

Steph est rentré, surpris de trouver la porte fermée. Encore plus de découvrir Agnés contemplative sur la terrasse, soufflant sur sa tasse de thé.

« Ah… Le moment est venu de ronronner un coup » pense le chat.

« J’aime beaucoup ce thé » pense Simone.
« Elle est belle quand elle sourit, mon Agnès » pense Steph.
Agnès, elle, ne pense à rien.
Et c’est bien.

par Sécotine 
Sur mon blog (oui, j’ai un blog, ça arrive à des gens bien), je me définis comme « orthophoniste, bidouilliste, écologiste, féministe et autre trucs en -iste, mais pas triste ». Ce n’est pas totalement éloigné de la réalité, être plus honnête aurait été moins vendeur. Ceci dit, je ne suis pas à vendre, sauf à coup de fraises tagada et de tarte au maroilles, mais pas les deux en même temps, faut pas pousser.

Texte de Sécotine

« Deviens ce que tu es »

Combien de fois ai-je écrit cette citation ? Pauline l’aime tellement… Elle y met toutes ses angoisses d’adolescente qui se cherche, tous ses espoirs d’adulte en devenir, toutes ses envies de futur en gestion-gestation. Elle l’écrit dans son agenda, entouré de volutes et de petits dessins, elle l’écrit dans les marges de ses cours les heures d’ennui, elle l’écrit sur la couverture de son journal intime, à côté des « NATHAN » calligraphiés de toutes les sortes possibles.

Pauline fait de son mieux pour devenir elle-même. Je l’aime bien cette petite, même si elle me fait écrire des tas d’âneries. C’est de son âge, ça lui passera… Le temps de devenir ce qu’elle est déjà, en mieux.
« Deviens ce que tu es »

Pourquoi faut-il que cette phrase m’obsède aujourd’hui, alors qu’il y a temps à voir autour de moi ? Ça doit être Pauline qui déteint sur moi, à force. Je me sens d’humeur lyrique, avec cette foule à mes pieds. Oui, à mes pieds, vraiment ! Moi qui suis habitué aux bruits assourdis, bien caché au fond du sac, aux chuchotements des salles de classe, au calme de la chambre où Pauline écoute sa musique au casque, je me retrouve dans une foule qui crie, qui chante, qui applaudit par vague, c’est grisant ! Mon horizon se borne d’habitude au parois de la trousse, aux limites du bureau, et, dans les moments de chance absolue, aux cheveux de Pauline qui se sert de moi comme d’une pique à chignon… Et là, je suis tenu en l’air, comme un trophée, porté à bout de doigts vers le ciel, je n’avais jamais vu si loin, le monde est si vaste !

Je ne suis plus seulement son stylo préféré, aujourd’hui je suis un symbole. Il y a de quoi se sentir exalté, quand même !

« Deviens ce que tu es »

Pauline crie qu’elle est Charlie au milieu de son groupe de copines. Elles rient, parfois elles pleurent, elles se tiennent par la main, elles marchent au même pas, elle brandissent leurs stylos comme des armes. Je ne comprends rien à ce qui se passe ici, mais je sais que j’y ai une place importante.
Tout à coup je sens les doigts de Pauline se crisper autour de moi. Elle me glisse dans sa poche de blouson, contre son cœur que je sens battre à tout rompre. J’entends le bruit de deux bises qui claquent sur ses joues… Un nouvel arrivant dans le groupe des effervescents supporters de la liberté d’expression ? … Minute. Une belle voix nouvellement grave, un peu nonchalante, ces inflexions, c’est… C’est Nathan ! Je sens l’émotion de Pauline, qui prend le pas sur la mienne. Ah mais non ! Je veux sortir ! Je veux voir, sentir, entendre la foule à nouveau, je veux vivre ces moments de liesse et d’émotion, et pas seulement en les écrivant dans son journal ! Sors-moi de là Pauline ! Je suis un symbole, enfin ! On n’enferme pas les symboles !

