1981
Nous passons le week-end chez ma belle-mère. J’ai tenté sans succès de faire honneur à sa cuisine, mais un début de grossesse particulièrement nauséeux m’empêche de profiter de sa table et je me suis esquivée pour une sieste réparatrice.
Elle vient me proposer une tisane : « de la badiane, c’est excellent pour la digestion et cela pourrait soulager vos nausées », me dit-elle. Allons-y pour la badiane ! Moi qui ne suis pas fan des tisanes et encore moins férue des plantes, j’ignore l’autre nom de la badiane. C’est donc bien volontiers que j’accepte cette offre qui me promet soudain une vie meilleure.
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Catégorie : Ktou14 (Page 1 of 2)
« Dis papa, c’est quoi le bonheur ? »
La petite phrase roule dans la tête de Sacha, au rythme du train qui avance dans cette nuit chargée d’interrogations.
Inconfortablement installé dans un wagon qui pue le sale et le renfermé, Sacha caresse tendrement la tête de son fils, Noé, endormi sur ses genoux. Il voudrait lui aussi dormir, mais l’angoisse est là, prégnante, obsédante. Encore de petites heures à attendre avant le début ou la fin du rêve. Sacha a peur. Pas pour lui, mais pour cet enfant qu’il arrache à son passé afin de le conduire vers d’autres lendemains. C’est du moins ce qu’il espère.
Sacha ferme les yeux afin de faire reculer la peur et remonte le fil de l’histoire.
Deux mois plus tôt, là-bas en arrière…
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La porte-fenêtre donnant sur la terrasse est ouverte afin de recueillir un improbable courant d’air. Ces canicules qui arrivent de plus en plus tôt dans l’année sont épuisantes et celle-ci ne fait pas exception.
Pourtant, des grondements lointains sur Paris et les éclairs qui zèbrent le ciel laissent espérer que crève cet abcès de chaleur.
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Chaque jour en fin de matinée Jean venait marcher dans le parc Montsouris.
Il en aimait particulièrement le bord du lac, qu’il avait pu admirer en toutes saisons, où cols-verts et hérons voisinaient paisiblement au milieu de la cacophonie urbaine.
Comme ils l’avaient arpenté de long en large, en voisins, avec Camille, avant que madame Parkinson ne s’invite de façon brutale et que son épouse ne perde le fil de ses pas !
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Dans un dernier soubresaut, la vie quitta le corps supplicié qui pendait aux branches du chêne.
Louise frissonna et resserra son châle autour de sa poitrine . À ses pieds, elle avait posé ses seaux de lait. Continue reading
Six heures d’un joli matin printanier.
La porte-fenêtre glisse et Robert sort sur ce petit espace qui lui tient lieu de balcon. Il sacrifie à son rituel quotidien : tous les matins à 6 heures, par tous les temps, griller sa première clope sur ce bout de béton parisien en regardant la ville s’éveiller. L’oreille aux aguets afin de saisir les bruits d’une circulation parfois cacophonique : les klaxons, le bip du camion des éboueurs et les poubelles reposées sans ménagement sur le trottoir, les sirènes des voitures de police et des ambulances ou tout simplement le chuintement des pneus sur l’asphalte mouillé, le grondement souterrain du métro..L’odorat n’est pas en reste non plus. Des odeurs pas encore trop marquées à cette heure-là par les gaz d’échappement mais balayant quand même la trop timide, celle qui monte délicatement de la boulangerie d’à côté.
Et puis les yeux. Il en prend plein les yeux, Robert, de cette lente montée en puissance d’une capitale qui se réveille. Les voitures qui se précipitent vers le travail et la longue journée, des piétons qui vont, viennent, se croisent et se décroisent, les reflets du soleil sur les immeubles qui l’entourent ou la course des nuages qui se reflètent dans les baies vitrées.
Pourtant, depuis quelques semaines, tout a changé.
Ma Louise adorée,
Oui, je sais ce que tu vas me dire, c’est stupide d’écrire à une morte. Peut-être !
Il n’y a que vers toi que je puis me tourner pour dire que je ne suis vraiment pas fier de moi !
Si tu savais combien tu me manques, combien me manquent ce regard tranquille et aimant que tu posais sur moi, qui me rendait meilleur et plus beau, ainsi que ce bon sens qui savait tempérer mes emballements brouillons et improductifs, et tout le reste, et tout toi….
J’ai honte ma louloute chérie et je devrais avoir encore plus honte de dire que si c’était à refaire, je le referais.
Je t’explique.
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L’après-midi se traîne paresseusement sous un ciel au bleu profond comme la Normandie en offre rarement. Presque méditerranéen.
Installée sous le parasol à la table du jardin, elle finit de trier le dernier carton de l’héritage maternel, celui qui contient les photos. Elle vient d’y passer quelques heures, ballotée entre nostalgie, surprise parfois, découvertes et le plus souvent frustration d’ignorer à qui appartiennent ces visages et ces regards qui la fixent depuis leur passé jauni.
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Clac, clac, clac, clac…
Le bruit de ses talons dans les couloirs et les escaliers du métro résonne dans sa tête. Comme une porte qui claque.
Solange émerge sur le boulevard, dans la lumière d’un tendre matin de printemps. Vêtue d’une courte jupe noire qui moule des formes alléchantes, d’un chemisier de soie et d’une longue veste assortie, les jambes gainées de bas (Solange a horreur des collants), elle sait qu’elle attire les regards masculins et s’en délecte. Car Solange aime les hommes. Passionnément, puis plus du tout.
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Jean-Cyrille, baron de la Chézotrou ne s’était jamais ennuyé de sa vie. La grande différence d’âge avec sa sœur en ayant pratiquement fait un fils unique, il avait grandi en sa propre compagnie : elle lui convenait admirablement.
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Depuis quelque temps, le petit village de Troulabas s’enfonçait dans l’inquiétude, voire la panique.
Tout avait commencé au cœur de ce bel été où le ciel restait invariablement bleu, traversé parfois de petits cirrus qui n’annonçaient que du chaud. Continue reading
Mai 1929
Citadine depuis peu, idéaliste peinée de constater égoïsme intérêts presque partout, souffre solitude, épouserait jeune homme instruit, moderne, sans snobisme, sentiments délicats. Suis brune, physique agréable, 25 ans, scribe bureau sans fortune, mais instruite.
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