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Ateliers d’écriture créative, de fictions, animés par Francis Mizio

Category: Mistouflonne

Texte de Mistouflonne *

Carole enlève ses tennis blanches et les laisse dans le vestiaire, avant d’enfiler sa blouse orange, celle des auxiliaires de puériculture. Elle défait sa montre, son bracelet et noue ses cheveux en chignon rapide. Il est déjà 09h57 et elle doit encore arpenter un immense couloir avant de prendre le relais de ses collègues. Le temps est maussade et elle est partie un peu vite de la maison, sans avoir le temps d’étendre son linge. Paul lui a rappelé la réunion parents-profs de cet après-midi et Camille est partie pour le lycée en bougonnant. Le poids de sa carrière et de sa vie commence à se faire lourd sur ses épaules ces derniers temps. Mais elle garde la flamme des débuts et s’accroche à tous les beaux moments que lui offre son métier. Elle ne sait pas ce qu’elle pourrait faire d’autre.
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Texte de Mistouflonne *

Alors que le petit semble plus intéressé par le bruit du papier qui crisse entre ses doigts que par la peluche qui trône à côté de lui, sa mère sourit béatement en se tournant vers son mari et lui susurre : « T’imagines si le ciel avait été dégagé ce soir-là ? »

Ce déballage de cadeau par des petites mains encore potelées ne tient en effet qu’à une tempête hivernale.
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Texte de Mistouflonne *

« – Famille !! »

Je pose mes cartes sur la table ronde en bois, j’aligne la Famille Ours à côté de la Famille Chat.

« – J’en ai quatre ! Et toi, tu en as trois ! J’ai gagné !! »

Je sautille sur ma chaise et manque de renverser mon verre de grenadine avec mes gestes brusques et malhabiles. Il me sourit à travers sa barbe mal rasée, avec ses yeux de grand-père trop heureux d’avoir perdu.

« On fait la revanche ? » propose t-il, pour prolonger encore un peu le moment.

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Texte de Mistouflonne *

« Surprise sur le chantier : une correspondance secrète dans le faux-plafond ! Lundi dernier, sur le chantier des anciens bureaux de La Poste destinés à être transformés en appartements luxueux, un ouvrier a fait une découverte surprenante. Dans le faux-plafond de ces locaux désaffectés depuis une dizaine d’années, une boîte métallique était dissimulée. Il s’agit d’une boîte en fer qui contenait à l’origine des biscuits. Mais en lieu et place des sablés bretons, l’ouvrier a découvert une bien curieuse correspondance : les lettres d’Antoinette à Ernest, datées de l’année 1922. Émue par la découverte, l’entreprise de bâtiment lance un appel pour essayer de retrouver la trace des familles des deux mystérieux correspondants… »

Depuis quand une entreprise peut-elle être émue ? Cette approximation linguistique des rédacteurs de Nice-Matin agace toujours autant Andrée, mais elle ne peut s’empêcher de réprimer un petit sourire à la lecture de cette information insolite. On ne soupçonne pas tout ce qui se trame derrière les murs…

Elle referme son quotidien, le replie soigneusement parce qu’elle a horreur des journaux chiffonnés et range enfin ses lunettes de lecture dans l’étui rouge. Il est 10h27. Elle doit encore s’installer dans son fauteuil confort et se brancher sur Antenne 2 si elle ne veut pas rater Monsieur Beccaro, ses mots et ses boules noires. Elle sait bien qu’on ne dit plus Antenne 2, mais ce n’est plus à son âge qu’elle va faire l’effort de s’adapter. Après tout, qui est-ce que ça peut déranger ? Elle vit seule depuis longtemps et même quand René était encore vivant, il n’était pas du genre à prêter attention à ce genre de détails.

Celui que ça fait le plus rire, c’est son petit-fils, Alexandre. Le choc des générations : ils en ont parlé récemment dans le supplément magazine du dimanche. Marronnier de journaliste ! Le fait est qu’Alexandre prend soin de sa grand-mère, du haut de son adolescence. Il la maintient dans le cours du temps qui passe trop vite et veille à ce qu’elle ne reste pas sur le bord du chemin. Elle ne comprend pas toujours tout et même souvent rien, mais elle aime qu’il prenne le temps de lui expliquer tous ces appareils modernes. C’est un peu abstrait et finalement, elle ne l’écoute souvent que d’une oreille. Surtout, elle partage du temps avec lui. Elle profite de sa présence et de ses boucles blondes qu’il a conservées de l’enfance.

D’ailleurs, le lendemain, c’est jour de visite. Le mercredi, entre les cours et le basket, il aime bien venir se faire offrir un petit steak chez mamie : ils échangent une bise chaleureuse et les dernières nouvelles. Il entre dans l’appartement avec toute sa jeune vitalité avant de balancer sur la table son sac à dos en toile et le quotidien gratuit récupéré dans le tramway. Andrée remarque tout de suite qu’eux aussi ont relayé l’appel de la boîte à biscuits. Quand il la surprend en train de loucher sur le titre un peu ridicule, « Le faux-plafond cache t-il un vrai secret ? », il sourit et lui demande si elle a déjà entendu parler de cette histoire, quand elle travaillait encore dans ces locaux.

Jamais. Et comment aurait-elle pu être au courant puisqu’elle a été mutée à Nice seulement deux ans avant de prendre sa retraite ? Autant dire qu’Ernest et Antoinette devaient déjà avoir quitté ce bas monde depuis belle lurette ! Pourtant, depuis ce matin, elle a repensé à cette petite histoire. Dire que pendant qu’elle s’occupait de trier des tas de lettres, d’autres dormaient peut-être au-dessus de sa tête au milieu de miettes au beurre salé ! C’est alors qu’Alexandre, sans prévenir ni se départir de son sourire qu’elle aime tant, lui lance distraitement mais sûrement: « Et si tu essayais de percer le secret d’Ernest et Antoinette ? »

Il est fou ce gosse ! Elle ? Andrée ?! Se mettre à jouer les enquêtrices à deux sous alors qu’elle ne parle à personne et ne s’aventure guère au-delà du bout de la rue ? Ridicule !

Mais Alexandre sait ce qu’il fait. Il lui propose de l’aider. De nos jours, avec ces histoires de toile et de réseaux sociaux auxquelles elle ne comprend toujours rien, ils devraient y arriver ! Elle a sa mine renfrognée de grand-mère qu’on ne chamboulera pas si facilement, mais il est déjà en train de pianoter frénétiquement avec ses deux pouces sur son écran. « On lance l’opération Biscuit postal ? ». Elle lève les yeux vers Son Grand, comme elle l’appelle depuis qu’il est tout petit. Elle ne dit pas oui, mais on ne l’entend pas vraiment dire « non » non plus…

Par Mistouflonne

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