Ah. Je sors à l’air libre à nouveau. Quel bonheur. On y prend vite goût, quand même. Mais il y a quelque chose de différent : ça n’est plus Pauline qui m’élève vers le ciel. Plus seulement. Je suis tenu à deux mains : la sienne et celle de Nathan. Incroyable. Me voilà devenu double symbole, je crois… Une union autour de moi : celle de la multitude de Charlie. Celle de Pauline et son amoureux. Voilà le jouvenceau qui se sert de moi : je trace un cœur sur le poignet de ma Pauline bouillonnante et romantique.

« Deviens ce que tu es »

Un trait d’encre sur sa peau, et mon destin vient de changer.

Portés par l’enthousiasme et les sentiments, Pauline, Nathan et les manifestants ont liés leurs histoires.

Je suis symbole. Je suis souvenir. Je suis immortel.

par Sécotine 
Sur mon blog (oui, j’ai un blog, ça arrive à des gens bien), je me définis comme « orthophoniste, bidouilliste, écologiste, féministe et autre trucs en -iste, mais pas triste ». Ce n’est pas totalement éloigné de la réalité, être plus honnête aurait été moins vendeur. Ceci dit, je ne suis pas à vendre, sauf à coup de fraises tagada et de tarte au maroilles, mais pas les deux en même temps, faut pas pousser.

Texte de Sécotine

« Quand je serai grand, je serai arbre. »

Maman a encore levé les yeux au ciel. Enfin, au plafond, parce qu’on ne voit pas le ciel quand on regarde en l’air dans la cuisine. Elle a dit : « Ça n’a ni queue ni tête, Tom ! ». Évidemment que ça n’a ni queue ni tête, un arbre. Enfin si, on peut considérer que les plus hautes branches sont la tête de l’arbre, mais la queue, ça, je vois pas. Mais c’est normal, c’est parce que « ni queue ni tête » c’est une expression imagée. Ça veut dire que ça n’a pas de sens, et même que c’est un peu stupide. Moi, je trouve que ce sont les expressions imagées qui sont un peu stupides, parce que bon, techniquement, « être sur son 31 par exemple, ou « tomber dans les pommes », ça, ça n’a pas de sens… « Tom, tu ne peux pas être un arbre, on en a déjà parlé… » me re-dit Maman en soupirant.

Tom, c’est moi. Si on le dit en langage d’avion, ça fait Tango – Oscar – Mike. Le tango c’est une danse. Ça bouge. On compte les temps pour mettre les pieds dessus : 1, 2, 3 et 4. Moi j’aime bien danser, mais j’aime que les slows, sinon ça va trop vite.


J’aime bien parler en langage d’avion aussi. Je dis ça mais ce ne sont pas les avions qui parlent, bien sûr, ce sont les gens qui sont dans l’avion et dans la tour de contrôle qui utilisent les mots à la place des lettres pour être sûr de bien se comprendre, sinon ça peut faire des accidents et des catastrophes et tout. C’est l’alphabet radio international, et c’est l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale qui a décidé un jour que, hop, les gens des avions il parleraient comme ça. Moi j’aime bien l’idée que tu prends le temps de dire des mots à la place des lettres, parce que les avions ça va quand même super vite, mais là, paf, à un moment, les pilotes ils sont obligés de ralentir, ça fait comme une parenthèse de calme dans la vitesse (une parenthèse de calme, ça aussi c’est une expression imagée, parce que dans la vraie vie on ne peut pas mettre de vraies parenthèses comme dans les textes), comme un moment-statue dans un monde qui bouge tout le temps.

