Écrire en ligne

Ateliers d’écriture créative, de fictions, animés par Francis Mizio

Texte de Zazie6454 – « Sancta Panna » *

Lorsque Saint-Pierre entra sans frapper dans Son bureau, il était au bord de l’implosion. Ses cheveux blancs hirsutes, les lunettes posées de guingois sur son nez qu’il avait proéminent, ses lèvres pincées suffisaient à montrer son impatience. Bien que Saint-Pierre soufflât comme un bœuf, Il leva à peine un sourcil de son journal et poursuivit sa lecture. De longues secondes passèrent durant lesquelles Saint-Pierre fit ostensiblement craquer ses phalanges ; il savait pertinemment que cela L’insupportait au plus haut point. Enfin, Il reposa son journal sur Son bureau blanc et dit d’une voix légèrement irritée :
« Eh bien mon vieil ami, que se passe-t-il ce matin qui semble tant vous agacer  ?
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Proposition d’écriture – octobre 2021

La photo ci-dessus, ambiance film d’angoisse et de zombies, a été prise mercredi dernier 22 septembre 2021 à 18h16 au Aburi Crafts Village, un village réputé d’artisans ghanéens près d’Accra la capitale ; village mitoyen d’un habitat très pauvre et délabré : tissus, vêtements, statuettes, et mille choses belles ou hideuses, artistiques ou merdasseries navrantes pour touristes…  La nuit venait de tomber brutalement sur le pays, et nous, en panne de batterie depuis quelques minutes à cause d’une voiture trop peu récente d’un copain du cousin du mec qui connait un gars qui a une bagnole à louer pour trois fois rien (ce qui là-bas correspond à 7 fois 3 fois rien). Nous étions au  bord de la route, avec ma compagne et ma fille et nous nous demandions comment nous allions nous sortir de cette situation. Il n’y avait pas de couverture téléphonique à cet endroit, pas de GPS ni d’internet sur nos smartphones (mais comment ont fait Mungo Park, Stanley et Livingstone ?). Peu de circulation sur la route. Je ne parle pas la langue locale (et très mal l’anglais, que s’en est pathétique), On a du mal à comprendre l’anglais avec l’accent africain, même quand ils ne portent pas de masques. J’ignorais si la notion de garage et de garagiste existe même à cet endroit… Et soudain dans la brume et la fumée apparurent ces silhouettes. J’ai pris aussitôt une photo pour qu’on la retrouve sur les restes de mon corps de touriste en panne dévoré par des walking deads. De nos jours il faut tout documenter en temps réel.
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Texte de Khea – « Invitation » *

Il y a une éternité que je n’ai pas remis les pieds ici, et pourtant ce n’est pas encore assez. Je suis devant Ta maison. Le portail est là, à quelques mètres de moi, avec ses deux vantaux fermés. Aucune sculpture ne l’orne. Il est fait de planches de chêne et de clous. Dans ma mémoire d’enfant, il était colossal. Aujourd’hui, je le trouve austère et vieux. Je me rapproche de quelques pas. La porte dissimulée dans le vantail droit est ouverte.

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Texte de Melle47 – « Se prendre la tête… » *

Marius coupe le contact, fait le tour de la voiture, ouvre la portière et tend la main.
 » Allons-y Zoé, plus vite c’est fait…  »
Il se mort la langue…
« Ben, plus vite c’est fait. Enfin… plus vite c’est installé quoi…  »
Il hausse les épaules, sourit bêtement. Elle attrape la main tendue qui les aide, elle et son gros ventre à s’extirper du véhicule.
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Texte de Marine – « La dernière porte » *

J’ouvre les yeux difficilement. Je frissonne, l’air ambiant s’est rafraîchi depuis quelques jours. De là où je suis, j’aperçois un bout du ciel, parsemé de nuages du gris clair au gris foncé. Le bleu a disparu. La saison automnale s’annonce. Je ferme les yeux et se dessine alors sous mes paumières un paysage vallonné, avec ses forêts de feuillus aux couleurs d’or et de rouille aux nuances intenses. Je m’y promène, la plupart du temps en présence de mes fidèles compagnes, truffes au sol, reniflant la mousse, soulevant les feuilles déposées ici et là, s’arrêtant subitement au pied d’un arbre pour aboyer sur l’écureuil qui, imperturbable, poursuit son ascension… C’est comme si j’y étais, là, maintenant…
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Proposition d’écriture – septembre 2021

Après avoir poussé la porte de chez moi en ce jour de rentrée, après avoir vérifié que mon aquarium tropical ne s’était pas transformé en bouillabaisse immonde, que mes plantes vertes ne s’étaient pas auto-compostées, j’ai commencé, comme chaque veille d’atelier d’écriture, à me ronger les ongles jusqu’aux épaules en me disant « bon sang, quel sujet vais-je bien pouvoir trouver ce mois-ci ? ». J’étais au bord du collapse lorsque je suis tombé sur un article de Courrier international (> il est ici) relatant un ouvrage d’un historien espagnol qui propose au travers de 22 portes célèbres de découvrir les époques, les mœurs et les cultures qui se cachent derrière. Je me suis dit que que c’était une sacrée bonne idée d’ouvrage… et soudain la lumière a franchi mon seuil : je tenais là un sujet d’écriture riche de possibilités. Vous l’avez compris : la proposition d’écriture de ce mois-ci est la porte. La porte qu’on soit devant ou derrière, proche ou éloigné… est bourrée de fictions.