Mais même les vrais moments-statue, ça n’existe pas, parce que la planète, elle tourne sur elle- même (1670 kilomètre à l’heure) et elle tourne autour du soleil (107 460 kilomètres à l’heure). Du coup, même quand on ne bouge pas du tout, qu’on est parfaitement immobile, ben on bouge quand même. Et alors moi, je me suis dit que si on veut vraiment être parfaitement parfaitement immobile, il faudrait faire la statue dans un avion qui va super super vite dans le sens contraire de la rotation de la planète terre, comme ça ça annulerait les mouvements. Sauf que pour ça, faudrait un avion qui va tellement vite que je ne pense pas que c’est possible. Y’a que Superman qui pourrait le faire, s’il existait. Surtout qu’en plus le système solaire se déplace à 2000 kilomètre à l’heure dans un nuage interstellaire, alors ça commence à devenir vraiment compliqué de savoir dans quel sens il faut voler, et à quelle vitesse, pour être tout à fait parfaitement immobile…

Et puis même. J’ai réfléchi et en fait, réfléchir, c’est faire circuler des « informations neuronales » dans notre cerveau. Si ça circule, c’est que ça bouge. Les pensées, c’est comme du mouvement dans la tête. Alors à moins de s’arrêter de penser, on ne peut même pas être immobile à l’intérieur de soi. Je ne sais pas si on peut essayer d’annuler les mouvements de pensée en bougeant sa tête très vite, parce que je ne sais pas dans quel sens elles bougent, les idées, ni à quelle vitesse. Peut-être qu’elles vont encore plus vite que le son (340,29 mètres par seconde ) ? Ou même que la lumière (299 792 458 mètres par seconde) ?


Ça donne un peu le tournis quand on y pense…

Et moi j’arrive pas à arrêter de penser.
En fait, c’est pas possible la vraie vraie immobilité.

C’est pour ça que faire la statue sur place, comme un arbre, c’est déjà pas si mal. Et puis un arbre, ça pense pas. Enfin, je crois pas. Ça doit être chouette, de pas penser, des fois…

Alors moi, quand je serai grand, je serai arbre.

Je l’ai redit à Maman pendant qu’elle rangeait les verres dans le lave-vaisselle, mais en chuchotant lentement à son oreille. Quand on dit les choses doucement, un peu comme des mots-statues, ça s’installe mieux dans la tête, je trouve. Maman a soupiré, mais un soupir gentil, ceux qui vont avec les bisous, pas un soupir de « Oh tu m’énerves ! ». Un soupir tout doux, comme le vent dans les branches.

Quand je serai grand, je serai arbre à soupirs de bisous, même.

par Sécotine 
Sur mon blog (oui, j’ai un blog, ça arrive à des gens bien), je me définis comme « orthophoniste, bidouilliste, écologiste, féministe et autre trucs en -iste, mais pas triste ». Ce n’est pas totalement éloigné de la réalité, être plus honnête aurait été moins vendeur. Ceci dit, je ne suis pas à vendre, sauf à coup de fraises tagada et de tarte au maroilles, mais pas les deux en même temps, faut pas pousser.