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Texte de Khea – « Retraite au jardin » *

Assise dans le vieux rocking chair en rotin, un coussin mœlleux sous la nuque, je les attends. Ils m’ont appelée la semaine dernière pour me prévenir de leur visite. Lundi en huit, le deux novembre, jour de la fête des Morts. J’étais persuadée être débarrassée d’eux, depuis l’épisode du jardin mis sens dessus dessous, au printemps dernier.
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Proposition d’écriture – Juin 2021

Vous avez remarqué qu’en ce moment, on a l’impression que l’époque nous incite à dire tout le temps : « C’est le bouquet », soit, c’est le pire, l’apothéose dans un sens ironique et négatif — et pourtant normalement le bouquet du feu d’artifice est le plus beau moment du spectacle.
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Texte de Ketriken – « Tout ça pour ça »

16H30 : Toute la classe des CM2 s’est vidée aux bruits des chaises tirées sur le sol, des cartables trainés sur les tables avant d’être calés sous le bras, des godillots trop lourds et trop chauds en cette saison.
Hormis Pascal Borel, Denis Ouvrard, et Henry Maillard, tous les garçons accrochent rapidement et n’importe comment leurs blouses uniformément grises aux porte manteaux de l’entrée et s’ébrouent comme des jeunes chiots dans la cour. Certains jouent la prolongation pour une dernière partie de billes sous le préau, d’autres se bousculent sans ménagement, et quelques uns traversent la route pour aller jouer sur le parvis de l’église qui est juste en face de l’école de garçons. Tous savent qu’il est dangereux de traverser à cet endroit précis. École et église sont au cœur du bourg, juste dans le virage en épingle à cheveux. Elles se font face et semblent s’accorder pour absorber alternativement leurs lots d’enfants : école, catéchèse, messes, communions…. à croire que curés et instituteurs s’organisent secrètement pour ne laisser aucune place à la liberté de jouer, voire même la liberté de penser !
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Texte de Melle47 – « Devoir d’école » *

J’inspire un grand coup, gonfle les joues, retiens ma respiration. Ça y est, ça me reprend. J’ai chaud. Mon esprit s’affole, je perds les pédales, toute lucidité me quitte, c’est la panique.
Mes poumons lâchent enfin l’air retenu et mes épaules s’affaissent. Non mais sans blague. C’est quoi ce sujet ? Je jette un œil au prof qui s’est plongé dans son portable me laissant là, démunie devant ce devoir. Celui qui consiste à raconter un souvenir de vacances, je l’aurais fait de nombreuses fois, mais celui-là, franchement… Comme s’il avait senti mon regard désespéré, il lève la tête, croise mon regard et ajoute.
« Deux heures, mademoiselle Truchet… Deux heures… Mettez-vous donc au travail ».
Je regarde ma copie, regarde le tableau noir, peu inspirée, imaginant un instant qu’il s’efface comme par magie, pour laisser place à quelque chose, n’importe quoi, de plus exaltant.
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Proposition d’écriture – Mai 2021

Depuis plus d’un an il n’a pas dû vous échapper que l’école, les universités, l’enseignement, les enseignants sont en souffrance… Et les parents des élèves ou étudiants concernés aussi parfois indirectement. Entre les incohérences, l’absence d’action, de mesures et de moyens efficaces, les mensonges, le cynisme et l’incurie indiscutable des ministres Blanquer et Vidal, ce sont plusieurs générations de la jeunesse actuelle, de la plus jeune à la parfois presque trentenaire qui resteront profondément marqués personnellement, socialement et peut-être même professionnellement par ce que leur aura infligé la crise sanitaire. Surtout pour beaucoup le gâchis d’années de jeunesse lors desquelles on se construit, découvre, apprend… Bref, je ne vais pas vous refaire le couplet et j’arrêterai-là, mais parfois je me demande si plus haut on  se rend bien compte de ce qu’il s’est passé et ce qu’il se passe. Sans dramatiser, mais pour baigner un peu encore dans le système universitaire cette année, et en tout cas connaître beaucoup de monde qui s’y trouve tant du côté étudiant qu’enseignant, ou côté parents de jeunes enfants, je vous assure que  je trouve que le traitement de l’enseignement a été, est, et risque d’être encore quelque temps effarant… même après la prochaine rentrée si elle est toujours déconfinée comme prévu.
Breeef.
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Texte de Melle47 – « Totalement timbré » *

« Approche-toi, que je te serre dans mes bras. »
Elle m’écrase contre son torse et fourre son nez dans mes cheveux. Ses mains caressent tendrement mon dos.
« Tu embrasses ta maman pour moi, ma Cocotte. Et surtout, tu reviens me voir quand tu veux. »
Elle s’écarte, me lâche et m’enjoint de filer, une petite claque sur les fesses. Je la regarde ahurie. Jette un œil inquiet à droite puis à gauche. Croise de nouveau son regard. Elle a barré sa bouche de sa main tannée comme pour étouffer un cri. Personne ne semble avoir remarqué son geste. Nous pouffons sans mot dire puis elle agite ses bras pour me faire déguerpir au plus vite.
« Allez, disparais, disparais, tu déteins sur moi. Regarde ce que tu me fais faire, on va finir par se faire pincer. »
Je me retourne hilare et trottine vers la file d’attente, trainant ma valise derrière moi.
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