Texte de Sécotine

« Que je t’aime, que je t’aime, que je t’ai… »
Je coupe avant l’arrivée des cuivres. Je n’en peux plus de cette chanson, je n’en peux plus. Franchement, Canaille, fais un effort. Que tu calles et que tu tombes en panne pour un oui pour un non, c’est rageant mais je m’y suis habituée. Mais bon sang, cette vieille cassette coincée dans l’autoradio qui sort à plein tube des enceintes dès que je mets le contact, c’est plus possible. Je craque. Ras-les-oreilles d’entendre Jonnhy beugler à chaque démarrage. Et puis franchement, là, c’est pas le jour. Je suis déjà hyper stressée, alors ce serait bien urbain de ta part de ne pas me mettre cette chanson en tête pour la journée, je sens que ça va méchamment m’énerver. C’est pas vrai, je ne vais jamais arriver à l’heure ! Déjà ce matin entre la cafetière qui a fuit sur mon pantalon beige et les clés introuvables au moment de partir, ça va, hein, j’estime que j’ai rempli de quota pour la journée, là, alors va pas en rajouter. Allez, allez, comment il s’appelle, le saint des conducteurs ? Je sais plus mais d’un coup je me sens prête à lui ériger un autel sur le tableau de bord. Pitié Saint-Machin, fais que Canaille m’ammène à l’heure à cet entretien. J’y crois, vraiment, ce job est pour moi, il me le faut ! Alors pas de panne aujourd’hui, je t’en prie-prie-prie-prie ! … Et puis si tu veux bien faire un p’tit miracle en douce et faire en sorte que le chauffage fonctionne à nouveau, là, ce serait vraiment super chouette de ta part. Parce que là, bon, j’ai le bout des doigts violet, le nez rouge et les lèvres bleues. Magnifique, je suis un arc-en-ciel à moi toute seule. Avec en plus un teint de porcelaine, option après le passage de l’éléphant dans la boutique, tu vois. Et Canaille a le pare-brise qui givre des deux côtés. Oui, Saint-Machin, ma voiture s’appelle Canaille, je n’ai pas choisi, c’est l’ancien proprio qui l’a baptisée ainsi. Canaille non plus, je ne l’ai pas choisie, d’ailleurs. J’aurais du me méfier. Un nom pareil, c’était louche.
Oh non. Un feu rouge. Ne calle pas, ne calle pas, ne calle pas… J’ai fait le calcul, Canaille, ces cinq derniers mois, je t’ai accordé plus d’attention que moi. En équivalence garagiste / coiffeur- esthéticienne, t’es trèèèèès largement devant moi. Et je ne parle que du nombre de rendez-vous, parce que si je me lance dans le comparatif financier, je sens que je vais pleurer. Tu vois, c’est ça le problème avec toi. Tu m’as coûté tellement cher que c’est inenvisageable pour moi de te lâcher maintenant. De pièce détachée en heure de main d’oeuvre, tu ne dois plus avoir grand chose d’origine… Il ne te manque plus qu’un peu de tunning et tu serais l’équivalent mécanique de Pamela Anderson version famille Groseille. Si au moins tu voulais bien arrêter de tomber en panne tout le temps ! Quand c’est pas les bougies, c’est le carburateur, quand c’est pas le carburateur, c’est les disques… Tu as tout le temps un truc qui cloche ! Je serai contente quand tu seras morte, tiens ! A moi la nouvelle voiture ! Sans doute d’occasion, encore une fois… Mais qui sait, si je le décroche, ce boulot, avec enfin un vrai salaire à la fin du mois… Je pourrais aller voir mon banquier sans peur ni honte, ce coup-ci, et négocier un petit emprunt ? Une voiture neuve ! Qui ne cale pas ! Avec du chauffage, et un lecteur CD ! Ah, un lecteur CD, fini Jonnhy, la libération !
Mais d’ici là, faut que tu tiennes, encore au moins douze minutes. Neuf si tous les feux sont verts. Huit si cet abruti devant moi veut bien se décider à passer la troisième, c’est pas vrai, ils se sont tous donné le mot aujourd’hui ou quoi?

« Que je t’aime, que je t’aime, que je t’ai… »
Ouiiiii ! Que je t’aime la vie ! Et toi aussi Canaille ! Et toi aussi, soleil qui perce à travers les nuages ! Et toi aussi, contrat que je vais signer après-demain !
Ah, ma vieille Canaille, j’ai été injuste avec toi. Aujourd’hui tu n’as pas failli, Ô fidèle destrier de mes jeunes années ! Tu m’as amenée au royaume des lendemains qui chantent (le Jonnhy Halliday des années soixante, certes, mais on ne peut pas tout avoir), sans caller ni tomber en rade. Promis, je ne te dirai plus jamais autant d’horreurs. C’est pas vrai que tu es pourrie. T’es vieille, d’accord, mais à un point tel qu’on pourrait presque te qualifier de vintage. Je retire tout ce que j’ai dit. Je te garde, ma belle.

…
Mais tu veux pas démarrer, là, pour voir ?
Je rêve où ma première paye va encore être pour toi ?!

 

par Sécotine 
Sur mon blog (oui, j’ai un blog, ça arrive à des gens bien), je me définis comme « orthophoniste, bidouilliste, écologiste, féministe et autre trucs en -iste, mais pas triste ». Ce n’est pas totalement éloigné de la réalité, être plus honnête aurait été moins vendeur. Ceci dit, je ne suis pas à vendre, sauf à coup de fraises tagada et de tarte au maroilles, mais pas les deux en même temps, faut pas pousser.

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